Semevsky, Les paysans sous Catherine IL
2. Le lecteur trouvera un grand nombre de ces faits odieux chez les écrivains qui traitent de l'histoire du servage. Les faits cités ici sont empruntés à l'historien Semevsky.
Nous ne continuerons pas plus longtemps à nous occuper de ces abominations qui couvrent de honte le nom russe. Je me bornerai ù remarquer que tous ces abus révoltaient d'autant plus le peuple, que les nobles n'étaient pas les conquérants du pays et n'avaient pas la force de le tenir en esclavage. Leurs cruautés n'étaient pas épouvantables ; elles ne terrorisaient pas ; elles semblaient simplement hideuses, car elles n'avaient même pas pour excuse le droit du plus fort.
L'ardente haine du peuple se comprend donc facilement.
A présent encore, vingt-cinq ans après l'abolition du servage, lespaysans parlent avec indignation des temps où « les nobles échangeaient des hommes contre des chiens ; » à présent encore, les paysans sont prêts à toutes les violences contre les nobles. Aux temps du servage, les assassinats des propriétaires et de leurs intendants étaient des faits presque habituels. Pendant les vingt dernières années du règne de Nicolas I'^'', on constate 268 cas de ce genre, et ce chifTre officiel est très inférieur à la réalité. Les soulèvements de tout un village ou de toute une volost étaient plus fréquents encore. Dans la même période de vingt années, M. Semevsky évalue le nombre de ces émeutes de paysans à420^
Les violences du peuple pour se défendre contre les excès des nobles étaient le seul frein mis à l'arbitraire des propriétaires. Pendant les dernières années du servage surtout, ces émeutes prirent un caractère de cruauté extrême, elles furent accompagnées de mutila-