C. D'Akstafa à Erivan. Etchmiadzine. L'Ararat
Préliminaires.
Le gouvernement général de la Caucasie (KaBKàscKiS KpaS ou KaBKâ8i>) comprend les sept gouvernements de Stavropol, de Tiflis, de Koutaïs, de la mer Noire, de Bakou, d'iélissavetpol et d'Erivan, ainsi que les quatre territoires du Térek, du Kouban, de Kars et du Daghestan. vSa superficie est de 411 324 verstes carrées, avec 9250000 habitants. Il est borné au N. par l'Iéia, le Manytch et la Kouma, à 10. par la mer Noire, au S. par l'Asie -Mineure et la Perse, et à l'E. par la mer Caspienne. La Ciscaucasie (c^bBepHuit KaBKàsii) est la partie située au N. du Grand Caucase (p. 382) , et la Transcaucasie (3aKaBKÔ3i>e) celle qui se trouve au S. de l' Anti- Caucase (p. 382).
382 LA CAUCASIE. Struciv/re,
Le Orand Caucase (Bojbmôii KasKâsi), vaste chaii.e de montagnes qui sépare TËuiope de TAsie, entre la mer Caspienne et la mer Noire, s'étend de l'E.-S.-E. à l'O.-N.-Ov soit de la presqu'île d' Apchéron^ sur la mer Caspienne (Bakou), à V embouchure du Kouban, sur la mer Noire. Il a env. 1280 kil. de long et 100 à 225 kil. de large.
Il y a une crête centrale, composée de roche primitive cristalline, que précèdent des chaînes schisteuses ou calcaires plus basses au N. et au S. De courtes arêtes croisant la grande chaîne y donnent naissance à des vallées transversales relativement nombreuses, tandis qu'il y a fort peu de vallées longitudinales. Des sources d'eaux ferrugineuses et sulfureuses s'y trouvent en grand nombre. — Le Caucase Centbal , de TËlbrous au Kazbek , forme un rempart colossal de 200 kil. de long et presque sans lacune, dont les cols ne sont pas inférieurs à 3000 m. et dont beaucoup de sommets dépassent 50()0 m. d'altitude. Les principales cimes de cette chaîne centrale, le «Caucase de glace», sont de l'O. à l'Ë. : V Elbrous (5629 et 5593 m.), la plus haute montagne du Caucase, d'origine volcanique et à double cime, puis la Chkara (5184 m.), le Dykh-Taou (5198 m.), l'énorme massif de VAdaï-Khokh (4647 m.), le Kazbek (5043 m.), qui est aussi d'origine volcanique, etc. Au S.-Ë. de l'Adaï-Khokh, les cols sont plus bas et plus nombreux. Là se trouvent le col de Mamisson (2825 m.), entre les vallées de l'Ardon et du Rion, et le col Krestovaïa (2379 m.), la principale brèche du Caucase, tout près du Kazbek à l'Ë., entre les vallées du Térek et de la Koura. La chaîne de montagnes se partage au delà de l'Adal- Khokh pour former deux ramifications , qui embrassent le plateau du Daghestan , l'une à TË. , se dirigeant vers les Portes de Fer ou le défilé de Derb'ent (p. 396) , et l'autre au S.-Ë. , prolongeant la chaîne centrale. Leurs principaux sommets sont le Téboulos (4507 m.) et le Bazardiouzi (4480 m.). — La limite des neiges est à 2900 m. au S. et à 3300 m. au N. Les olaciebs n'y paraissent guère, proportionnellement au climat, moins étendus que ceux des Alpes, les plus grands étant le glacier de Betinghi et le glacier de Karagom, à r Adaï-Khokh, qui ont 17 kil. ou 15 kil. 50 de long et ne sont inférieurs qu'à celui d'Aletsch, en Suisse. Cependant les cours d'eau n'y peuvent nullement se comparer à ceux des Alpes. Vers la mer Noire coulent le Kouban, VIngour et le Riorij vers la mer Caspienne le Tértk au N. et la Koura au S. Les lacs et les cascades sont rares dans ces montagnes.
L'Anti- Caucase ou Petit Caucase, appelé aussi plateau arménien^ s'étend au S. de la Koura et du liion. Il est presque parallèle au Grand Caucase, auquel il se rattache par les mtynti Souram ou Mesques. C'est un vaste plateau avec des sommités volcaniques considérables, mais dont le Grand Ararat (5160 m.), la plus haute cime, et VAlaga» (4098 m.), s'élèvent seuls au-dessus de la limite des neiges. Sa plus grande largeur est d'env. 200 kiL et son axe longitudinal du N.-O. au S.-E. mesure env. 500 kil. A l'O. de la gorge de Borjom, où la Koura s'est frayé un passage^
aimât LA CAUCASIE. 383
s'éteiident les monts d' Akhaltsykh , qui se confondent au 8. avec le Taurus, et dont les ramifications, les monts d'Adjara, se prolongent jusqu'à la mer Noire. Perpendiculairement aux monts d'Adjara se détache au S. la chaîne d'Arziani, dont les contreforts vont rejoindre les montagnes du Pont. Le Grand Caucase a peu de lacs; eu revanche, TAnti-Caucase en a une quantité, dont le plus grand est le Goktcha, avec env. 1800 kil. carr. de superficie.
Climat. — Les pluies sont plus abondantes sur le versant S.-O* du Caucase que sur celui du N.-O.; le pluviomètre marque, par ex., 2172 mm. par an à Sotchi, sur la mer Noire; 1614 à Poti, 719 à Stavropol; 695 à Novorossiisk] 535 à Piatigorsk\ 486 à Tifiis et 241 à Bakou, — Le versant N.-Ë. ou de la Ciscaucasie est donc moins boisé: l'hiver y est froid et l'été chaud comme dans le reste de la Russie d'Europe. Il y pleut surtout au commencement de l'été. L'edelweiss ne se trouve pas dans le Caucase. Le côté S. ou la Transcaucasie est plus favorisé pour le climat ; Tifiis y a une température annuelle de 12° 6 C. Une haute muraille naturelle la protégeant contre les vents glacés du N.-O. et U& eaux y étant abondantes, la Transcaucasie a de riches forêts et les plantes du Midi de l'Europe y prospèrent. On y rencontre dans les régions basses l'if, le buis et le tamarin, des chênes et des hêtres, dans lesquels grimpent des vignes; des lauriers -cerises, des buissons d'yeuses, des azalées et des rhododendrons (ces deux espèces jusqu'à 1600 m. d'altit.); des fougères de la taille d'un homme et, dans les clairières, quantité de fleurs, parmi lesquelles se distingue surtout le lis de la Chine. Des plantes grimpantes, surtout la salsepareille épineuse, y rendent les forêts impénétrables en beaucoup d'endroits. De grands bois croissent jusqu'au pied des glaciers, et l'on a trouvé des plantes alpines en fleurs jusqu'à une altit. de 3900 m.
Les fièvre» (v. p. 388) régnent sur la côte de la mer Noire et dans la vallée du Rion et de la Koura; la Upre n'atteint guère que la partie la plus pauvre de la population persane-, la maladie dite otarie* (ro;^OBliR'& ; V. p. 432), une sorte d'éruption, se rencontre à lélissavetpol.
En fait d'animaux féroces, il n^est pas rare de rencontrer des ours dans le Caucase, et à Lenkoran des tigres. Les grandes forêts de TOuest, qui est presque désert, y recèlent encore des bisons (v. p. 38), et dans les hautes montagnes se trouvent le chamois et le bouquetin du Caucase (œgocerus Pallasii et capra Caucas.). Le faisan est originaire de la vallée du Bion, le Phase de l'antiquité.
Il y a des serpent» venimeux^ surtout dans les bas-fonds de la Transcaucasie et dans les steppes non loin de la Koura, entre autres deux espèces de vipères: la vipera euphratica et la vipera ammcdytes, très redoutable et qui a une corne sur la tête. La piqûre du petit scorpion jaune (scorpio avchasicus) n'est, dit-on, dangereuse qu'en août. Celle du scorpion noir (scorpio androctonus bicolor; a Nakhitchévan et à Djoulfa) passe pour être presque toujours mortelle. Il est rare qu'on soit piqué par les tarantelles et les phalanges.
Population. — Au point de vue ethnographique, le Caucase est un des pays les plus curieux du monde. Le manque de communication et l'isolement des vallées ont fait que la population s'y est
384 LA CAUCASIE. PoptUation.
divisée en un grand nombre de tribus et qu'il s'y est conservé des restes des peuplades qui ont passé dans leurs migrations sur les grandes routes au N. et à l'E. Le Sud est habité par les descendants des anciens Ibèbes, qui parlent une langue divisée en plusieurs dialectes, le kharthli: ce sont les Oeorgiens, ou Orousiens des Russes, dans la vallée de la Koura; les Mingreliens , entre le Tskhénis-Tskhali, le Rion, l'Ingour et la mer Noire, les Imeréthiens, dans la vallée de la Kvirila et du Rion jusqu'au Tskbénis-Tskhali ; les Gouriens, au S. du Rion; les Svanes, dans les hautes vallées de l'Ingour et du Tskhénis-Tskhali; les Khevzoures, les Pchaves, les Touches, etc., à l'E. du Kazbek, sur les versants N. et S. du Caucase. Le's Ibères passaient déjà dans l'antiquité pour un peuple à demi civilisé et peu guerrier, qui eut de bonne heure une écriture et par conséquent une littérature. Leur vieil alphabet, nommé «khoutsouri», est emprunté à l'arménien; celui dont ils se servent maintenant est le «mkhédrouli». Ils sont au nombre d'env. 1200000, et ils professent la religion grecque. — La classification ethnologique de ces peuples n'est pas encore établie. D'après les recherches de MM. de Morgan, Lehmann et Belk, les Grousiens sont peut-être un reste de la race alarodienne et plus anciens que les Egyptiens.
Au N. de l'embouchure de l'Ingour habitent depuis l'antiquité les Abkhazes (env. 60000), restes des Tcherkesses qui ont émigré depuis 1864 (v. ci -dessous). Leur langue est une des agglutinantes. Ils sont mahométans depuis le xv® s.
Il y a eu là d'autre part une immigration considérable d'Arméniens et de Tatares. Les Arméniens (env. 1 million, surtout dans le gouv. d'Erivan) sont chrétiens dep. le commenc. du iv® s. et ont leur église nationale, dont le chef est le patriarche (catholicos) d'Etchmiadzine (p. 429). Ils se séparèrent de l'église catholique après le concile de Chalcédoine en 451 et ils doivent leur nom de Grégoriens à Tévêque St Grégoire, Tllluminateur. Le rite est presque le même que celui de l'église russe. Les offices se font dans la vieille langue arménienne (grappar) , mais le prêche a lieu en arménien moderne (achkharahar), — Les Tatares (env. 1 140000) habitent surtout les gouv. à l'E. de la Transcaucasie et sont mahométans. Leur langue a une grande affinité avec le turc. — Les Tates (1250000) occupent la majeure partie du gouv. de Bakou. Ce sont des Iraniens. Ils parlent une langue persane corrompue et professent l'islamisme (Chiites).
La partie N.-O. du Caucase au bord de la mer Noire est presque entièrement inhabitée depuis 1864, date de l'émigration des Tcherkesses ou Circasssiens y qui l'occupaient au nombre d'env. 400000. Il n'y a que la principale tribu, celle des Kabardhes (env. 8000O), soumise longtemps aux Russes, qui soit restée, sur le versant N. de la montagne , entre la Malka et le Térek et entre celui-ci et la Sounja. Les Tcherkesses, qui se nomment eux-mêmes Adighé^ se disent d'origine sémitique. Us parlent une langue tout fait à part.
Population. LA CAUCASIE. 385
Un assez grand nombre de Tatart», dits montagnards, ont aussi pénétré dans les vallées du N. du Caucase central avec les Kabardhes et se sont mêlés à eux, ce qui a influé sur leur langue. Chrétiens au commencement du moyen âge, les Kabardhes se sont plus tard convertis à Tislamisme; mais ils n'ont pas pris part au soulèvement de Chamyl (p. 387). Ils passent pour les plus chevaleresques montagnards, et une grande partie des populations voisines ont adopté leur mœurs et leurs costumes. Les hommes portent la «tcherkeska» , long habit ajusté en étoffe de laine grossière, avec de très longues manches retroussées, un petit col droit et, en avant, plusieurs rangs d'étuis à cartouches. Dessous ils portent le «bechmet» ou r«archalouk», vêtement de cotonnade un peu plus court, qui ne se voit qu^au cou et aux bras. Des pantalons collants, des guêtres et de petites bottes complètent le costume, avec un bonnet de peau de mouton. A cela s'ajoute, s'il fait froid, la «bourka», manteau sans manches fait d'un feutre épais, à longs poils à l'extérieur, et en tout temps un arsenal d'armes de toute sorte. Le costume des femmes tcherkesses n'a rien de bien caractéristique, à l'exception du corsage orné de chaînettes et de boucles, de la coiffure, de forme cylindrique et aux riches ornements d'or et d'argent, du haut de laquelle pendent des chaînettes et des cordonnets de même métal.
La partie moyenne de la chaîne de montagnes est occupée par les Ossètea, qui se nomment eux-mêmes Rans (Ariens) et qui sont certainement d'origine arienne. Leur langue est congénère de celle des Médo-P erses. Ils sont au nombre d'env. 166000 et ils professent la religion chrétienne ou le mahométisme.
La ramification orientale est habitée par deux groupes principaux de tribus, ceux des Tchétchènes et des Daghestanais. Les premiers se donnent le nom de Nakh-tchi et habitent sur le versant N. jusqu'au Térek, mais en deux parties séparées par une forte colonie russe. On en compte env. 283000, divisés en plusieurs tribus, et ils sont mahométans (Sounnites). C'est leur pays qui a été le foyer du grand soulèvement qui n'a cessé qu'en 1859. Au nombre des tribus tchétchènes, il faut compter aussi les KUtes (env. 6000) et les Ingouches (env. 30000).
Les Daghestanais ou Lesghiens, env. 580000, ont aussi toujours été divisés en un grand nombre de tribus, souvent localisées. dans des vallées ou des villages et dont les langues sont inintelligibles pour les tribus voisines. Les plus importants (en les groupaiU d'après leurs langues) sont les Avares andiniens (env. 195000), dans la vallée du Kotssou avare et d'Andi, et qui ont compté parmi eux Chamyl; puis les darghiniens (env. 124000) et les kuriniens (env. 173000). Tous sont, dit-on, zélés partisans de l'islamisme, mais aussi laborieux et honnêtes. C'est une population à la fois agricole et industrielle; leurs armes et leurs tapis sont renommés
Bœdeker. La Russie. 3« ëdit. ^
386 LA CAUCASIE. Histoiie.
et le manteau lesghien («bourka»; p. 385) est répandu daus tout le Caucase.
Les Russes dans le Caucase atteignent déjà le chiffre d'env. 3 millions. Ils habitent pour la plupart les bourgs (stanitsy) des Cosaques du Caucase septentr., les territoires du Térek et du Kouban , ainsi que le gouv. de Stavropol. Parmi les Russes il y a surtout dans la Tran seau caste beaucoup de sectaires (env. 120000), tels que les Doukhohcrtzi (pneumatomaques ou lutteurs par l'Esprit), les Molokans^ etc., qui ont été envoyés dans le Caucase par le gouvernement ou qui s'y sont établis de leur plein gré. Ils se trouvent en majeure partie sur le haut plateau de l'Anti- Caucase. L'élève des bestiaux et le roulage sont leurs principales occupations.
Il n'est pas possible d'entrer ici dans les détails sur les langues çui se parlent en Caucasie. On notera que presque tous les noms de lieu s'accentuent sur la dernière syllabe. La transcription est faite dans la description suivante d'après le russe.
Histoire. — Les anciens ont connu sur la côte E. de la mer Noire les Mosches ou Ibères, habitant la Colchide, l'Ibérie et l'Albanie. Différant de bonne heure des montagnards par une certaine culture, les Ibères n*ont eu, autant qu'on peut le savoir, rien de commun avec les Ariens. Des colonies grecques, surtout de Mil et, s'établirent sur la c6te de Colchide, dans les bas-fonds arrosés par le Phase. Les fables de Prométkée, de Jason et des Argonautes rappellent les relations avec ce pays.
Aux temps historiques apparaissent en Ibérie, dans la vallée de la Koura, les Géorgiens, dont le nom a pour origine une corruption grecque du persan Ourg ou Qwrdj, en arménien Virkh. D'abord un peu sous la dépendance de la Perse, les Géorgiens furent ensuite sous celle de la Macédoine, dont ils s'affranchirent au lu^s. av. J.-C, et ils restèrent indépendants jusqu'au iii^s. de notre ère. Leurs rois résidèrent près de Mtskhet (p. 411), i Harmotsica, en géorgien Arma^Tsikhé, (château d'Oromaze ou Ormiizd), sur un rocher au-dessus de la Koura. Il y eut d'abord la dynastie des Pharnavastiens (Pharnabaze) , puis une famille arménienne. Des luttes intérieures , des partages et des tentatives infructeuses de se soustraire à la domination persane remplissent cette période et la suivante, jusqu'à la fin du vi® s., où règne une famille persane. Le christianisme se répand aussi alors en Géorgie. Tiflis est la résidence à partir de la fin du v® s. Les luttes continuelles contre les Persans nécessitent la protection, mais aussi la reconnaissance de la suprématie de l'empire byzantin. A la dynastie des Qouramides (574-787) succéda celle des Bagratldes, dont le premier, Askhot, succomba dans la lutte avec les envahisseurs arabes. Quelques-uns seulement des princes de cette dynastie, qui prétendait descen^lre de David, roi dos .Tuifs, parvinrent à maintenir l'indépendance de la Géorgie vis-à-vis de Byzaiice et de la Perse, Les règnes les plus
HUtoire. LA CAUCASIE. 387
heureux furent ceux de David le Rénovateur (1089-1125), qui pénétra même en vainquer dans l'Asie -Mineure, et de Tamara (1184-1212), reine à qui on attribue encore aujourd'hui toutes les grandes constructions qui se trouvent dans le pays. Les hordes de Tamerlan s'emparèrent de la Géorgie à la fin du xiv* s. et n'en furent chassées qu'à la mort du conquérant.
Le royaume fut divisé vers le milieu du xv® s. en trois principautés: Vlméréthie, le Kharthli et la Kakhétie, ce qui le mit encore plus dans la dépendance de la monarchie persane, rétablie auxvi*^s., et celle des Osmanlis, qui s'avançaient de ce côté, et T islamisme y fit aussi des progrès. Les Russes commencèrent de leur côté à y pénétrer par le nord à partir de Pierre le 6r. ; ils gagnèrent en 1774 la Kabarda et, en s'alliant aux Ossètes, le passage le plus important du Caucase. Dans la lutte qui en résulta avec les Persans, les Géorgiens se mirent du côté des Russes, et Héracliits, prince de Kakhétie et de Kharthli réunis de nouveau depuis 1762, devint vassal de la Russie en 1783. Georges XIII, son successeur, céda définitivement son royaume à la Russie en 1801, et Tlméréthie y fut réunie en 1810. La paix d'Andrinople, en 1829, donna à la Russie une grande partie des côtes de la mer Noire, et les tribus indépendantes du Caucase furent soumises après une lutte de plus de soixante ans. Les Russes rencontrèrent larésistanf-e la plus acbarnée chez les populations de TE. (1835-1859), dont le fanatisme religieux avait été surexcité par l'émir Chamyl (m. 1871 ; v. p. 215). C'est seulement après la guerre de Crimée (1856) que purent être prises successivement ses forteresses, Véden et Gounib. La lutte dura encore plus longtemps à rO., où les Tcherkesses ne se soumirent qu'en 1865. Il y eut des troubles pendant la guerre entre la Turquie et la Russie (1877- 1878), mais ils furent bientôt réprimés. Au traité de San Stefano, la Russie reçut les territoires de Kars et de Batoum.
Voyage. — Si, après les trajets en ehemin de fer, on se contente de parcourir en poste la route de Tiflis à Yladikavkaz, on n'a même pas besoin de plus de préparatifs et de connaissances linguistiques que dans le reste de la Russie. Mais pour les excursions à pied il faut prendre un guide, parce qu'il n^ a pas de poteaux indicateurs. On s'assurera d*avance que le guide connaît la contrée et on ne le payera qu'à la fin de Texcursion. — Si l'on veut parcourir les hautes montagnes, il est indispensable d'avoir un domestique de confiance et habile, qui parle non seulement le russe, mais encore le géorgien, le tatare et Tarménien et qui s'entende aussi un peu à la cuisine. Pour voyager à pied, même avec un bagage restreint (v. p. 388), il faut des porteurs ou plutôt des chevaux, dont chacun porte de 0 à 6 poudes de bagages. — On voyage surtout bien à cheval, mais il est souvent difficile de louer des chevaux (guide avec un chev.. 1 r. 60 à 3 r. par jour, suivant la saison et l'endroit), et on n'y arrive d ordinaire qu'après de longs pourparlers \ aussi vaut-il mieux, pour un voyage considérable, vu aussi les prix peu élevés, en acheter plusieurs (à Yladikavkaz, le prix d'un chev, est de 60 r. env.), qu'on revend après. Mais si l'on préfère en louer, il est bon de le faire pour de longues distances et de payer même un peu plus, parce que l'on gagne alors beaucoup de temps et que guides et chevaux s habituent aux voyageurs. La plupart des chemins de montagne et mèvnf dfs cols sont praticables aux chevaux,
388 LA CAUCASIE. Renseignements
qu'il faut garder la nuit, pour qu'ils ne soient pas volés. On vante beaucoup les qualités du cheval du Caucase, surtout de celui de la Kabardha; il est sobre, dur à la fatigue et docile. La selle du pays étant très incommode, il ne faut pas oublier d'en emporter une autre, avec de quoi y placer le bagage et une couverture, et munie d'étriers. La sangle doit être faite en vue du corps très mince du cheval du Caucase.
Comme voiture, on ne trouve d'ordinaire que la téléga (v. p. xx). Il n'y a de diligences à l'européenne que sur la route militaire de Géorgie (p. 4il). Aux relais de poste on paie par chev. et par verste, 3 k. dans la plaine, et 4 à 5 k. dans les montagnes \ il faut y ajouter les dépenses en voitures, pourboires, etc.
Dans les courses de montagnes on partira aussi de bonne heure que possible et l'on comptera pour les distances et le temps un tiers ou un quart de plus que le nécessaire, afin de ne pas être dans l'embarras en cas d'imprévu. Le passage des cours d'eau dans les montagnes est souvent difficile. Dans des conditions normales on peut parcourir à cheval ou en voit, de 50 à 60 V. par jour. En cas de doute, on s'en tiendra à la carte ou aux indications d'un bon livre, et jamais à celles des indigènes.
Il faut de plus emporter pour des excursions dans l'intérieur quantité d'objets, tels que: lit de voyage ou sac pour dormir, couvertures, ustensiles de toilette, siège pliant, coussin de caoutchouc, lanterne, caoutchoucs, conserves, café, pain ou biscuit (il n'y en a pas dans les hautes montagnes), thé, sucre, four portatif, vaisselle, aiguilles, fil, épingles, courroies, cordes, ficelles, poudre insecticide, pharmacie de voyage, avec de la (j^uinine, revolver, réveil-matin, savon, allumettes, bougies, papier parcheminé et d'emballage, fournitures de bureau, etc., toutes choses qu'on trouve à Tiflis. — On ne saurait entreprendre de courses dans les hautes montagnes sans emmener un bon guide des Alpes, les Caucasiens ne pouvant servir que de porteurs, outre qu'il faut avec eux de la prudence. H n'y a pas de refuge* dans le Caucase. Aux objets nécessaires dans les ascensions, il faut encore ajouter une tente, une hache pour couper du bois, un marteau et des clous pour ferrer les chaussures, de l'esprit de vin et du charbon nécessaire quand on doit bivouaquer dans des régions déboisées, des flambeaux, eie. Il vaut mieux renoncer au vin. On peut le remplacer par le thé. N'emporter de spiritueux qu'autant qu'il en faut en cas d'indisposition. Le bagage se transporte le mieux dans des sacs imperméables et fermés à clef, qui se laissent facilement placer sur le dos des chevaux et des porteurs. Pour le transport des gros bagages sur les routes carrossables, on louera une arba^ char en bois à deux grandes roues et traîné par des buffles.
Il est bon d'avoir des recommandations auprès des employés russes et de princes indigènes notables (khasb; le titre de prince a été laissé par les Russes à tous les anciens seigneurs géorgiens, sans distinction), mais elles ne vous aident pas à surmonter bien des difficultés, dont le voyageur ne vient à bout qu'a force d'énergie et de persévérance. Le temps a encore moins de valeur pour le Caucasien que pour le Russe. On se gardera même, quand on aura peu de temps à soi, de le laisser voir, car cela ferait immédiatement augmenter les exigences pour les porteurs, les chevaux, etc. On ne conclura rien sans avoir tout examiné personnellement. — Le voyageur ne court guère de risques nulle part, toutefois on évitera de voyager seul et de laisser voir beaucoup d'argent. Enfin il faut avoir l'œil a ses bagages. Un domestique soigneux est aussi dans ce cas d'une grande valeur.
Des HÔTELS à l'européenne n'existent qu'aux endroits desservis par les chemins de fer et les bateaux à vapeur et là où il y a des bains. Les auberges de village, nommées doukhan, n'ofi'rent que le logis, dans une pièce généralement malpropre^ du pain, du vin, même des œufs et de la volaille, mais si l'on veut d'autre viande, il faut acheter un mouton tout entier (3 à 5 r.). Il y a de simples hôtelleries sans meubles, dites kantséUary^ où l'on peut coucher, si l'on a des recommandations pour les employés russes. Cependant on est souvent obligé de demander à un habitant l'hospitalité que la population ibérienne accorde presque toujours, tandis qu'elle est fréquemment refusée par les Tatares et les Lesghiens mahométans. Si on la reçoit, on donne en partant une indem-
pratiques, LA CAUCASIE. 389
nité convenable. Il est bon d''svoir, au cas où les gens ne veulent pas d^argent^ de petits objets à leur donner en cadeau, tels que couteaux de poche, petits miroirs, boussole, longue-vue, tabac et thé.
La SAISON la plus convenable pour un voyage dans les hautes montagnes est la fin de Tëté, ainsi que les mois de septembre et d'octobre, où le temps est beau, mais dont les jours sont courts, et les nuits froides, et où la quantité de pluie va en diminuant de TO. à PE. (v. p. 383). Les vallées basses se visitent le mieux en automne et au printemps, quand la végétation y est dans toute sa magnificence^ elles sont brûlantes et malsaines en été. On se garantit de la fièvre en évitant de boire de Teau non bouillie et en portant des vêtements de laine, surtout de la flanelle, pour ne pas se refroidir quand arrive subitement la fraîcheur du soir. Il y a beaucoup de fièvre chez les habitants des hautes montagnes, de sorte qu'on ne saurait prendre trop de précautions.
Les FRAIS DE voYAGB daus les villes peuvent s'évaluer à 10 ou 12 r. par jour, pour le moins; il faut y ajouter, pour les excursions dans les hautes montagnes, les frais d'un guide des Alpes, des porteurs, des chevaux et de l'équipement. Comme il est difficile de changer de l'argent, même daus les villes, et souvent impossible dans les villages, il faut une grande provision de billets de roubles et surtout de petite monnaie.
Plai) db voyage. Une visite très superficielle du Caucase demande au moins 10 jours. Le meilleur point de départ est Batoum, où l'on parvient d'Odessa ou de la Crimée en 3 à 5 jours en bateau à vapeur.
Chemin de fer de Batoum à Tiflis (R. 59), avec excursion de
Mikhaïlovo à Borjom (p. 425) 2 jours
Tiflis (R. 60) 1 »
De Tiflis à Bakou et retour (R. 61-, p. 397) 3 »
De Tiflis à Yladikavkaz (route militaire de Géorgie, R. 62)
en voit, publique 2 »
Bains du Caucase septentrional (Kislovodsk, Piatigorsk, p. 399 . et suiv.) 2 «
On recommande la visite de Koutaïs et de ses magnifiques environs (couvent de Ghélati; p. 403), une course en voit, par la route de Maniisson (R. 63 : env. D jours) et une excursion en Svauétie (p. 418) par le col de Latpari, ce qui prend de Tiflis 8 à 9 jours aller et retour. La visite d'Ani (p. 427) demande 3 à 4 jours, celles d'Erivan (en diligence) et de l'Ararat (p. 429) 10 à 12 jours, à partir de Tiflis.
Bibliographie. Citons seulement parmi les nombreux ouvrages sur le Caucase: Chantre^ A travers l'Arménie russe, Paris, 1893; W. Freihfield^ The Exploration of the Caucasus, London, 1896; KoecMin - Schwartz y Un Touriste au Caucase , Paris , 1881 ; E. Levier ^ A travers le Caucase , Paris, 1894 (surtout pour les botanistes); Merzhachery Aus den Hochregionen des Kaukasus, Leipzig, 1901; Morgan^ Mission scientifique au Caucase, 1890; Zichy^ comte de^ Voyages au Caucase et en Asie centrale, Budapest, 1897.
La meilleure carte est la carte à cinq verstes (c.-à-d. 5 verstes Sur 1 pouce anglais, soit à une échelle d'env. V2ioooo*^)> de l'état -major général russe ; prix d'une feuille 50 k. (dernière édition : 1895-1901). On a tiré env. 80 feuilles de la nouvelle carte à une vente ^ au V4200o**'> mais elles ne sont pas en vente.
Nous donnons ci-après quelques termes c|ui se répètent souvent dans les noms géographiques d'origine turque, ossete ou géorgienne.
Aoul (pron . a-oûl), village.
Aouz (pron. a-oûz), pâturage.
Bachiy cime d'une montagne.
Khokhy mont.
DoUy fleuve et vallée.
Kara^ noir,
Kaou^ village.
Kol, vallée transversale.
Komy vallée et gorge.
Kochy cabane de bergers.
Mihghiy blanc.
Mta^ mont
Karaoul (pron. kara- Sou^ fleuve (ou en généoûl), corps de garde, i rai: eau).
TaoUy mont.
Tchaiy fleuve.
Tchala^ cours d'eau,
ruisseau.
Tchiran^ glacier.
Oukiouy petit.
Oullouy grand.
VUik, col.
Tskftaliy fleuve.