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Soupe pellte-russienne et polonaise, aux choux aigres

3. Bouillie de sarrasin. — Les gens du peuple la préparent avec de l'huile noire de chanvre qui, à la longue, leur fait perdre en partie la vue. Dès que la nuit arrive, beaucoup d'ouvriers ne voient plus. Les médecins russes attribuent cette cécité partielle a l'emploi de l'huile de chanvre comme huile alimentaire.

4. Boisson très rafraîchissante et très saine fabriquée aveo du pain noir fermenté.

capitale. Parmi ces ouvrières, beaucoup sont mariées; leur mari est militaire, ou bien il travaille dans une fabrique du nord.

Les unions sont fréquentes entre ouvriers et ouvrières. Chaque dimanche, dans les usines et les fabriques dont le personnel est nombreux, on célèbre quelque mariage.

Nous montâmes visiter le dortoir: une longue pièce, blanchie à la chaux, avec deux rangées de lits de fer peints en vert, garnis d'un matelas, et des robes d'indienne à grands ramages, jetées dessus en guise de couverture. — Tout cela très propre et bien tenu.

Une infirmerie est installée dans un corps de bâtiment séparé.

Les hommes sont casernes dans une autre partie de la cour. Il y a là la maison des célibataires et la maison des gens mariés. La cuisine et le réfectoire se trouvent aussi dans un pavillon spécial.

Les hommes mariés occupent de petites chambres, ou plutôt des «coins » séparés par de frêles cloisons élevées à mi-hauteur. Une porte mince, lézardée de fissures, ou un simple rideau, cache aux yeux l'intérieur de cette pièce étranglée où il y a juste assez de place pour un lit, une table, deux chaises, une armoire avec la vaisselle, et V icône devant laquelle l'ouvrier fait sa prière avant et après ses repas, et matin et soir. Les dimanches et les jours fériés, il allume la lûmpe suspendue devant l'image sainte.

Les célibataires couchent sur des planches recou-

vertes d'une paillasse, et le tableau que présente cet immense dortoir est loin d'être aussi sombre qu'on pourrait se l'imaginer après avoir lu certains livres.

« La situation des ouvriers russes est intolérable », a dit M. Lavigne dans son Étude sur le nihilisme.

Rien de plus faux, et j'estime que l'ouvrier russe est dans une situation matérielle bien meilleure que celle de l'ouvrier français, anglais et allemand. En France, en Angleterre , en Allemagne , à mesure que se construisent les maisons « bourgeoises », l'ouvrier n'est-il pas obligé de se réfugier dans des taudis infects, de s'entasser dans des pièces étroites, malsaines, sans air, ou de s'exiler dans les faubourgs? Toute une famille couche dans une seule chambre qui sert à la fois de dortoir et de cuisine. — L'ouvrier russe est aussi bien logé que le soldat; il ne paye ni son loyer ni son chauffage ; s'il tombe malade, il est soigné gratuitement par le médecin de l'usine. Sa nourriture ne lui coûte presque rien. Aussi le prolétariat n'existe-t-il pa^ en Russie *. L'ouvrier est un paysan qui possède presque toujours, là-bas, au village, une petite chaumière et un lopin de terre; et malgré sa faiblesse naturelle pour l'eau-de-vie, il est bien rare qu'il ne fasse pas quelques économies, ou

1. Avec le temps, il est évident qu'il se formera, comme il s'est formé chez nous, mais cette époque paraît encore bien éloignée. Il faudrait pour cela que les besoins de l'ouvrier russe augmentassent considérablement et qu'il y eût excès do population ouvrière, ce qui n'eot pas le cas.

qu'il n'envoie pas d'argent aux siens, M. de Molinari me disait que dans la fabrique que nous visitions, beaucoup d'ouvriers étaient déjà à la tête d'un capital de plusieurs centaines de roubles, que l'administration faisait valoir pour eux *.

Avant l'émancipation, le moujik qui venait s'engager comme ouvrier dans une usine ou une fabrique, ou qui voulait exercer un métier d'artisan, payait à son seigneur une redevance désignée sous le nom d'obrok; et il jouissait alors de la plus entière liberté.

Les paysans russes ont une habileté et une sûreté de main merveilleuses. Il faut les voir, avec une simple hache, travailler le bois. Quelles découpures délicates, quelles fines ciselures ! Avec une hache, ils construisent une maison tout entière, dans laquelle il n'entre pas seulement un clou ! Et les cochers, simples moujiks cependant, avec quelle adresse ne conduisent-ils pas leur attelage ! Les embarras, les accidents de voiture ou de traîneaux ne se produisent presque jamais, même à Saint-Pétersbourg, à l'heure la plus animée de la promenade sur la Perspective.

Quelques jours après son arrivée dans une fabrique, le paysan est déjà au courant du travail qu'on exige

1. Ua ouvrier gagne 10, 12, 15, 18, 20 et 25 roubles par mois, suivant l'importance de son travail ; les ouvrières ne gagnent que de 9 à 10 roubles, et les enfants, employés à des travaux faciles 6 à 7 roubles. — La journée commence à 5 heures du matin et dure jusqu'à 6-7 heures du soir, avec une interruption d'une demi-heure pour le déjeuner et d'une heure et denrxie pour le dîner, à midi.

de lui et il l'exécute comme s'il avait passé par un long apprentissage. Un talent d'imitation qui égale celui du Chinois. Et avec cela, d'une douceur, d'une docilité, d'une patience, d'une obéissance qui font de lui l'ouvrier le plus facile à mener et à diriger. Ivrogne le dimanche, j'en conviens, mais c'est son seul défaut, et sa manière à lui de sanctifier le jour du Seigneur. Chaque peuple n'a-t-il pas ses mœurs et ses habitudes? Dès qu'il est mis, dans les villes, en contact direct avec la civilisation, le moujik se préoccupe et cherche aussitôt à élever son niveau intellectuel. Ceux qui savent lire, — ils sont rares, — se livrent à des lectures à haute voix, suivies et écoutées avec attention par leurs camarades. Et les pères de famille, sentant tout ce qui leur manque sous le rapport de l'instruction, se cotisent pour faire donner des leçons à leurs enfants. — Ici, dans la grande raffinerie de Demiewka, c'est le fils du cocher, un jeune garçon de quinze ans, qui tient la c'asse du soir. Les ouvriers le payent à raison d'un rouble par mois et par enfant. Depuis ({ue des nihilistes se sont introduits dans les établissements industriels sous prétexte d'apprendre à lire et à écrire aux ouvriers, on ne tolère plus de maîtres étrangers. Les leçons ne peuvent être données que par des fils d'ouvriers, nés et élevés dans la fabrique.

Il était trop tard pour aller voir l'hôpital, la pharmacie, le poste permanent des pompiers. Les pompes, toujours prêtes à fonctionner, sont rangées au bord

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d'un grand étang alimenté par un ruisseau, et qui fournit l'eau nécessaire à la fabrique.

— Mais je vais vous montrer, me dit M. de Molinari, un des kabaks * où les ouvriers vont boire l'eaude-vie.

Nous sortîmes de la raffinerie, et, traversant la large chaussée, fleuve de boue quand il pleut, nous montâmes, de l'autre côté, quelques marches vermoulues. Le seuil usé d'une vieille isba franchi, nous nous trouvâmes dans une salle basse et nauséabonde, éclairée par une lampe à pétrole qui fumait. Derrière une planche servant de comptoir, un long juif, maigre et pâle, à tournure de héron malade, sa petite calotte de velours sur la tête, nous attendait, une de ses mains sur l'anse d'une cruche d'eau-de-vie. Dans un coin, deux petits enfants assis à terre, la robe relevée pour ne pas la salir, jouaient avec une vieille savate. Les murs étaient noirs de saleté, et cependant ce kabak avait un luxe exceptionnel : quelques petites tables avec des escabeaux. Dans les cabarets ordinaires, le consommateur boit debout ou appuyé contre la muraille ; il n'y a ni chaises ni tables.

— Wodka, de l'eau-de-vie ! demanda M. de Molinari. Nous bûmes à la russe, c'est-à-dire d'un trait, les

deux verres que le juif nous servit.

— Que dites-vous de cette eau-de-vie qui coûte quelques centimes le verre?

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