‹ La Russie libre- l'Aube RusseChapitre 8 sur 26 · V. chapitre XV · texte numérisé non relu

V. chapitre XV

X Le mouvement vers la liberté politique n'est pas d'hier; il date de longtemps; il n'a pas été fomenté par les intellectuels; il a emporté la classe ouvrière par le fait d'une évolution naturelle. Les signataires sont convaincus que, si l'on ne modifie pas le régime, de nouveaux troubles éclateront, et que les mesures de rigueur n'y feront rien. La création de «jaunes » par les soins du gouvernement n'y changera rien et ne fera que compliquer la situation. Il faut ouvrir à la classe ouvrière une voie qui lui permette de défendre ses intérêts directement et librement. Seule, la liberté d'associalion et de réunion pourra pacifier le pays. La garantie unique de la nation est la participation permanente du peuple aux travaux législatifs et au contrôle de l'Administration. Seule, l'assemblée de représentants librement élus du pays pourra donner à la vie gouvernementale une solidité sans laquelle le développement pacifique de l'industrie esl; impossible. »

M. Witte, recevant la délégation des ingénieurs, leur demande la suppression de ce dernier passage. De nouveau assemblés, ils s'y refusent.

Les fabricants de Pétersbourg n'entendent pas qu'on les range dans le camp réactionnaire. Ils présentent aussi au ministre des Finances un mémoire conçu dans le style audacieux de celui de Moscou*, y dénoncent l'imprévoyance et la duplicité du gouvernement, affirment l'impossibilité pour l'industrie de se développer, Sinon de vivre, en Russie, aussi longtemps que des « réformes radicales » n'auront pas transformé le régime.

Les fabricants d'Odessa adhèrent à ce mémoire. Les métallurgistes; les fabricants de Varsovie; 47 chefs d'entreprises du centre, occupant ensemble 125.000 ouvriers, rédigent de pareils rapports. Celui des industriels et propriétaires de l'Oural, qui réunit les signatures de patrons d'usines d'où sortent chaque année plus de 150 millions

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de pouds de métal (le poud équivaut à un peu plus de 16 kilogrammes), est particulièrement énergique :

« Le gouvernement, redoutant les progrès de la conscience politique pirmi les ouvriers, s'est toujours efîorcé de les lancer contre le capital et de développer le socialisme policier en le fondant sur une absence de droits universelle... Le seul mo}'en d'en finir avec la désorganisation de la vie de LEmpire, et de porter remède, jusque dans ses racines, à la situation de l'iiidustrie, est d'appeler toule la population de l'Empire à participer à la législation, et d'instituer, par des garanties absolues, l'obligation pour notre administration de s'en tenir strictement aux dispositions fondamentales des lois. Ce que l'on nomme chez nous « la force puissante » (c'est ainsi que l'on désigne l'autocratie, quand on n'ose pas prononcer son nom) a toujours su se déployer sur la Russie sans obstacle et sans contrôle. Mais malgré la grande quantité des ressources matérielles de la Russie et les forces morales de son peuple, cette « force puissante » n'a su que nous conduire à la situation actuelle, qui est profondément pénible au point de vue intérieur aussi bien qu'extérieur... Le développement de notre industrie s'est heurté à la misère du peuple. Clous, fers à cheval, charrues sont devenus jusqu'à des objets de luxe parmi ceux dont se sert le peuple. »

Le Mémoire des Savants, signé de quelques-uns des noms les plus considérables de professeurs et de membres de l'Académie des Sciences, affirme la déchéance des universités et du corps enseignant, accuse l'ingérance policière de l'Etat, appelle un changement de régime qui ramènera la vie dans un corps mort *.

... Des centaines de fabricants de Moscou, 600 avocats de Pétersbourg, 198 ingénieurs, 342 savants et professeurs, des centaines de métallurgistes, ont signé les résolutions qui précèdent. Deux cents fabricants de Pétersbourg, non contents de leur protestation particulière, ont adhéré à celle de Moscou. Tous les jours, pendant des

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