‹ La Russie politique & sociale [microform]Chapitre 62 sur 103 · K>'IAJNlîîE · texte numérisé non relu

K>'IAJNlîîE

LE MOUVEMENT DES ESPRITS

L'autocratie, auteur de tous ces maux,

détruit même la plus pure vertu

en donnant au tzar la liberté dètre tyran!

Les plus célèbres publicistes de ce temps, Novikov etKrylov, qui acquit bientôt une réputation universelle par ses fables, accusent sévèrement les abus du servage, raillent les prétentions des nobles, démontrent qu'e les hommes sont égaux. Radichtchev, auteur du célèbre Voyage de Saint-Pétersbourg ù Moscou, s'écrie au milieu d'ardentes malédictions contre le servage :

Oh liberté...

transforme en lumière les ténèbres de l'esclavage, que Brutus et Tell s'éveillent, que par ta voix les tzars sur leur trône se sentent troublés.

Voilà avec quelles idées est venue txn monde Vifi te iii'

guentia russe.

Et pourtant n'est-ce pas les tzars qui implantèrent chez nous la civilisation? N'est-ce pas la noblesse qui fut la première classe au milieu de laquelle elle prit naissance? Comment donc VintclUguentia se mit-elle si rapidement en opposition contre les tzars et la noblesse dont elle faisait elle-même partie?

Je dois rappeler au lecteur que la noblesse, à laquelle appartenait au début la plus grande partie de Vmtelliguentia, se composait en majorité de parvenus, de plébéiens qui n'avaient et ne pouvaient avoir aucune idée de classe. Un des premiers publicistes russes, Possochkov, était un paysan. Le premier savant russe, homme de capacités vraiment géniales, rival de Franklin pour la

découverte des lois de l'électricité et en même temps vrai fondateur de notre langue littéraire contemporaine, Lomonossov était un simple pécheur d'Arkhanghelsk, qui abandonna sa chaumière pour aller chercher dans la lointaine Moscou les lumières de la science. Un poète de notre temps, voyant un pauvre petit villageois qui va à l'école, l'encourage en ces termes :

Bientôt lu apprendras à récole comment un paysan «î'Arklianglielsk, grâce à sa volonté et à celle de Dieu devint savant et grand ^.

L'enfant l'apprenait à l'école et cela greffait encore plus profondément en son âme l'idée de l'égalité des hommes.

Quant aux. tzars, leur mission civilisatrice n'est que pure invention. De nos tzars, un seul fut en réalité un grand ouvrier de la civiUsation : Pierre l^^ Cet homme étrange, élevé dans la rue, loin de la cour qui attentait à sa vie, ce tzar qui abolit l'hérédité de la monarcliie -, qui tâcha déplacer A/ loi au-dessus de lui et de sa propre volonté, passa par tous les grades militaires qu'il avait institués, en commençant par les plus inférieurs. Les successeurs de Pierre P'"" furent bien loin de l'esprit qui l'animait. Assurémenlilsavaientbesoin de gens instruits, fonctionnaires, militaires, techniciens, ils aimaient les arts et les belles-lettres, comme ornement de leur cour,

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