LA RUSSIE RUSSE
y. T.M r.u>;sîe physique. — Inlliionce <lc son unité (•limaléri(îué et a^nicole sur liinit«' »Ui peuple russe. — Intluence du stvw;gle for life sur celte même unité. — Différences des types provinciaux. — Les trois grandes races russes.
II. — Traits caractéristiques de ces trois races, d'après les chansons
et les contes populaires. — Ditrérences dialectales.
III. i^os Cosaque-, — Rôle histori(iue des Cosaques. — Organisation (le l'armée cosacpie. — Politi(iue de notre gouvernement à l'égard des Cosatiues. — Mécontentements ({u'elle a fait naître parmi eux.
IV. — Les Allemands et les .luifs. — Prétentions des Allemands à avoir civilisé la Russie. — Grande intluence des Allemands de la I]alti(iue sur la politiciue russe. — Colonies allemandes laborieuses. — Leur riJle dans la Russie méridionale. — Les Juifs, — Leur importance comme population. — Leur situalion méprisée. — .Tuifs polonais et caucasiens. — Droit de séjour. — Juifs dans l'administration et des écoles. — Rôle économi([ue des Juifs. - Leur pauvreté et leurs pilleries. — La question sémitique. — Le moyen de la résoudre.
Les conditions physiques et historiques, dans lesquelles s'accomplit son développement, ont sur un peuple une influence tout aussi puissante que Téducation sur
rindividu.
Lorsqu'il y a mille ans, les Slaves s'établirent pour la première fois dans la zone occidentale de la Russie, ils y trouvèrent des espaces énormes qui s'étalaient devant eux à l'est, tantôt très imparfaitement peuplés par des tribus sauvages, tantôt absolument déserts. Aucune barrière ne s'élevait entre eux et ces territoires qui s'étendaient à travers FOural presque jusqu'à la mer Pacifique.
Sur toute leur superficie on ne rencontrait pas de montagnes. Les montagnes russes ne sont guère que des collines comme Montmartre et, sur la plus grande partie de sa longueur, l'Oural semble plutôt un plateau qu'une chaîne de montagnes. Sur leurs frontières actuelles seulement, les Russes pouvaient se heurter aux monts Carpathes, au Caucase, à l'Altaï, aux montagnes
de la Sibérie orientale, ou s'arrêter aux rivages de la mer Blanche, de la mer Noire ou de l'océan Pacifique. Nulle part ailleurs, dans la plaine sans bornes, la marche des pionniers ne devait trouver d'obstacle. Au contraire, Dnieper, Dvina du N »rd. Don, Volga dont les affluents descendaient presque de la Sibérie, tout un réseau de belles rivières formait une voie naturelle de communications.
De la sorte, la marche des Russes vers l'Est devenait inévitable. 11 sera toujours plus séduisant d'occuper un sol vierge que de cultiver avec bien des peines un sol que d'autres ont déjà fatigué. Chasseurs et pêcheurs — c'étaient la les professions les plus répandues, — faisaient un calcul ar.aloirue.
Quelquefois aussi les Russes s'avançaient vers l'Est en raison de certaines considérations commerciales.
Ce mouvement était d'autant plus facile que partout ils trouvaient les mêmes conditions physiques que dans leur ancien séjour.
Le climat de la Russie entière a un caractère identique. C'est un climat sec, continental, avec des saisons réguHères, fortement prononcées. La différence entre la température du Nord et du Sud, sous le 70° et le 40" de latitude septentrionale, est à coup sûr énorme, mais, grâce à la marche régulière des saisons, elle devient moins sensible. L'habitant d'Arkhanghelsk connaît et les hivers rudes et les étés tièdes : la température moyenne de juillet est de lo°9. L'habitant du midi a des étés torrides et des .hivers assez rudes : à Novotcherkask, la température moyenne en janvier est de S'^e au-dessous de 0.
Grâce à ce caractère du climat, les conditions du travail sont jusqu'à un certain point les mêmes pour tout le pays. « Un été chaud rend l'agriculture possible dans les régions où, à en juger seulement d'après la moyenne de la température annuelle, on n'en admettrait jamais la possibilité. A Mezen où cette moyenne est 0°, l'orge mûrit pendant l'été. A Yakoutsk où la température moyenne est de — M ^4 et où la terre ne dégèle jamais au-dessous de trois pieds, la chaleur de l'été (14^3 ^en moyenne) permet au froment même
de mûrira »
La nature du sol donnerait lieu aux mêmes observations.
Sous ce rapport, la Russie se divise en deux régions : la zone septentrionale couverte de marais et de forêts, la zone méridionale occupée par des steppes -. L'économie rurale de ces deux régions présente certes une grande diversité. Cependant, cette économie n'évolue que dans les limites de la culture des céraales. La race russe ne sort presque jamais des limites de la zone des céréales et de ce climat continental. Voilà pourquoi le paysan des forêts de Kostroma transplanté dans les steppes de Samara n'éprouve aucune difficulté à se conformer aux exigences de cette situation nouvelle. Il continue ses anciennes habitudes en y introduisant quelques changements insignifiants.
Le peuple russe pouvait, on le voit, se disperser