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Titre dont les paysans de Lithuanie honorent les juifs

2. Qualification que les juifs donnent aux paysans qu'ils veulent duper.

— Non, rien.

— Rien, bon.

Un trait.

— Au dîner du lendemain t,i pris une demie.

— Non, un demi-quart seulement.

— Eh! mon Dieu, oui, un demi-quart, fait le juif, et il n'en trace pas moins un trait qui représente une demie.

L'opération continue de ce train ; Rifka et Sarka ne cessent de verser de l'eau-de-vie au paysan et le juif d'aligner des traits que le « hospodar » reconnaît ou nie sans que le juif tienne aucun compte de ses contestations.

Les yeux du paysan s'obscurcissent, ses paupières se ferment à demi, sa tête tourne.

Le juif, qui l'observe, tire alors de son gilet un morceau de craie à deux pointes, et ne procède plus que par doubles traits. Quand la table est couverte, il appelle des paysans pour être témoins du compte; l'addition est faite, et l'on donne au total des traits, la valeur correspondante en argent. — Le « hospodar » se trouve avoir bu sa meilleure vache et tout son convoi de grain, formant ensemble un total plus que décuplé de sa dette réelle.

Si le buveur n'est pas solvable, le juif ne lui donne à boire que sous nantissement. La passion de l'eaude-vie est si forte qu'on voit des ivrognes amener avec eux au cabaret des veaux et dès brebis, apporter sous le bras des coules, des canards, ou sur l'éoaule

un instrument de travail, une roue de chariot. Un pauvre diable est-il dans l'impossibilité de payer? Le juif ne le laissera pas partir avant de l'avoir dépouillé de sa redingote ou de sa pelisse, et même de ses bottes*.

Les juifs ont aussil'habitude d'attendre, sur la place du marché, le paysan qui arrive avec sa charrette chargée de blé ou de légumes. Ils en débattent le prix avec lui, puis ils l'emmènent boire, et l'enivrent. Pendant que le moujik dort dans un coin, souvent à terre, les juifs déchargent la charrette, et quand elle est vide, ils y hissent le pauvre diable, et fouettent le cheval qui reprend tranquillement le chemin du village.

L'aubergiste juif est presque toujours épicier et banquier. Il prête à la petite semaine. Mais pour le juif, semer de l'argent veut dire récolter de l'or. Malheur au moujik qui se laisse prendre dans l'engrenage de l'emprunt ! — Toute petite et insignifiante d'abord, sa dette gonfle à vue d'oeil. C'est la grenouille qui, sans éclater, s'enfle et devient aussi grosse que le bœuf. Il pensait s'engager pour une somme de quatre-vingts roubles ; en fin de compte, c'est huit cents roubles qu'il doit. Il recourt au juge. Le juif l'achète.

1 . « Plus du septième des Juifs de la Petite-Russie, dit M. Reclus dans ssl Nouvelle Géographie Universelle, sont cabaretiers et ramassent ainsi, kopek à kopek, le petit avoir du paysan; mais il en est aussi qui tombent dans la misère : dans l'Oukraine occidentale, on compte plus de 20,000 mendiants Israélites.

Le paysan, sans défenseur et sans appui, est condamné. Les recors arrivent, mettent sa terre sous séquestre ; un m«is après elle' est vendue aux enchères, et lui, sa femme, ses enfants, sont jetés, dépouilléf? et affamés, aux boues du chemin.

Tant que les banques agricoles ne se développeront pas, il en sera ainsi, et les mesures policières seront aussi impuissantes, d'un côté, à détruire l'usure que, de l'autre, à arrêter le mouvement antisémitique qui en est la conséquence.

C'est contre le capital, représenté par le juif enrichi, que se lève le paysan ruiné.

Jadis il était le serf du seigneur dont il incendiait le château ; aujourd'hui il est le serf du juif dont il pille la maison.

Cette lutte qui prend des proportions si graves pour l'avenir, et qui est si cruelle pour ceux qui en sont les malheureuses victimes, n'a pas le moindre caractère religieux j elle est purement économique et sociale.

KILYMA

La train marchait de cette allure prudente et sage des chemins de fer russes, qui semblent toujours transporter quelque chose de fragile : de la porcelaine ou une couronne.

Il était deux heures du matin. Au milieu d'un cieî troublé et agité où roulaient, semblables à des vagues écumeuses, de gros nuages au ventre blanc, le croissant recourbé de la lune vacillait comme un petit esquif d'or ballotté par la tempête.

Au-dessous de ce ciel en guerre, dans le vaste silence et la solitude infinie des steppes, la terre dormait, enseveHe dans une paix sacrée. On n'entendait rien autre chose que le halètement saccadé de la locomotive, qui éructait bruyamment sa vapeur. Parfois, une fusée d'étincelles partait et flottait dans l'air comme une chevelure en feu. Puis, tout retombait dans l'uniformité vague de la nuit. A droite, à gauche, des/ilaioes se déroulaient, immenses, toutes noires de

leur profondeur. Çà et là, une flaque d'eau, comme un morceau de nacre ou de verre, luisait, frappée par les clartés intermittentes et obliques de la lune.

J'étais en route depuis une heure. Berditschew m'avait montré tout ce que peut montrer une pauvre ville de province où grouillent, entassés dans une sorte d'égout à ciel ouvert, 60,000 juifs qui sentent mauvais. J'éprouvais un si pressant besoin d'échapper à cette atmosphère fétide, que je n'avais pas voulu attendre jusqu'au lendemain pour partir. A minuit, je m'étais fait conduire à la gare, après avoir passé le reste de ma soirée dans une famille polonaise à laquelle on m'avait recommandé, et où j'avais eu le plaisir de rencontrer M""* Monkiewiez-de-l' Arbre, qui a écrit sur la Volhynie et l'Ukraine des nouvelles d'une saveur exquise.

Elle avait bien voulu nous lire un de ses intéressants lécits, rempli de détails curieux sur les mœurs de ces provinces peu visitées et peu connues. Seul dans mon wagon, je songeais à la douce Kilyna, type poétique et charmant de la paysanne ruthène. Je voyais devant moi, dans l'évocation du souvenir, l'adorable héroïne delà nouvelle de M""^ Monkiewiez, avec sa couronne de magnifiques cheveux blonds piqués de fleurs naturelles et enlacés d'un ruban de laine rouge. Chargée de deux seaux vides, elle descendait lentement, en plein soleil, grande, élancée et fière, le sentier qui mène au puits. Sa robe d'indienne aux couleurs vives était coquettement relevée sur ses jambes nues. Un

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jour de semaine, et par une si belle journée, porter des bottes, c'eût été un luxe ridicule ! Sa chemise de toile fine, richement brodée, était retenue à la descente des épaules et aux poignets par de petits rubans de soie ponceau. Des colUers de verroterie et de corail incrustaient leur mosaïque bariolée dans les blancheurs de marbre de la chemise arrondie par les contours délicats d'une poitrine de vierge ; ses joues étaient roses comme une églantine ; et, dans ses yeux brillaient les ardeurs d'une belle fille qui épanouit sa force et sa jeunesse au milieu de l'universel épanouissement d'amour du printemps. A sa vue, les jeunes paysannes qui bêchaient les jardins voisins en chantant une wesnianka * s'interrompirent et coururent audevant d'elle. Les fleurs qui ornent les cheveux de Kilyna n'annoncent-elles pas qu'elle est fiancée? A quand la noce ? Ah ! comme on s'amusera, comme on dansera !

— Mais je ne suis pas encore volesna ^ répond la jeune fille en rougissant.

— Va, tu le seras bientôt !

Et les jeunes paysannes mènent autour d'elle une ronde, et dansent en improvisant des couplets de circonstance.

A ce moment la porte du parc du château de Kourylouvska s'ouvrit et une jeune demoiselle, vêtue

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