‹ La Russie et les Russes; indiscrétions de voyageChapitre 30 sur 58 · Petit pèra · texte numérisé non relu

Petit pèra

dernière rosse!... Nous serons libres alors d'aller nous promener où nous voudrons... Si notre petit père le tzar voulait bien nous exiler quelque part, nous envoyer tous ensemble bien loin, bien loin, n'importe oîi, où la terre soit bonne et libre, il nous rendrait un grand service... En restant ici, nous ne savons pas comment nous allons vivre... »

La principale cause de ces souffrances imméritées est dans le système des impôts, qui est injuste et défectueux. Pour 100 millions de deciatines de terre, les grands propriétaires, les anciens seigneurs, ne payent que 13 millions de roubles d'impôts, tandis que les moujiks, pour 105 millions de deciatines, sont frappés de 195 millions d'impôts.

Le paysan est obligé de payer plus de taxes et d'impositions qu'il n'a de revenus *.

Qu'en est-il résulté? Une décadence générale de l'agriculture, la ruine des petits propriétaires, et ces disettes et ces famines qui ne sont pas des événe-

1. Voici les impôts que paye une famille de paysans qui possède 4 deciatines de terre : 10 roubles d'impôt personnel, 7 roubles de redevances, 1 rouble d'impôt de district, 1 rouble pour le prêtre, 30 à SO kopecks d'impôt communal; un total de 20 roubles, soit roubles 5 par deciatino. Et la decialine, si le paysan est un homme de ressources et de travail, ne lui rapporte pas plus de 3 roubles par an. — Une statistique ifficielle relevée dans le gouvernement de Samara dit que le paysan a 32 roubles d'impôts et de taxes à payer, et que son revenu n'est que de 19 roubles ! Dans le gouvernement d'Orel, la totalité dos impôts dépasse le revenu du paysan de 456/100, et dans le gouvernement de Novgorod, de 565/100 !

ments accidentels et de hasard, mais qui semblent en Russie passer à l'état chronique.

La terre que le moujik laboure, il ne la laboure pas pour lui , mais pour le fisc. Il n'ensemence son champ et ne le moissonne que pour s'acquitter de ses redevances envers l'État et la commune ; et quand il a tout payé, il ne lui reste plus rien. « Le paysan russe, a dit un Russe, travaille toujours pour payer quelque chose ou quelqu'un. » Dans la plupart des gouvernements, l'annuité que doit le moujik pour le rachat de sa terre dépasse le prix actuel du sol ou en représente au moins la moitié, de sorte que, comme l'écrivait le comte Chouvaloff, le paysan émancipé travaille aujourd'hui toute l'année pour son ancien seigneur, sans rémunération aucune 1

— Moskwa! Moskwa! * s'écrièrent quelques voyageurs qui se levèrent en s'étirant et en se secouant.

Et aussitôt la fièvre de l'arrivée s'empara de tout le wagon; chacun s'agita dans la recherche hâtive des menus objets éparpiUés autour de soi sur les banquettes; on roula rapidement les plaids, les couvertures; on se livra à tous les petits emballages qui annoncent l'interruption du voyage.

Des dames se saupoudraient de veloutine, puis mettaient leur chapeau ou rajustaient leur toque; tandis que des messieurs sanglaient leur literie ou se peignaient la barbe, un petit miroir de poche à la main,

La locomotive n avait cependant pas ralenti sa marche. Elle allait même d'une allure plus pressée, comme si elle eût voulu donner un dernier coup de collier.

Le nez contre la glace, j'essayais, en clignant des

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