‹ La Russie politique & sociale [microform]Chapitre 50 sur 103 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

I. Richesses naturelles de la Russie. — Sa pauvreté au point de vue

des produits elTectifs. — Total de la production annuelle. — Revenu par habitant. — Cliarges de l'Etat. — Expansion rapide de la population disproportionnée à l'accroissement du revenu national — L'agriculture et l'industrie russe, leur situation arriérée.

II. La guerre de Grimée révéla ù la Russie son infériorité écono-

mique. — Emancipation desserts. — Politique gouvernementale contraire ù la logique. — L'agriculture est la i)rincipale force économique de la Russie. — La grande propriété foncière.

— La possession paysanne. — Mesures contraires à l'extension de cette dernière. — Spéculation du rachat. — La crise agraire.

— L'exportation est stationnaire.

IIL Industrie — ElTorts gouvernementaux pour favoriser le gros capital. — La spéculation. — Sociétés par actions. — Chemins de fer. — Tarifs protectionnistes. — Questions de la Transcaucasie et des frontières. — Les Allemands en Pologne. — Remède merveilleux prop<jsé par M. Katkov. — Bilan commercial.

IV. Finances de l'État. — Leur situation. — La dette de l'État. Le déficit et la crise monétaire. — Déi)réciation du rouble.

V. Caractère démocrati([ue de la propriété foncière. — Transmi-

gration des paysans, — Politiijue du gouvernement. — Les industries locales. — Initiative des paysans. — Crise que soulèvent ces industries.

VI. Situation matérielle du peuple russe. — Budget de la famille aisée et de la famille imligente. — Salaires des ouvriers. — Budget des paysans moscovites. — Nourriture. — Le pain de famine. — Accroissement de la population. — Naissances et mortalité.

La Russie a la réputation d'une contrée riche, et cette réputation n'est pas dénuée de fondement s'il s'agit des ressources naturelles du pays. Toute sa région méridionale renferme d'énormes superficies de terré no're (près de 90 millions de déciatines) ; en outre elle jouit d'un climat favorable à la culture du froment^ le meilleur des blés. L'hiver froid de la Russie ne permet pas de tirer d'un seul et même champ autant de récoltes différentes qu'en France par exemple : en revanche, ki chaleur de l'été fait que l'agriculture est possible même dans les régions voisines du cercle polaire. La sécheresse du climat de la Russie peut paraître défavorable à la culture des prairies, mais les provisions énormes de neige, accumulées pendant l'hiver, forment une espèce de caisse d'épargne de moiteur, d'où croissance d'une herbe exubérante, qui donne, grâce aux chaleurs de l'été, un foin de qualité supérieure. •

La moitié septentrionale de la Russie possède toutes les conditions favorables à la croissance de bois magni-

fiques dont la lignine a des qualités rares. Les bois de Russie (sans tenir compte de la Sibérie) occupentune superficie de plus de 130 millions de déciatines et sont à eux seuls une immense richesse.

Grâce à ces vastes forets, la chasse est chez nous aujourd'hui encore une industrie productive. La pêche est partout plus développée. Nos rivières et nos mers abondent en poissons et, sur les plages désertes de Tocéan Arctique, on pratique la pêche de la baleine, du morse et du phoque, il y a aussi des phoques dans la mer Caspienne.

Dans ses limites la Russie renferme des espèces fort variées de produits métallurgiques : l'or, l'argent, le platine, le fer, le cuivre, les pierres précieuses, le sel, l'étain, le soufre, le charbon de terre, le naphte, etc. La Sibérie a des sables aurifères qui comptent parmi les plus riches du monde. Le fer forme en Oural de magnifiques agglomérations. On trouve le charbon de terre en énormes gisements au centre de la Russie et à ses extrémités, dans l'Oural, sur le Don, etc. Entre autres produits minéraux de prix, il faut indiquer le phosphorite, à Teffiorescence duquel la Russie méridionale doit en grande partie sa fertilité. Ce beau minéral, contenant 16 à 27 Vo d'acide phosphorique, s'étale par vastes couches dans une dizaine de provinces. Par endroits, il est si abondant qu'on l'emploie pour le pavage ; la ville de Koursk est entièrement pavée de cet engrais unique.

Ainsi, sous un certain point de vue, la Russie peut être qualifiée de pays riche. Mais, si on prend en considération la quantité effective des produits que la population

ru^">se sait tirer du sol, on verra que c'est plutôt un pays fort pauvre. Il est vrai que chez nous il est plus facile de gagner un morceau de pain qu'en Europe, mais, pour la majorité de la population, ce morceau de pain est si petit qu'il ne suffit même pas toujours à la moitié des besoins de la vie. La cause de ce fait réside autant dans la civilisation arriérée de la Russie que dans les divers vices de son organisation politique qui empêchent le peuple de mettre en jeu toutes ses forces

productives.

La statistique russe n'est pas, malheureusement, assez développée pour qu'on puisse donner une évaluation précise du revenu national. Cependant, on peut supposer que le total de la production annuelle en Russie (sans compter la Finlande, la Pologne, le Caucase méridional et l'Asie centrale) est à peu près de 3740 millions de roubles K Cette somme se répartit ainsi :

(A) Valeur des 'produits d'agriculture (déduction faite de la valeur des semences) 2131 millions roubles.

(B) Valeur des produits des forêts 7o0 —

(C) Valeur des produits, provenant des bestiaux (en décomptant la valeur du fourrage et le travail qui sont compris

dans le parag. A 170 millions roubles.

(D) Sériculture et apiculture 7 —

(E) Chasse et pèche 28 —

(F) Mines liJ3 —

((j) Grande et petite industrie (en décomptant la valeur de la matière pre-

miJiC) ^03,

Si nous divisons le total du revenu par le nombre

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