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Volosaé, maire de la commune. Volosna, femme du maire

avec un extrême bon goût, se montra en compagnie d'un jeune homme. C'était M"* Wanda Bielska, fille de M""' la maréchale, propriétaire du château de Kourylouvska.

S'interrompant dans leurs chants et dans leur danse, les paysannes s'avancèrent en troupe au-devant du jeune couple pour lui baiser les mains. Bien que le servage ait été aboli, les anciennes traditions de soumission et de respect envers ceux qui étaient jadis maîtres et seigneurs, se sont conservées dans les campagnes.

— Bonjour, joUe fiancée 1 s'écria Wanda; et elle expliqua à son cousin, qui venait de l'étranger, que Kilyna allait épouser le volosné du village, veuf depuis deux ans.

— Aime-t-elle son futur? demanda le jeune comte.

— Si elle l'aime? fit Wanda en riant. Groyez-vous que nos paysannes soient des héroïnes de romans ? Sa mère lui a dit qu'il fallait bien finir par se marier un jour et que cet homme-là ou un autre, c'était bien la même chose... Elle pourrait tomber plus mal ; on ne rencontre pas tous les jours un gospodar (monsieur), un volosné.

Les jeunes paysannes avaient repris leur chanson en chœur.

Pendant ce temps, un nouveau personnage était entré en scène. C'était un petit homme d'un extérieur repoussant, vêtu d'une redingote râpée, un tchinovnik (fonctionnaire russe), appartenant à la caste cléri-

KILYNA Hf

cale et qui remplissait auprès du volosné les fonctions de secrétaire adjoint. Les maires élus par les communes ne sachant ni lire ni écrire, le gouvernement leur impose des jo/sar, c'est-à-dire des écrivains, qui ne tardent pas à prendre la haute main dans toutes les affaires de la volost (commune).

Le pysar jeta au jeune comte un regard haineux. Il adressa un compliment à Kilyna, mais celle-ci lui répondit par une plaisanterie qui parut vivement blesser le petit homme.

— Rentrons au château, dit la jeune demoiselle à son cousin. Ce pysar me fait peur. — Ils remontèrent le sentier qui conduisait à la porte du parc. Ce parc, datant de la fin du xviii* siècle, était une merveille. Il avait été tracé par le même jardinier artiste qui avait créé le fameux jardin de Sofiouska, du comte Potocki.

Depuis la maladie de sa vieille mère, M"« Wanda Bielska gérait le domaine seigneurial.

Ce n'était pas la seule demoiselle polonaise de la contrée qui se fit remarquer par ses aptitudes administratives et son bon sens pratique. Elle et sa mère aimaient leurs terres avec passion. Ce vieux château était pour elles une sainte relique de famille. Dans l'ombre de ces grands arbres, que de souvenirs dormaient ! Le dôme vert de. la petite église qu'on apercevait au loin leur rappelait toutes les joies et toutes les douleurs de leur vie.

Elle s'étaient attachées à ce sol, tombeau de leurs

ancêtres, comme le lierre s'attache aux ruines ; et elles semblaient n'avoir qu'une pensée : faire autour d'elles le plus de bien possible.

Devant le château un vieillard attendait. Il s'approcha de M"« Wanda :

— Tu as l'air triste ce matin, Bonaventure ; qu'astu? lui dit-elle.

» — J'ai un gros chagrin, mademoiselle. Et une larme se perdit dans sa moustache grise.

— Quoi donc?

— Il s'agit de mon fils... Vous avez bien voulu payer son éducation, et vous savez s'il a étudié, le jour et la nuit!... Il était à la veille de son dernier examen, parfaitement préparé, et il allait pouvoir entrer à l'université... Mais...

— Qu'est-il arrivé ?

— Hélas ! Il a oublié qu'il est défendu de parler polonais à l'école, et on l'a chassé du gymnase malgré sa conduite exemplaire.

Le vieillard sanglotait.

M"" Wanda lui promit d'écrire au gouverneur et d'intercéder pour son fils.

L'époque fixée pour le mariage de Kilyna était proche. Mais à mesure que les jours a'éooulaient, la jeune fille devenait plus inquiète, plus triste. Elle ne savait pourquoi, lorsqu'elle filait, assise sm la pi'izba^j

1. Banc en maçonnerie, qui fait le tour de toute chaumière petite-russlenne.

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les chansons gaies ne lui venaient plus aux lèvres. Elle chantait comme si elle eût déjà été une malheureuse moloditza^ :

« N'étais-je pas dans les champs — Le froment doré? — Pourquoi m'a-t-on coupé — Et lié en gerbe ?

oc N'étais-je pas chez ma mère — L'enfant aimée? — N'étaisje pas chez mon père — La fllle unique ?

« Pourquoi m'a-t-on mariée ? — Le monde est fermé pour moi, — Oh! ma triste destinée ! — Ma triste destinée ! »

Quand elle chantait ces choses-là, involontairement ses beaux yeux se remplissaient de larmes ; et elle ne savait comment cela se faisait, elle pensait alors au jeune homme qu'elle avait rencontré en allant au puits, avec M"* Wanda. Il l'avait regardée d'un œil si doux, si bienveillant ! Et sa figure était belle comme celle des saints de l'église. « Que les demoiselles, se disait-elle, sont heureuses ! Quand elles épousent des hommes pareils, elles sont sûres de ne pas être battues ! » Elle se noyait ainsi dans une rêverie étrange dont les sensations indéfinies éveillaient en elle comme une douleur intense et un bonheur indescriptible.

— Ah! si on pouvait ne pas se marier, maman! ditelle un jour à sa mère.

— C'est impossible, lui répondit la vieille. Tout le monde se moque d'une fille qui ne peut cacher ses cheveux gris soi\s le mouchoir des moloditza. Je sais

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