Cabarets
LES POMPIERS. — UNE FABniQUK RUSSE 323
— Elle est excellente : à Paris, avec un peu de caramel, on en ferait une fine Champagne à soixante centimes le petit verre.
Un ouvrier qui veut s'enivrer complètement ne dépense guère plus de six kopecks (trente centimes).
— Eh bien! petit père, comment va le commerce? Se soûle-t-on toujours beaucoup? demandai-je au juif.
— Tak, tak^^me répondit le malin aubergiste en ch gnant ses yeux de chat et en agitant sa barbe de chèvre dans un branlement de tête affirmatif.
En face de la raffinerie, il y a toute une rue de cabarets et de débits d'eau-de-vie. Les dimanches et les jours de fêtes les ouvriers et les ouvrières l'animent de leurs groupes pittoresques. Les Jeunes filles qui travaillent pieds nus toute la semaine viennent, fraîches et pimpantes, chaussées de bottes bien cirées, luisantes comme des miroirs, s'asseoir sur les bancs, devant les kabaks, où elles cassent des noisettes ou croquent des pépins de melon. Les ouvriers endimanchés, leurs longs cheveux retenus autour du front par une petite courroie, se promènent en sifflant entre leurs dents, les Petits-Ru ss/.ens la chemise rentrée dans les pantalons, les Grand à-Russiens, la chemise flottante serrée à la ceinture; quelques-uns jouent au bouchon ou à pile ou face ; accroupis à terre, on en voit aussi qui se racontent des histoires. Il y en a qui dansent devant un joueur d'harmonica. Des marchands juif»