‹ La Russie politique & sociale [microform]Chapitre 71 sur 103 · Un des rédacteurs des Annales de la Patrie · texte numérisé non relu

Un des rédacteurs des Annales de la Patrie

puisse lui comparer pour Timportance sur le développement du parti révolutionnaire. Mais comme je l'ai déjà dit, ce furent les derniers succès de nos publicistes. Persécutée et abattue la presse se tait ou émigré à l'étranger. La voix de Bakounine retentit de nouveau. Lavrov'^s'e.vile. 11 paraît a l'étranger une série de journaux, de brochures, de proclamations ^ Ensuite l'imprimerie des révolutionnaires qui avant n'apparaissait qu'a de rares intervalles au delà de nos frontières, s'établit au cœur delà Russie — en secret bien entendu. L'iniluence de cette littérature produit un des plus intéressants phénomènes de la Russie actuellement: le mouvement révolutionnaire. En même temps, la littérature légale restait sans aucune influence sur ce mouvement et n'osait même pas en parler!

Certes la chute complète de notre presse était inévitable dans ces conditions. S'il est vrai qu'elle tache de mettre a profit tout moment de liberté pour dire son mot, ces moments sont rares et courts. Les jour?uuix

l. Parmi les publications faites à rétrancrcT, on peut remarquer les puhlicalions de M. Lavrov : En avant! recueil non p.'riodique (six gran Is volumes), puis sous le même titre un journal mensuel. Parmi les publications de M. Bakounine, une surtout a fait ])eaucoup de bruit. Les principes autontaires et iavarchie. Le Tocsin^ de M. Tkatchev; L'Ouvrier; La Commune. M. Drafromanov a publié un recueil en plusieurs volumes et en langue ukrainienne Gromada (Commune). Citons encore un journal constitutionnel, La parole lihre, organe de l'Alliance des zemstvos, qui fut accusé de quelques liaisons avec le monde officiel. Actuellement on publie à l'étranger. La Cause générale (journal constitutionnel;, Le Messager de la Volonté du Peuple, (revue révolutionnaire) de publicité irrégulière. Ajoutons les publications d'un groupe socialiste La délivrance du travail, celles de M. Dragomanov. Je ne cite pas une foule de brochures et de proclamations qui forment toute une littérature.

LE MOUVEMENT DES ESPRITS

seuls peuvent en profiter. Est-ce pour cela que la presse quotidienne se développe beaucoup plus qu'avant. Elle bat partout la rente. Mais toute leste et flexible qu'elle est, elle ne peut faire l'impossible, et demeure en somme très nulle.

La littérature /tors la loi ne peut certes pas suppléer aux lacunes causées par l'oppression de notre gouvernement. Notre presse libre, sans distinction de tendances, compte de très grands talents au sens littéraire, mais la presse ne peut se développer d'une façon normale et avec quelque richesse que sur le sol natal en rapports permanents avec la vie. Sa place n'est pas à l'étranger. La presse révolutionnaire à l'intérieur de la Russie, toujours écrasée par la police n'a jamais pu dépasser les limites des petites feuilles. Parmi celles-là, le journal Narodnaii Voila ' a fait beaucoup de bruit, il n'a pu cependant publier que dix numéros en cinq années (abstraction faite des suppléments). En de telles conditions, on peut composer de bonnes proclamations ; pas davantage. . . Encore est il que la durée moyenne de la vie active d'un révolutionnaire russe ne dépasse guère six mois à un an. Il est évident que c'est peu pour mûrir un talent naissant. En somme, notre presse dépérit visiblement. Jusqu'ici, même depuis l'avènement d'Alexandre III, elle n'est pas réduite à l'état piteux qu'elle atteignait sous Nicolas I^*", ou pour mieux dire, elle n'est pas encore anéantie. Elle existe, mais elle est impuissante. La presse poHtique est passée aux mains des agents directs du gouvernement, qui n'ontpas besoin

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