Souvenirs de madame Khvostova
un sens profond. «L'amour, qu'est-ce? demandait le poète. Aimer plus qu'on est aimé — dégoût; aimer moins qu'on est aimé — malheur: choisir! »' La réponse de la jeune fille montre que la femme commençait à avoir une volonté à elle. « Mon D^eu dit-elle, il faut aimer autant qu'on est aimé. >» Mais pour que cette volonté devînt réalisable, l'égahté des deux êtres qui s'aiment est indispensable et longtemps, très longtemps cette égalité fut impossible. L'homme se tourmente, se plaint, maudit la femme comme TdmiûiY {Trop desprit porte malheur^); il se venge d'elle, comme Petchorine (Un héros de iiotrc temps)] il se venge volontairement et involontairement de 'ce qu'elle lui est inférieure, de ce qu'elle ne peut lui offrir que sa sincère affection, sa fidélité, son abnégation. Cela ne suffit pas à l'homme, ce n'est pas une esclave, ce n'est pas le dévouement d'un chien qu'il lui faut' comme il s'écrie avec colère, il lui faut l'amour d'un être humain auquel, lui aussi, puisse s'attacher avec la même force et le môme abandon, non comme un maître et un possesseur, mais comme un égal à son é^-al, donnant vie pour vie, âme pour âme, liberté pour liberté ; de là une multitude de conflits qui empoisonnent la vie de l'homme et posent à la femme le dilemme: ou bien s'élever jusqu'à l'homme, ou bien tomber encore plus bas que l'esclave de l'ancienne famille — devenir la maîtresse d'un instant, avec qui on se lie en la méprisant et qu'on quitte sans souvenir aucun. Pourl'^■;^/^%^^^/^/m de nos jours,il est difficile de comprendre tout le tragique de cette situation elle la trouve