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Romasovitch-Slavatinsky, La noblesse en Russie, page

complissement des fonctions qu'exigeait le self-governmentK Les ukases eurent peu de succès ; «la noblesse écrit M. Ditiatine, n'a aucun souci ni des intérêts du zemstvo ni de ses propres intérêts corporatifs. »

De même, malgré ses énormes richesses, la noblesse n'a pae su imposer au peuple son empire économique. En général, les propriétaires fonciers {pomiechtchiks) tiraient parti de leurs paysans de deux manières : ou bien ils les taxaient d'un impôt {ob-rok) en leur laissant ensuite pleine liberté de mener leurs exploitations à leur gré, — ou bien ils cultivaient eux-mêmes leurs biens, et alors les paysans étaient obligés de fournir le travail ^vdXmi [barchtchina). Il est clair que le second système seul était capable, développé convenablement, de maintenir aux mains des propriétaires la production des paysans et par conséquent la prépondérance économique. Les propriétaires menaient si mal leurs domaines ruraux que non seulement le système du travail gratuit [barchtchina) ne se développait pas, mais qu'il était en réelle décadence. A la finduxvni« siècle, 44 ""/o de tous les paysans serfs étaient soumis au régime de l'impôt. Vers le milieu du xix^ siècle, leur nombre, au lieu d'avoir diminué, s'élevait à49 Vo^ Du reste, les paysans obligés au travail gratuit (ba?r/itc/nnnïe). ne perdaient pas leur indépendance économique, ne devenaientpas simples manœuvres (/^«/mA5)etcontinuaient à cultiver leurs propres champs à côté de celui du maî-

1. L'ukase de 1802, l'ordonnance de 1827, la loi de 1831, l'ukase de 1848.

2. SEMEV3KY. Les paysans sous Catherine If, pages 48 et 49. Les chiffres cités se rapportent à 13 provinces. Pour le reste des provinces, il n'y a pas de statistique.

tre. Au total, le dvorianstvo resta toujours ce qu'il fut en naissant, une classe de service : il occupait toutes les places dans Tadministration et malgré ses énormes privilèges, se montrait complètement incapable d'acquérir sur le peuple une autorité durable, organique.

Quant aux privilèges de la classe prépondérante, ils étaient réellement illimités. Les impératrices et les empereurs ne se montraient pas avares sous ce rapport. La noblesse reçut le droit c.vcliisif dh possession de la terre et aussi le droit exclusif u la possession des hommes. Pierre 111 supprimale service obligatoire des nobles- L'impératrice Catherine II confirma ce décret et de plus leur livra l'administration locale. C'est alors que les tzars russes commencent à se dire premiers (jcntilshommcs, expression qui n'était qu'une parodie, qu'un emprunt à l'Europe et n'avait aucun sens en Russie. Pour donner plus d'éclat aux nobles, on emprunte encore à l'Europe les titres de comtes et de barons, on invente des décorations, des blasons. L'histoire de la transformation du dvorianstvo en classe supérieure évoque souvent le souvenir d'une vraie mascarade. On n'avait, par exemple, en Russie, aucune notion des blasons. Beaucoup de nobles russes sont redevables de leur rang, non à leur mérite et à leurs tchins, mais aux juifs polonais qui leur fabriquaient des titres de noblesse et des blasons K

Les gratifications des tzars aux nobles, gratifications qui consistaient en des mille et des cent mille paysans

1. II existait à Berditchevet dans d'autres villes des fabriques de ce }]jenre. Les titres de noblesse étaient souvent à très bas prix : 1 rouble.

sont un fait beaucoup plus important que ces futilités. Il est impossible de se rendre un compte exact de ces gratifications, mais les renseignements de détail que l'historien réussit à se procurer, promettent déjà d'énormes chiffres. Ainsi, pour la période qui s'écoule entre Pierre le Grandi et Paul IV, il existe des renseignements relatifs à 1,243,000 paysans (sans compter les femmes) donnés aux nobles, outre l'extension tout à fait illégale du servage sur des régions entières, dans rUkraine, etc *. C'est avec la môme prodigalité que la main des empereurs gratifiait les nobles de l'or du trésor de l'Etat. L'impératrice Catherine II donna à ses amants et aux personnes qui prirent part au coup d'État qui la plaça sur le trône au moins 200 millions de roubles, selon le cours du change actuel -. Au service, la noblesse recevait aussi d'énormes sommes non comme honoraires, ceux-ci n'étaient pas grands, ma'S en revenus illégaux [dokhody). Ainsi, par exemple, un régiment de cavalerie produisait à son colonel au commencement de ce siècle un revenu annuel de 100000 roubles \ Il n'est pas étonnant que la cour et le service attirassent la noblesse. C'était une corne d'abondance avec laquelle les empereurs, durant un siècle entier, l'arrosèrent d'une pluie d'or, espérant que la classe prépondérante atteindrait une ample florescence et deviendrait enfin un soutien inébranlable du trône et de

1. Karnovitch. Les grandes fortunes de la Russie. Ces renseignements se rapportent seulement à une partie des gratifications.

2. 48520500 roubles d'alors. Tous ces chiffres n'indiquent qu'une partie insignifiante des dons véritables.

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