Je prends pour type le village grand russien
LE PEUPLE
Dans lesp rovinces du Sud, la khaln ukrainienne est construite ordinairement de branches entrelacées, enduites de terre glaise et blanchies avec de la craie. Parfois la khata est en bois. En tous cas, le village ukrainien est très coquet. Les khatas sont gaies, proprettes, brillantes de craie, embellies par des jardins et des rideaux de fleurs. Un village grand russien n'a point de couleurs. Les poutres des /^^^.ç sont grisâtres: la paille des toits est devenue noire. Pas d'arbres ; pas de fleurs. Le village est sale : il est tout enfumé, d'autant plus qu'on trouve parfois encore ce qu'on appelle des kourjiaïas izhas, c'est-à-dire des izbas qui n'ont pas de cheminées et qu'on chaufl'e d'une manière tout à fait primitive. On allume le bois au milieu de la chambre : de la sorte la chaleur et la fumée restent à l'intérieur. Quand on a bien chauffé la chambre, on ouvre la porte pour laisser sortir la fumée. On comprend qu'avec ce système de chauffage toutes les murailles deviennent bien vite noires comme les bords d'un tuyau de cheminée. La façade des izbas donne sur la rue. Derrière elles, se trouve une large cour avec les locaux, de service : c'est un monceau de paille et de bois. Souvent les cochons de lait et les veaux vivent dans les izbas cote à côte avec les hommes. Derrière les cours sont situés les potagers et les petits champs de chanvre. Si le village est un gros bourg, il a plusieurs rues (3 ou 4) qui rayonnent d'une place centrale, où se trouve ordinairement une église.
Le grand village petit russien est beaucoup moins régulier : il présente un labyrinthe de rues et de ruelles comme un village français. Ici la différence du système
économique se manifeste déjà. Chez les Grands Russiens le mir tend à régulariser même la distribution des terres qu'occupent les maisons ; le mir a le droit de faire changer de place les dcors et le fait toujours d'après un plan. Chez les Petits Russiens, le^ khatas s'amoncellent, se collent dans le désordre pittoresque créé par le hasard séculaire de l'héritage, de la vente et de l'achat.
S'il n'est pas bien beau, le village grand russien est plein de vie. Les hommes n'y sont pas liés entre eux mécaniquement, parce qu'ils sont domiciliés dans le même endroit géographique. Ils sont entrelacés de mille relations, de mille engagements, de mille intérêts communs. Ils sont liés par lapropriétéen commun \ parfois par le travail en commun. En principe, les terres mêmes occupées par les maisons sont propriétés communales ^
Outre les terres, les communes possèdent aussi des propriétés d'un autre genre : lac poissonneux, moulins communaux, troupeau communal pour l'amélioration des races bovine et chevaline ; enfin magasins de provisions destinés à distribuer aux paysans des semences pour leurs champs ou des aliments pour leurs familles. Il faut distribuer la jouissance de toutes ces propriétés entre les membres de la commune, la distribuer régulièrement, la distribuer également et équitablement. Puis, ce qui est très justement partagé aujourd'hui ne le sera plus justement dans cinq ou six années, parce que,
1. Les paysans grands russiens jouissent parfois, outre les terres communales, de parcelles de terre en propriété privée. Mais cette propriété personnelle est insignifiante.