‹ La Russie politique & sociale [microform]Chapitre 81 sur 103 · Giraud, édileur · texte numérisé non relu

Giraud, édileur

Mais il n'eut le temps de remettre aux révolutionnaires qu'une parlie insignifiante de sa fortune. Un ami en qm il avait pleine confiance, dénonça ses projets au gouvernement et s'appropria sa fortune. Ne voulant pas dévoiler le misérable, le procureur ne put dans le cours du procès se servir de ses dépositions, de sorte qu'il n'y eut contre Lisogoub aucune preuve juridique, mais les procès politiques ne sont en Russie qu'une formalité. Le sort de l'accusé est presque toujours décidé d'avance, selon les renseignements fournis par la police secrète. On pendit Lisogoub. Vittenberg qui, en mourant conjurait ses camarades de pardonner sa mort et de ne pas tirer vengeance de ses bourreaux fut aussi du nombre des pendus.

La peine de mort, il est à propos de le faire remarquer, est absolument étrangère aux mœurs russes, elle n'existe môme pas dans notre code pénal. Elle n'existe que dans le code militaire, et hors de lui, seulement pour les attentats contre la personne de l'empereur. Si, par exemple, le gouvernement croit nécessaire de punir de mort quelque terrible assassin, il le cite, par ordonnance spéciale, devant un tribunal' militaire; jusqu'à ces dernières années cette procédure extraordinaire s'employa rarement. L'application de la peine capitale était pour la Russie un spectacle terrible, inusité, qui répugnait. En 1823, quand il fallut pendre 5 àeiconspiviileuTi, personne ne sut constnare un gibet. Les cas où la corde casse sous le poids du pendu sont très fréquents en Russie. En 1823, dans les cinq pendaisons, elle cassa trois fois ; le même accident se répéta lors de l'exécution des auteurs de l'attentat du 1/ 1 3 mars,

lors de l'exécution d'Ossinsky, etc. 11 n'est pas facile de trouver un bourreau. Les criminels condamnés a mort et graciés pour salaire de cette abominable fonction acceptent seuls cette charge. Notre bourreau luimême habite une prison et y est surveillé. C'est un réprouvé de la société tout entière. Dans une prison pleine de forçats, il est arrivé qu'on ne pouvait trouver un homme qui consentît à se charger de ce rôle, trolov, notre célèbre bourreau, qui pendant plusieurs années voyagea par toute la Russie et y accomplit toutes les exécutions, est à cause de cela un homme, presque impossible à remplacer '. Mais lui-même, il n'exerçait ses fonctions que dans un état d'ivresse complète et près-

que inconscient. r • ^„

L'anecdote que voici a déjà été publiée et ]e 1 ai entendue de la bouche de personnes exerçant des fonctions au Palais de justice... Quand So la Perovskaia fut condamnée à mort, le bruit courut dans le monde judiciaire qu'elle serait graciée, parce que trolov ne consentait pas a la pendre : u Je ne puis, aurait-U dit i'ai maintes fois pendu des hommes. Je ne saurai, levei a main sur une femme... » Etait-ce vrai ou non : en tout cas, on répéta ce propos dans le fumoir du Palais de iustice de Saint-Pétersbourg. Un jeune homme, garçon sans valeur, méprisé par ses collègues à cause de ses mœurs contraires ù la nature, assistait a cette conversation. 11 s'écria : « Eh bien! elle ne sera pas graciée faute de bourreau! Si Frolov ne veut pas la pendre je m'offrirai à le remplacer! » Ce zèle plut aux autorités,

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