‹ La Russie politique & sociale [microform]Chapitre 77 sur 103 · Journal des Etudiants · texte numérisé non relu

Journal des Etudiants

Parfois il fait des efforts pour lui imposer des limites. Mais quelles que soient les intentions du tzar, que peut-il faire pour abolir les conséquences sans toucher

aux causes?

L'autocrate, comme le dit un mot célèbre chez nous a pour autocrate r autocratie des bureaux, et cette ob^archie d'en haut se reflète en bas dans Foligarchie des petits chefs. Un pouvoir réellement fort, capable d'agir systématiquement, devient un mythe. L'ordre disparaît à tel point que l'idée de se défendre par les concussions, les intrigues ou la violence fait des progrès énormes parmi les habitants de la Russie. C est surtout chez les paysans que cette idée se propage. La défense par ses propres forces, remplace de plus en plus ridée de recourir a la justice légale. Ainsi chez Ouspensky, un paysan se plaignant d'un marchand, qui a fait construire une digue pour empêcher le poisson de passer dans la rivière des paysans, profère des menaces. « - Il faut porter une plainte contre le marchand, lui dit son interlocuteur. Une peut vraiment pas agir de la sorte - Porter une plainte ! Mais sa bourse est remplie comme ça. 11 recevra un ordre et il ne l'accomplira pas : voila tout... Selon moi il vaut mieux faire ainsi . - Comment? —Voici comment : percer le fond ! jeter ladi-uea bas! et lui donner de bons coups, alors personne n'aura plus à se plaindre. Ce n'est pas la môme chose que d'écrire une plainte. Tu écris le papier, lui pêche et vend le poisson. Non, il n'y a rien de mieux que d'agir soi-même. Avant tout il faut lui bien tanner le cuir, il sera moins prompt à voler » Cet homme raisonnant ainsi, résume les idées du mo-

ment. Quelle absence de confiance dans le gou . ornement cette façon de penser et d'agir indique dans la population! Et pourtant, malgré tout, ce régime subsiste I Quelle force le maintient donc debout? N'est-ce pas surtout la faiblesse par trop forte de ses adversaires conscwnts ou directs?

Dans un pays où il n'existe pas de liberté, il est difficile à l'opinion publique de se diviser en partis nettement définis. Ces partis n'auraient pas de champ pour développer leur action; la majorité de la population n'est donc par rien poussée à adhérer à l'un d'eux. Puis sans la liberté de la parole, des réunions, de l'agitation électorale, il est extrêmement difficile môme d'élucider sa propre opinion. Pour toutes ces causes, l'énorme majorité de Russes, même ayant reçu une certaine instruction, trouve moyen de s'accommoder des idées politiques les plus opposées. Cette confusion des convictions politiques donne à l'instinct dans la société et dans la masse populaire un rôle beaucoup plus important en Russie que dans tout autre pays. La masse russe agit plutôt à la manière des éléments, comme on dit chez nous, que guidée par une conviction nette.

Je dois cependant observer que si cette circonstance rend plus difficile la formation de programmes réguliers, elle est bien loin d'assurer le règne de l'ordre et de la tranquillité dans le pays. Elle favorise, on nepeutraieux,

les révolutionnaires, car mstinctivemcnt chaqm ^n^se Tt un peu révolutionnaire. Notre constauUon poh^ nèse si absurdement sur tous, que chacun »ent s accu Lde en soi une énorme quantité de mécontentement

"r onnel occasionné par toute sorte d'attemtes, dm- Eesd'oppressions.Pourdesraisonstrèsd,verses,tout

Conde cïe. nous est mécontent. Selon le mo sp.ntuel de M. Lioubimov.lun des plus intimes am.» de Katkov chez nous « il n'y a que les montagnes et les forêts qui ne se plaignent pas : les montagnes, parce qu .1 nV en a pas, et les forêts parce qu'on les a abattues -. » Ce mécontentement général s'accuse à c-que occ^ sion favorable avec d'autant plus de vivacité et de deordr que le Russe, au plus intime de son être, ne se sent P esque jamais retenu par des traditions ou des utorUés quelconques. Cette circonstance a une importance énorme, et pour tous ceuKqui connaissent la Ru. sie il ne peut être douteux qu'au moment d une perturbat'ion politique quelconque - les révolutionnaires russe acquerront un nombre considérable d'adeptes parmi ceuxll mêmes qui maintenant réclament pour eux

des potences. . . .

Aujourd'hui cependant ce vague des idées politique., nui chez le peuple, va jusqua Fabsurde et dans a soc été jusqu'au chaos, est un obstacle formidable a la Zîl2n\s partis. Les partis en Russie sont par conséquent très insignifiants numériquement. La masse populaire, obéissant à des impulsions purement accidentelles et instinctives, approuve tour a tour de plem

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