Confession, page
LE MOUVEMENT DES ESPRITS
pie ignorerait même jusqu'à son existence, ne ferait nulle distinction entre elle et le premier venu de ceux qui vivent de lui, ne bougerait pas le bout du doigt pour la défendre ou la soutenir. Les ennemis à^Vintelligueyitia lui criaient dès le début : « Vous n'avez nulle part de soutien, vous êtes un fait anormal en Russie, une importation venue d'on ne sait où. » S'il refusait de reconnaître la justesse de ce dire, l'homme éclairé sentait pourtant lui-même que, pendant de longues, de très longues années encore, son rôle serait le rôle d'un martyr. Il se disait :
Peut-être, comment le savoir ? Mon sang sera-t-il
la goutte qui, tombant, pareille au plomb ardent,
éveillera de son sommeil la conscience du peuple,
et, se voyant avec etî'roi en face du spectre d'un des siens,
cette fois, la conscience du peuple comprendra
quelles horreurs elle laisse commettre *?
Beaucoup moururent avec cette seule consolation.
Et pourtant dans une pareille situation notre classe ne chancela jamais dans sa foi illimitée en sa mission historique qui a pour but la transformation complète de la Russie ; elle ne douta jamais de ses forces pour l'accomplissement de cette mission. Parfois, après des échecs particulièrement sensibles, elle tombe dans le découragement, dans le désenchantement, comme il advint après le U décembre 1825, à la fin du règne de Nicolas V^ et pendant les années qui suivirent l'émancipation des paysans et marquèrent le début de la période de réaction du règne d'Alexan-