‹ La Russie politique & sociale [microform]Chapitre 4 sur 103 · Dont 6 miUions de roubles pour les blés · texte numérisé non relu

Dont 6 miUions de roubles pour les blés

L'EMPIRE RUSSE ET LA RUSSIE

Cette crainte perpétuelle arrête le développement politique de la Finlande. Les Assemblées s'efforcent d'éviter à tout prix les modifications à la constitution afin de ne pas donner l'exemple à leur terrible Grand- Duc. C'est ainsi que la constitution finlandaise conserve encore je ne sais quel aspect bizarre et moyen âge \ alors qu'en fait la noblesse, sous la poussée de la vie moderne, a renoncé à tous ses privilèges. C'est ainsi encore que de nouvelles classes se sont peu à peu formées, qui demeurent sans représentation dans l'Assemblée Nationale.

Jusqu'ici la Finlande s'est résignée à tous ces désavantages ; mais ils vont croissant plus les tendances à la réaction s'emparent da gouvernement russe. L;i police de Saint-Pétersbourg trouve chaque jour plus gênante la protection accordée par la Constitution à la liberté individuelle. En 1882, l'arrestation arb'traire de deux citoyens finlandais à Helsingsfors , capitale de la principauté , a provoqué une protestalion énergique de la part du sénat. Le parti réactionnaire qui entoure Alexandre 111, s'élève toujours conlvelei inj listes j)rici/c(/e s delà Finlande. Les protectionnistes étroits, qui, durant ces dernières années, ont sacrifié tous les intérêts politiques généraux aux intérêts des fabricants de Moscou, entonnent à leur tour la

l. L'Assemblée Nationale se divise en quatre chambres: noblesse, clergé, bourgeoisie et paysans. Pour toutes les décisions le consentement do trois chaml)res est nécessaire, parfois celui de toutes les quatre. Le pouvoir de cette assemblée, selon les idées actuelles, était très restreint. La convocation de TAssemblée émane du Grand Duc (Empereur de Rossie), qui la convoque quand bon lui semble.

L'EMPIRE RUSSE ET LA RUSSIE

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même chanson. C'est qu'à Moscou on considère comme insurmontable la concurrence delà Finlande et le gouvernement, par faiblesse, commence à multiplier les barrières qui séparent TEmpire de la Grande Principauté.

Aussi, les Finlandais se posent-ils de plus en plus cette question: Que recevons-nous de la Russie? Où sont les avantages qui nous feraient oublier les inconvénients de notre union avec un pays d'arbitraire ? Le mécontentement, sourd jusqu'à cette heure, se témoigne de plus en plus souvent par des manifestations hostiles contre les Russes ', et ces manifestations sont à leur tour de nouvelles raisons qu'allèguent en faveur de la politique actuelle les réactionnaires russes.

Telle est à ce jour la situation. Le danger n'est pas grand encore ; mais au cas où la domination du parti réactionnaire se prolongerait à Saint-Pétersbourg, il faut s'attendre a des complications très sérieuses — d'autant plus probables qu'entre la Russie et la Finlande il n'existe aucun de ces liens historiques qu'on ne déchire ni sans douleur ni sans regrets.

En traversant le golfe de Finlande, nous trouvons sur la cote opposée un territoire qui, lui aussi, n'est pas purement russe. Ce sont les Provinces Baltiques : Estho-

l.En 18S3, on ainauofuré^à Helsiii^forsun monument en mémoire d'un général finlandais servant dans l'armée suédoise et vainqueur des Paisses dans un petit combat.

nie, Livonie, Courlande, qui au Nord s'étendent jusqu'à Saint-Pétersbourg et touchent au Sud la Lithuanie.

Cette large bande de terres sépare la Russie de la Baltique et lui ferme entièrement les communications avec cette mer. C'est a ces provinces qu'appartiennent, Saint- Pétersbourg excepté, tous les ports de la mer Baltique, ports nécessaires au commerce russe, comme Revel, Riga, Windava, Libava, Port Baltique. La Dvina de l'Est, — un des plus grands fleuves de la Russie, y a son embouchure. Aux ports de la Baltique aboutissent, en outre, plusieurs lignes de chemin de fer qui transportent les marchandises, des provinces les plus éloignées, de la province de Voronèj par exemple. Les intérêts commerciaux d'une très grande partie de la Russie sont donc étroitement liés avec les ports de la Baltique ^. Leur perte serait pour la Russie la perte d'une partie de son indépendance économique : voilà pourquoi elle a soutenu tant de guerres pour posséder ce pays et ne le cédera jamais à aucune autre puissance. Heureusement les intérêts de la majeure partie de la population des provinces de la Baltique sont identiques, aux intérêts de la Russie.

Ces provinces ont été peuplées par les races lithuanienne et finnoise : mais leur importance au point de vue commercial y a attiré les Russes dès les temps les plus anciens. Au Xi« siècle, les ducs de Polotzk et les citoyens de la république de Novgorod possédaient

1. Riga seul fait le dixième de notre exportation. La balance du commerce de Libava était en 18S3 de près de soixante-dix millions de roubles. L'exportation de Revel est de cent vingt-six millions, de roubles.

LV RUSSIE POLlTiQL'E ET SOCIALE

déjà une partie du pays. En môme temps commence le mouvement de conquête des Allemands vers l'Ouest. Les Croisés (Ordre des chevaliers livoniens) s'emparent des provinces baltiques, baptisent par force les habitants et les réduisent en esclavage. Conquise à la même époque par les Tartares , la Russie ne put entraver en rien l'invasion allemande. Plus tard, l'Ordre devint un Etat indépendant dans lequel la minorité allemande forma les classes dominantes (noblesse et bouroreoisie commerçante) tandis que la minorité (indigènes asservis) formait la classe des paysans.

Quand la Russie fut délivrée des Tartares, elle ttait retranchée de l'Europe. Les Allemands de la Livonie s'efforcèrent de garder en leurs mains le monopole du commerce; ils empêchèrent la science, l'art et Tindustrie de l'Europe de passer en Russie. Bref, ils tâchèrent de retenir notre pays le plus longtemps possible dans un état de barbarie. Cette politique égoïste ne demeura pas sans succès : elle a durant des siècles arrêté les progrès de la civilisation chez nous. Mais la nécessité pour la Russie de se créer un débouché sur la Baltique n'en résultait que plus clairement. Ainsi s'engagea une lutte de près de deux cents ans, pour la possession de ces provinces. Au début, ce fut la guerre contre la Livonie, puis contre la Suède et la Pologne qui s'emparèrent de ce pays. Enfin, sous Pierre le Grand, la Russie put respirer à libres poumons : elle réussit à se tailler une fenêtre sur l'Europe et à s'ouvrir même une large porte de ce côté.

Telle est l'histoire de ces provinces si nécessaires à la Russie.

L'EMPIRE RUSSE ET L\ RUSSIE

Cette annexion est-elle solide? Quels sont les sentiments des Provinces elles-mêmes pour la Russie ? Pour résoudre ces questions, il est utile d'entrer dans quelques détails économiques et sociaux.

Sur deux millions d'habitants des Provinces Baltiques, la race allemande ne peut réclamer qu'une minorité insignifiante, ainsi qu'on le peut voir sur ce tableau :

"/o des indij,^ène3.

«/o des Allemands.

°»o des Russes.

Autres nationalités.

Esthonie . . .

le reste.

Livonie ....

Courlande. . .

Malgré leur nombre insignifiant, les Allemands possèdent /oi^^dans le pays: propriété foncière, droits, pouvoir, honneurs. Le commerce, l'industrie sont entre leurs mains. Le tableau que l'on va parcourir des yeux prouve à quel point la classe laborieuse indigène est dépossédée.

Total du territoire 8.497.000 déciatines *

Noblesse (allemands) . . . 6.168.037 —

Etat 1.457.780 —

Paysans (indigènes) .... 215.677 — Clergé (allemand en majorité) . 90.998 —

Le reste appartient aux villes, c'est-à-dire pour la plus grande partie aux Allemands.

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