‹ La Russie politique & sociale [microform]Chapitre 79 sur 103 · POLOÎiSKY · texte numérisé non relu

POLOÎiSKY

les libéraux prêtent si souvent aux révolutionnaires On accuse continuellement nos libérauxde poltronnerie' et certamernent la Russie a de lourds reproches a faire' a leurpus.llanunité. Sans elle, a l'heure c,u'il est, les Katkovs ne pourraient régner en Russie. Mais nourl'human.té, partout où il n'est pas affreusement périlleux d en faire preuve, il est difficile de reprocher a notre société d en manquer. Je me souviens parfai.ement que, lors de élargissement d'une cenlaine de prévenus mêlés a l'affaire des m. ils furent a la let.re'enlevé; par des gens de bonne volonté. C'était pendant la nmt que, par une raison inconnue, on effectuait l'élargissement du plus grand nombre. L'heure était avancée; depuis des heures entières, des dames se tenaient aux portes de la prison, attendant la sortie des prisonniers. Un groupe de politiques paraît sur le seuil se demandant où aller? a droite ou a gauche? Personne n'a d-argent.^Des amis, on en avait^l y a trois Ins mais ou les chercher : ils ont sans doule changé de domicile.^ « Messieurs, dit une voix dans l'ombre, un de vous n a t-il pas besoin d'un asile :' „ C'est une dame distinguée, dans une voiture de maître. Beaucoup de fautes seront remises à la société russe pour cette chaude compassion pour la souffrance.

Quant a la peur, comment ne pas la ressentir? Pour la compassion seule, on destitue, on déporte, on perd des familles entières. On a le cœur déchiré en se rappelant certaines scènes, celles par exemple qui advinLt à Odessa, pendant la terrible administration du gouverneur général Todtleben. Vous passez devant la prison et tout d un coup, de la fenêtre, grillée de fers rongés

de rouille, deux blondes têtes d'enfants regardent dans la rue en gazouillant. Oui, ce sont des enfants, une fillette de quatre ans, un garçon de cinq .... Comment se fait-il que ces pauvres Ùlres roses se trouvent en ce lieu •' Hélas, le père a été arrêté pour crime de compass'on. lia versé 5 roubles dans une caisse défendue, dont le but est de prêter secours aux déportés politiques • il a dit dans son cercle que, de la part du gouvernement, de si cruelles persécutions étaient vraiment révoltantes; il est suspecté d'avoir connu un révolutionnaire important. Le malheureux comiuilissant va être transporté dans la Sibérie Orientale par mesure administrative, et sa famille avec lui.... H est impossible de ne pas craindre, il est impossible de ne pas trembler. Et pourtant cette société tremblante, terrorisée, est canaille u se sacrifier généreusement. Un révolutionnaire enfermé dans une prison, tente de s'évader. C'est un homme d'un courage téméraire, d'une grande force. Deuv camarades l'aident. Us entrent en lutte avec les a.'ents qui transfèrent le prisonnier d'une prison a une autre Après une escarmouche momentanée, mais violente le prisonnier parvient a s'échapper des mains de ses gardes, ensanglante, couvert de poussière (car pendant la lutte il fut trois fois jeté a terre), les vêtements en lambeaux. 11 s'tlance a toutes jambes dans la première direction venue, séparé de ses camarades, qui eux aussi ont pris la fuite.... La police, mise sur pied p-arles coups de sifdet, les poursuit de tous côtés. Ou iuir dans un état si affreux? 11 se lance dans la première maison venue, où demeure un libéral, qu'il ne connaît pas, mais dont il a, par hasard, entendu parler. Le

uyard ouvre brusquement la porte.... « Pardon ie SUIS un politique... Je me suis évadé. On me poum t permettez que je me lave et que je change 'devêÏ ments. « Le maître du logis, stupéfait, apporte sans n^ot dire^de l'eau et du savon, ouvre hàtiveln °

en ba, toutes les maisons voisines, ne sachant nas

zrir: ^nr"^ '^'^^^^ '^^"^^^'^' ^^^^^

tant», et la toilette est terminée. Gomment sortir -^ Le maître du logis lui indique l'escalier du servie et le fuyard s'échappe heureusement.

Si les persécutions portaient l'effervescence jusque

ree. il e,t aisé de s'imaginer l'impression qu'elles nroduisaient sur les révolutionnaires Déjà, par sa coi sition jj,, ,e parti révolutionnaire, i.l élS TZ ce eu II y a d énergique en Russie, n'était nullement disposea souffrir qu'on le frappât impunément: deT p pels a la vengeance commencent ù retentir; l'amer re proche de M. Mikhaïlov, jeté aux révolutionnaires ûsles" en 18bl, revient à la mémoire:

. Pourquoi donc la haine se tait-elle en vous, frères'

l'ounjuoi l'amour se tait-il ?

Ou bien dans votre amour n>a-t-il que des larmes

pour nos atroces malheurs?

Ou bien de ia force pour menacer,

n'y en a-t-il pas dans votre haine ?

Une brochure parue en 1877 fait de violents reproches aux révolutionnaires. « Absorbés par d'idéales abstractions, ils sont parvenus à refouler en eux les sen-

timents naturels qui sont inhérents à tout homme libre. » Cette brochure, cet appel ù la vengance,est sigmûcativement dédiée ù la mémoire de Dmitri Karakozov '. Si 1 on ne devait songer u Dmitri Karakozov que deux ans plus tard peu à peu les révolutionnaires commencent a montrer'leurs griffes. Théoriquement, ils aboutissent de plus en plus à l'idée de renverser le gouvernement, et cela immédiatement. Sous TinQuence de celte idée,leur programme devient plus révolutionnaire et moins socialiste. 11 faut soulever le peuple au nom des questions nui s'agitent maintenant même dans son milieu. Un groupe fort, Terre et Liberté, qui avait de nombreuses ramifications en province, où les membres de l'organisation fondaient des colonies au milieu du peuple, se développe alors. L'organisation comptait qu'elle parviendrait u formuler les réclamations du peuple et a le soulever en leur nom. En même temps il est indispensable de se défendre de la police. 11 faut se créer un corps de défense qui repousse à main armée les attaques du gouvernement. Le Comité Exécutif du parti socialiste révolutionnaire formé à Kiev, tente de remplir ce rôle. Dans la tête de personnes isolées, quoique fort nombreuses, l'idée d'obtenir les droits politiques par la terreur se fait jour. Cette idée fut aussi adoptée par le Comité Exécutif du parti socialiste révolutionnaire. Sous l'influence de cette disposition des esprits, même avant qu'elle ne se fût exprimée dans l'organisation de sociétés secrètes, les révolutionnaires commencent a tuer çà et la des espions. L'impulsion définitive

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