Roma>ovitch-Slava tiksky, La noblesse en Bussie, p
semble étonnant ; mais c'est aisément explicable : elle n'avait aucun soutien. Le peuple la haïssait et ne subissait son influence qu'à titre purement policier. Les classes instruites haïssaient le servage parce qu'elles lui attribuaient la non-existence en Russie des droits individuels. Enfin les classes industrielles étaient ennemies de la noblesse, parce qu'elle comprimait le développement des forces productrices du pays. Cette dernière circonstance avait peut-être le plus d'importance aux yeux du gouvernement.
La guerre de Crimée avait montré ù quel point la Russie était affaiblie. Et comment pouvaient se développer les forces productives, si l'esclavage enchaînait le travail de presque la moitié des la population? Le gouvernement abandonna sa fidèle noblesse. La sympathie des tzars commença ù incliner d'un autre côté. Le premier gentilhomme se préparait à devenir premier boursier.,. Et la noblesse s'effondra sans résistance. Ici aussi elle se montra tricheuse dans le service: elle usa de toutes les ruses, de toutes les tromperies pour obtenir le plus d'argent possible pour son compte et pour rogner, autant que cela se pouvait faire, les terres des paysans... Elle ne résista pas et, sans aucun doute, elle eut raison de ne pas commettre cette folie .
A vrai dire, il s'en fallait de beaucoup que le gouvernement d'Alexandre II l'abandonnât entièrement. En 1 86 1 , la politique impériale entrait dans une ère nouvellf . Le gouvernement commençait à protéger les capitalistes avec autant d'ardeur qu'il en avait mise pendant le siècle précédent à protéger la noblesse. .Or, en enlevant à la noblesse toute influence politique
sur le peuple, le gouvernement lui donnait tous le$ moyens d'acquérir sur lui une influence économique.
Les paysans reçurent généralement une quantité très insuffisante de terre. Pendant le servage, ils avaient à leur disposition près de 35 millions de déciatines; l'émancipation ne leur en attribua que 22 millions. Ainsi les pa\ sans utaient indispensablement obligés à prendre en fermage aux propriétaires au moins 42 à 43 ^ q. delà terre qui leur était nécessaire '.
En outre, les terres furent dstribuées d'une telle manière que celles des propriétaires ijènaient le pas san dans l'exploitation de son lot ; elles entouraient ses terres comme d'un cercle étroit, de sorte que pour éviter les amendes pour dégât causé par le bétail dans le^ champs des propriétaires, les paysans devaient vivre avec eux dans une sorte de soumission.
Puis, l'émancipation elle-même donna aux propriétaires d'énormes sommes qu'ils purent appliquer à l'exploitation de leurs terres. En mo\enne, les paysans ne payèrent pas les terres moins de 39 roubles par déciatine, prix exorbitant -. Au surplus, dans les provinces fertiles, où le revenu de la terre suffit au paiement des impots, les paysans reçurent une quantité de terre tout à fait insuffisante. En revanche, dans les provinces arides, où les paysans retirent la plus grosse part dô
1. Ces chiffres donnent encore de la situation des paysans une idée mi'illeure (|ii'eUe n'est en réalité. r
2. Compte rendu de la situation de Vopération du rachat des terres au V*^r janvier 1885. La Gazette russe de 18S5, n» 17. Dans les provinces occidentales, où le gouvernement tâche de paralyser l'influence delà Pologne, le prix de la déciatiue est presque trois fois plus bas.
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Lk RUSSIE POLITIQUE ET SOCIALE
leur revenu des diverses industries locales, on leur donna beaucoup de terre, et cela à un prix supérieur au revenu que celte terre est capable de donner. De cette manière, l'industrie même des paysans fut mdirectement taxée d'un impôt en faveur des propriétau-es.
On n'attribua presque pas de forets aux paysans ; de même ils reçurent très peu de prés. Au total, grâce aux procédés les plus divers, ils sont partout placés sous la dépendance des propriétaires.
Les statuts des institutions du zemstvo, dont dépend toute l'administration de l'économie rurale des provmces et des gouvernements, sont aussi rédigés de manière à assurer aux nobles une invariable prépondérance. Le nombre total des représentants du zemstvo [rjlasni/) est distribué de telle façon que les nobles en ont 630D, les paysans 5725, les habitants des villes 1791.
Outre une situation privilégiée, la noblesse eut l'avantage, je viens de le constater, de recevoir pour prix des terres cédées aux paysans à peu près 500 millions de roubles en argent comptant et la remise des sommes qu'elle devait à l'Etat, prêtées sur le gage de ses terres et s'élevantaplusde 300 millions de roubles.
Ainsi elle avait en mains tous les moyens d'acquérir la prépondérance économique sur les paysans. Elle ne sut
en tirer parti.
La vieille classe de service ne trouva pointla force de se transformer en classe industrielle. Les sommes énormes reçues des paysans furent dissipées en festins et en excès de toute sorte à Saint-Pétersbourg, à Moscou ou à l'étranger. La culture des terres, au lieu d'être améliorée, fut partout abandonnée. Peu à peu les no-
bles manquent d'argent pour mener un train fastueux : ne sachant pas travailler, partout ils vendent leurs terres. Ces ventes s'etfectuèrent sur une grande échelle. Dans le gouvernement de Moscou, les nobles perdirent ainsi dans une période de douze ans • (18G5 à 1877) 29G220 déciatines de terres ' ; dans le gouvernement de Saint-Pétersbourg, de 1867 à 1876, 280166; les paysans seuls en achetèrent dans celui de Tver, de 1861 à 1883, plus de 612985 déciatine '\ dans celui de Poltava, de 1864 à 1881, les nobles' perdirent 25 \'o de leurs terres ^ dans le gouvernement de Saratov les pertes des nobles s'évaluent à un million de déciatines % etc.
Parallèlement à ces pertes, s'effectue la ruine définitive de la noblesse ; peu à peu elle disparaît de la vie sociale. Le raznotchiniets (roturier), qui, depuis longtempsdéjà, jouait un rôle important, afflue maintenant dans toutes les carrières: science, beaux-arts, littérature, fonctions administratives. La noblesse, chose étrange! paraît diminuer môme en nombre! Du moins, en 1858 les nobles héréditaires étaient 609973, et en 1870, leur total s'abaisse à 'U4188 ^
Tout ce qui dans la noblesse a reçu la moindre instruction renonce de soi-même au souvenir de son passé. On voit apparaître un nouveau type quelapresse