La Gazette russe, 1884, n
2. Golovatchev, Histoire des chemins de fer en Russie, p. 383.
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mais, en tout cas ils ont gagné des sommes colossales. Peat-il exister une entreprise industrielle sérieuse dans le pays où l'on gagne si simplement et si aisément l'argent? Ici un cùté delà politique économique de l'Etat — la création du capital — détruisait l'autre — la création de la grande industrie. En conséquence, le gouvernement fut obligé de redoubler d'efforts pour atteindre ce second but. Sa politique devint de plus en plus protectionniste. L'industrie russe était sauvegardée de la concurrence étrangère par un tarif assez protecteur, quoi qu'on l'estimât libre comparativement. Kn 1877, l'on institue les droits de douane en or. En 1881, le tarif est augmenté do 10 «/„. En 1885, nouvelle augmentation de 20 '^o- En môme temps l'industrie est encouragée par des commandes. C'est une habitude d'exiger, quand on accorde des concessions de chemins de fer, que l'entrepreneur fasse la commande d'une certaine quantité de rails et de matériel roulant à des usines russes. Des subsides directs viennent encore au secours de l'industrie, comme cela eut lieu pour l'Usine de la Neva. Sur le marché international aussi, elle est toujours soutenue par le gouvernement. Alexandre II étendit cette protection aux plus extrêmes limites. Alexandre III a l'intention d'aller, à ce qu'il semble, plus loin encore. Aujourd'hui nous faisons, pour le soutien de la grosse industrie, le sacrifice des intérêts politiques les plus sérieux, et dans la question du transit transcaucasien, et dans les questions frontières de la Finlande et de la Pologne.
Si, en prenant pour point de départ Paris, nous traçons une ligne droite jusqu'à Calcutta, cette ligne
traversera le Caucase. Ainsi la Russie tient entre ses mains le chemin le plus court vers l'Inde. Dès lors, quand on eut construit le chemin de fer de Poti à Bakou, qui reliait la mer Noire à la mer Caspienne, et quand ensuite on eut commencé la construction de la ligne de Krasnovodsk (sur la mer Caspienne), aux confms de l'Afghanistan, la Russie eut entre ses mains une des plus importantes artères commerciales du globe terrestre. Il n'est pas difficile de comprendre quelle influence politique sur l'Europe donnerait à la Russie cette seule ligne de Poti à Bakou ! Il n'est pas difficile de comprendre non plus, que non seulement la région transcaucasienne, mais aussi la région transcaspienne —jusqu'à présent liées à la Russie principalement par la force des armes — pourraient être attachées à elle par la puissante force de l'intérêt économique. Possédant les deux moitiés de ce chemin, qui a une valeur dans son ensemble seulement, la Russie tiendrait solidement entre ses mains chacune des régions que traversent les deux tronçons du chemin de la mer Noire à l'Afghanistan. D'un autre côté, il est aisé de comprendre quel mécontentement et quelle irritation éclateront contre la Russie dans ces régions, si nous les privons forcément des énormes avantages que leur donne laposition géographique du pays. Voilà outre la réduction possible dès lors des dépenses militaires pour le Caucase et la région transcaspienne, ce que l'on sacrifia à une poignée de fabricants et de marchands russes. Désirant monopoliser entre leurs mains le commerce avec la Perse et les régions transcaspiennes, le gouvernement russe a interdit le transit par le chemin
de fer transcaucasien. Et pourtant tout le mouvement commercial russe avec Tétranger qui a pour chemin la réç^ion transcaucasienne et la mer Caspienne, ne dépasse pas 21 millions de roubles (moins de la moitié en marchandises russes). Au surplus nous n'exportons par cette voie que pour 4 millions de produits manufacturés seuls menacés de concurrence. Voila au profit de quels futiles intérêts industriels on sacrifie chez nous les plus graves intérêts politiques !
La même chose a lieu maintenant pour la Finlande et menace de se répéter aussi pour la Pologne. C'est qu'en Finlande, de même qu'en Pologne, l'industrie se développe avec plus de célérité qu'en Russie. En 1872, la Russie a importé en Finlande des produits manufacturiers pour 1 million 500 mille roubles et elle en a reçu pour3883000 de marchandises; en 1882, cet état de choses s'était modifié au désavantage encore de la Russie : notre exportation de produits manufacturiers en Finlande était de 2888000 roubles et celle de la Finlande en Russie s'élevait à 9673000 roubles. Ainsi il est évident que l'industrie russe ne peut garantir son marché de l'afiluence des produits manufacturés de Finlande. Pendanttoutle cours de l'année dernière, une active agitation fomentée par les fabricants russes a eu lieu en faveur de l'augmentation des droits douaniers sur la frontière finlandaise. Entre autres choses, les Finlandais sont accusés d'introduire chez nous, comme produits de leurs fabriques, les produits européens... Jusqu'à un certain point l'assertion est juste. Mais l'on sait quelle importance au point de vue politique ont pour la Russie ses bons rapports avec le grand Duché. Les doléan-
ces des fabricants ont prévalu cependant, et dans le cours de l'année 1883 les droits douaniers sur la frontière delà Finlande ont été élevés, ce qui éloigne encore de la Russie ce pays, qui avait déjà peu de goût pour une alliance forcée.
La douane entre la Russie et la Pologne est depuis longtemps supprimée, de sorte qu'il est difficile de se rendre un compte exact des conquêtes que les Polonais accomplissent sur notre marché. Elles doivent être en tous cas énormes, puisqu'elles ont pu former entre la Russie et la Pologne un lien économique, que les Polonais redoutent de briser. L'industrie du royaume de Pologne se développe beaucoup plus vite que celle de la Russie. Dans le courant des seize dernières années, la somme de production des fabriques de la Russie d'Europe s'est accrue de 99 '\'o '• Le nombre des ouvriers employés par les fabriques et les usines s'est accru pendant la même période de lo ^f^- En Pologne, pendant cette même période de temps, la production s'est accrue de 196 Vo, et le nombre des ouvriers — de 67^ o- La Pologne est, sans aucun doute, en partie redevable de ces énormes progrès à la réforme agraire. L'émancipation des paysans y a été appliquée beaucoup plus largement qu'en Russie, ce qui augmente considérablement le bien-être de la masse du peuple. Mais la principale raison, selon toute probabilité, n'est pas là ; on. doit la chercher dans le tarif prohibitif russe. En rencontrant des difficultés pour
1. Si on prend en considération la baisse de la valeur du rouble, l'accroissement de la somme de production sera beaucoup moins considérable, quoique toujours pas inférieure à 52 %.
rimportalion de leurs marchandises en Russie, les fabricants allemands jugèrent plus commode de transporter des succursales de leurs fabriques par delà notre frontière. Ainsi s'élevèrent, tout le long de cette frontière, descoloniesde fabriques allemandes avec des capitaux, des gérants et des ouvriers allemands. Ces avantpostes de la nation et de l'industrie allemandes forment quelquefois des villes entières, comme, par exemple, la célèbre Lodz, la ville la plus industrielle du royaume. En 1860, la population se partageait à peu près également entre les nationalités polonaise d'une part, allemande et juive de Tautre. Aujourd'hui, elle s'élève à 70000 âmes. C'est une viile si allemande que, quand un de ses journaux allemands (car il n'en existait pas de polonais) ouvrait ses colonnes à la langue polonaise * — les Polonais célébraient cette tolérance comme une victoire. L'industrie de la Pologne n'est en grande partie, nous le voyons, qu'une industrie allemande et, à ce titre, elle présente pour l'industrie russe un danger sérieux, car elle a pour elle les énormes capitaux de l'Allemagne, son caractère entreprenant, son habilité.
Quelles mesures prend-on chez nous pour conjurer ce danger? Hélas! l'intérêt mesquin des fabricants continue à aveugler les yeux du gouvernement. Au lieu de modifier sa politique économique, notre gouvernement se borne à élever les tarifs de prohibition. Dans les milieux dont la voix est toujours un signe avant-coureur des décisions gouvermentales, on entend parler de pro-
1. Il existe maintenant à Lodz un journal polonais le Dzennik Lodzkij [Le Mémorial de Lodz).
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jets extravagants qui menacent l'intégrité même de l'empire. Les fabricants exigent l'établissement d'une frontière douanière entre la Russie et la Pologne ! La Gazette de Moscou va plus loin. Elle projette tout simplement de céder a l'Allemagne toute cette moitié de la Pologne dont l'industrie allemande a fait la conquête. Beau et judicieux projet, vraiment I Et qu'arrivera-t-il ensuite, quand les Allemands, après avoir absorbé les 1000 lieues carrées qu'on leur aura cédées, franchiront avec leurs ouvriers la nouvelle frontière? Faudra-t-ildans quinze ans leur céder encore 1000 ou 10000 lieues carrées ? Faudra-t-il ainsi sacrifier la moitié de la Russie pour sauvegarderas intérêts des fabricants moscovites? Mais enfin qui donc existe pour l'autre ; les fabricants pour la Russie ou bien la Russie pour les fabricants?
Le lecteur le voit nettement, la manie de protéger la grosse industrie, qui a coûté tant de milliards à la Russie, n'a pu jusqu'à présent donner une assiette solide à son industrie. Si, sauvegardée de toute concurrence, cette industrie se développe, elle reste faible et maladive. Aujourd'hui non seulement elle n'ose se risquer sur le marché international, mais elle n'est même pas invinciblement établie sur le marché russe. En 188o, pour les inviter à se risquer sur le marché international, notre gouvernement dut promettre aux fabricants de sucre de betterave (une des branches les plus fortes de notre industrie) une prime de 1 rouble sur chaque poud (40 livres) de sucre exporté à l'étranger, et le remboursement des droits de régie. Or, pour se procurer les ressources nécessaires au paie-
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ment des primes, on a augmenté les droits de régie sur les sucres consommés en Russie.
C'est la un échantillon des continuels surpayements qu'est obligée de faire la population de la Russie en faveur de l'industrie. Et cependant cette industrie est lente à conquérir le marché étranger. La valeur des produits de fabriques exportés par la Russie formait par rapport a la valeur générale de l'exportation
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Ainsi la place, qu'occupent dans l'exportation russe les produits de fabriques devient de plus en plus insignifiante. Ce qui est plus dangereux encore, c'est que les produits de nos fabriques russes ne sont même pas en sûreté sur notre place. De 1805 à 1867, les produits de fabriques, qui paraissaient sur le marché russe valaient en moyenne 697 millions 500 mille roubles par an; 9 0/0 de cette somme était fourni par les produits importés de l'étranger. De 1878 à 1882, les exigences du marché s'étant accrues, les produits de fabriques s'élèvent à 1335 millions de roubles par an, mais dans cette somme les produits étrangers figurent déjà pour 1 1 0/0, et cela sans compter l'énorme quantité de marchandises de contrebande, sans compter les produits des fabriques allemandes de la Pologne. Au total, la dépendance industrielle dans laquelle se trouve la Russie, par rapport aux pays environnants augmente sans aucun doute, on le voit
clairement par le rapport qui existe entre l'exportation des produits de fabriques russes et l'importation des produits analogues étrangers. De 1873 à 1877, les premiers formaient 8,4 0/0 des derniers. De 1878 à 1882, ils n'en forment dojà plus que 8,1 0/0; d'où il résulte que la quantité des produits de fabriques importés en Russie croît plus promptement que la quantité de ceux qui sont exportés hors de notre pays.
Ainsi les efforts démesurés, tentés pour créer en Russie le gros capital, en mettant des entraves au développement de notre agriculture, ne donnèrent cependant pas une base d'opérations solide à l'industrie manufacturière. Les forces productives du pays se trouvent dans un état de faiblesse aiguë qui ne présage rien de bon. Il en résulte aussi un contre-coup extrêmement anormal pour le bilan commercial. Au total, notre commerce extérieur s'accroît sans nul doute. En 1858, son virement général n'était que de 300 millions de roubles ; en 1882, il monte à l'énorme chiffre de 1223 millions de roubles. Il est vrai qu'une partie considérable de cette augmentation est purement fictive, que l'augmentation du nombre des roubles n'est dû qu'a la baisse de leur valeur. Mais si nous retranchons du chiffre de l'exportation pour 1882, 40 0/0, conformément au cours du rouble, l'accroissement du virement commercial restera néanmoins très considérable. Cet état des affaires, à première vue favorable, apparaîtra cependant sous une tout autre lumière, si nous examinons attentivement le bilan commercial. Réellement, pendant les dix années comprises entre 1873 et 1882 \ le chiffre total de l'ex-
1. Pendant les années 1883 et 1884, la position de notre commerce
portation russe est de 490 'i millions de roubles et celui de rimportation en Russie de o H 7 millions de roubles : ainsi les forces productives du pays se montrèrent de beaucoup insuffisantes à i^uyer de leur propre marrluiudise celles de rétranger qui nous étaient indispensables. Dans une telle situation, Ton est obligé, pour opérer le paiement, d'entamer le capital même et, en fait, l'exportation des métaux précieux (monnayés et en lingots) s'élève à :iS(j millions de roubles alors que leur importation n'est que 122 millions de roubles. De 184 à 17878, la moyenne annuelle de cet excédant d'exportation des métaux précieux était seulement de 6 millions de roubles ; de 1879 a 1883, elle s'élève brusquemenia 34 millions de roubles.
A la situation anormale des forces productives du pays que je viens d'exposer est étroitement liée la situation des finances de l'Etat.
Le désordre de nos finances n'est pas un fait nouveau et la constitution du pays seule suffirait à le créer. L'absolutisme coïncide difficilement avec une gérance régulière des finances. L'absence de contrôle dans l'emploi des ressources nationales est un mauvais stimulant
est encore plus anormale. Ces années coïncident avec une crise évidente et reconnue de tous.
•à l'économie et la centralisation administrative coûte toujours cher.
Notre politique belliqueuse, parfois exigée par les intérêts nationaux, plus souvent encore soutenue dans le seul but d'assouvir l'ambition des tzars et des généraux, fut plus dispendieuse encore. Ainsi depuis longtemps déjà, notre gouvernement a-t il dû recourir a des emprunts et aux assignats. Chez nous, les derniers sont préférés. Le papier-monnaie àcours forcé, simple confiscation déguisée de l'avoir populaire, est très avantageux pour les gouvernements. Si, par exemple, la somme totale de l'argent, qui est en circulation dans le pays, égale o milliards, le gouvernement, en émettant 100 millions de roubles-papier, ne touche à vrai dire, vu la dépréciation de l'argent, que 98 millions de roubles, mais enrevanche, l'argent est enlevé au peuple si adroitement que celui-ci ne s'en aperçoit guère. Le peuple voit seulement que tout a enchéri, mais il n'attribue pas ses malheurs au gouvernement, comme cela aurait lieu si ce dernier établissait un nouvel impôt ou essayait une confiscation franche.
Depuis que notre gouvernement a inauguré sa nouvelle politique économique, ses dépenses sa sont encore plus accrues et leur accroissement devance toujours celui des revenus. C'est un trait caractéristique du budget russe contemporain qui s'explique précisément par ce qu'a d'artificiel la politique du gouvernement. En suivant une direction opposée aux tendances* de croissance naturelle des forces productives, elle amène d'énormes dépenses qui, ou ne se remboursent point du tout, ou bien ne se remboursent que très faiblement.
La dépense doit donc nécessairement croître plus vile que le revenu.
Pour faire face aux besoins, le gouvernement eut recours à de nouvelles émissions de papier-monnaie, en donnant, il est vrai, de continuelles assurances du désir qu'il avait de cesser les émissions et même de retirer tout à fait de la circulation le papier-monnaie. Cependant, tandis qu'en 1857 il ne c'rculait du papier, que pour oG8 millions de roubles, en J883 on dépassait 1100 millions de roubles. 11 est aisé de comprendre quelle perturbation causait continuellement dans notre industrie ce jet incessant d'émissions L'affreuse baisse du cours et l'élévation des prix pouvaient seules retenir le gouvernement et l'empêcher d'émettre de nouveaux millions d'assignats. En revanche, il dut adopter avec plus d'entrain le système des emprunts.
En 185G, on évaluait les dettes de l'Etat à 2o31 millions de roubles. En 1883, elles montent à 5424 millions de roubles. Tout compris, voici quelles avaient été les ressources pécuniaires de l'Etat pendant cette période de vingt-sept ans :
A) revenus bu'lgétaires. . . 1*7,770 millions de roubles.
By emprunts 2,887 — —
C) papier-monnaie 550 — —
En d'autres termes, notre gouvernement dépense systématiquement un cinquième en plus de ses revenus normaux et il augmente ainsi chaque année sa dette d'une somme moyenne de 100 millions de roubles. Cette dette a déjà atteint des proportions si colossales que le paiement seul des intérêts engloutit an-
nuellement le quart du budget (plus de 200 millions de roubles sur 800 et quelques millions de roubles de la dépense totale). Ces dettes pèsent .maintenant aussi lourdement sur la Russie que l'entretien de son armée. Les résultats de cette administration financière si périlleuse furent pendant un certain temps déguisés par l'excitation artificielle que produisait dans notre mdustrie la spéculation stimulée par la politique gouverne^ mentale. Pourtant dès le début, le cours de notre rouble eut à subir des fluctuations terribles qui valent aux entreprises industrielles sérieuses autant de désastres qu'elles eurent d'avantages pour la spéculation boursière. Après la campagne de Crimée, notre rouble se tint pendant quelque temps à 4 francs; puis le cours
tomba lentement ^
D'abord,unepartiedelamasse d'argent quele gouver-
nementjetaitsurlemarchélui revenait sousformed'augmentation des revenus ; mais dès l'année 1876, l'équilibrerompu des forces de production et de la dépense se vengea avec une rigueur toujours croissante. Un déficit opiniâtre éclata dans notre budget. Pendant dix années, de 1878 à 1885, il n'y en eutque trois sans déficit. Pour le règne d'Alexandre III, le déficit des revenus ordinaires s'élève déjà à près de 123 millions, et le crédit de l'Etat devient si suspect que pour conclure le dernier emprunt, chez Bleichroder, de Berlin, l'intervention de Bismarck fut indispensable.
1 En 1876, le rouble vaut 320 centimes. En 1880, — 269
En 1883, — 242
^ Le lecteur a pu déduire de ce qui précède que k situation économique de la classe populaire est fort triste chez nous. Toute crise industrielle est toujours ressentie par l'ouvrier. Notre ouvrier en subit d'autant plus fortement le contre coup, que ce détraquement du travail est accompa^i^né de la destruction des formes que notre histoire a données à notre travail national. La propriété foncière russe a encore un caractère très démocratique. Du nombre total de 4:j:] millions de déciatines que renferme la Russie d'Europe (sans compter le Caucase septentrional), plus de 120 millions de déciatines appartiennent aux paysans et i;]] millions sont la propriété de l'Etat, c'est-a-dire en principe, sont également la propriété nationale. Seuls 1 00 millions de déciatines appartiennent au\ propriétaires fonciers •. Le reste des terres appartient aux villes, aux Cosaques, etc., c'est-à-dire se trouve en grande partie en possession directe de la classe laborieuse. Si nous étudions relativement au chiffre de population les possesseurs de terres, nous trouvons le même principe démocratique. M. lanson n'estime pas à moins de 23 millions le nombre des individus possédant des terres en Russie, ce qui forme 36 -Vo de la population. Encore ce chiffre est-il de beaucoup inférieur à la réalité.