Frolov est aujourd'hui en prison pour vol
le jeune monstre fut remarqué et il occupe maintenant un poste très considérable dans la police.
Retournons à notre récit interrompu. L'application de la peine capitale remplissait les révolutionnaires d'un désespoir plein de rai?e. Certainement, elle n'est pas faite pour inspirer la peur. Mais en revanche le désir de la vengeance était excité au plus haut degré. De qui donc tirer vengeance? Du tzar, répondaient des milliers de voix, du tzar qui lui-même encourage les cruautés, qui de sa propre autorit'^ augmente les châtiments infligés par les tribunaux. Ce fait, presque incroyable, se produisit en 1878. L'empereur Alexandre II usa de son pouvoir souverain, non pour atténuer l'arrêt du tribunal, comme le font parfois les monarques , mais pour augmenter les peines de quelques dizaines de condamnés. Cette mesure fut prise par représailles du coup de pistolet .|de Vera Zassoulitch. Alors la pensée de se venger de l'empereur plana dans l'air. De tous cotés, des gens apparurent brûlant du désir de tuer le tzar. Parmi eux, on voit surtout beaucoup de femmes : Perovskaïa, Helfmann, Fighner, lakimova... fait excessivement caractéristique, qui montre à quel point l'empereur avait blessé les sentiments moraux des Russes.
Cependant il s'effectua dans le mouvement révolutionnaire russe un certain revirement qui eut son contrecoup dans les deux congrès révolutionnaires de Lipietsk et à Voronej pendant l'été de 1879. La partie la plus énergique des révolutionnaires se fixa comme but immédiat l'obtention avant tout des réformes politiques. Ce revirement est aisé à comprendre, car la tyrannie ini-
maginable du gouvernement prouvait péremptoirement la nécessité de limiter Tabsolutisme. Récemment encore (IH78), les révolutionnaires laissaient complètement de côté la question de la limitation de l'autorité du tzar et exigeaient : P la liberté de la parole et de la presse, 2« le jugement par le jury des affaires politiques, 3*^ l'amnistie pour les crimes politiques antérieurs • . En 1879, il leur parut qu'on ne pouvait rien attendre de pareil si des limites n'étaient imposées au pouvoir absolu. Les révolutionnaires qui prirent le nom départi de la Volonté du Pmplc exigèrent du gouvernement la convocation dune assemblée constituante. Le Comité Exécutif du parti se proposa d'organiser une conspiration pour forcer le gouvernement a cette convocation ou, en cas de refus, le renverser. Une organisation énergique des forces commence. Pendant les premières années du mouvement, on n'avait accordé aucune attention à l'organisation des forces — on était même contre la centralisation et la discipline qui en est inséparable. Dès qu'apparaît le programme démocratique du groupe Terre et Liberté, avec la perspective d'une lutte prochaine, un revirement se fait relativement à l'organisation. Le Comité Exécutif exige une discipline et une centralisation toute militaire. C'est un trait éclatant des dernières années du mouvement. En même temps le Comité Exécutif entreprend une série d'attentats à la vie de l'Empereur. C'était alors le devoir fatal de tous ceux qui voulurent acquérir une popularité parmi nos révolutionnaires : se venger du tzar est le cri
1. Uassassbiat du chef des gendarmes , le lieutenant général Mezentsev, Saint-Pétersbourg, 1878.
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général, et les meneurs du mouvement quelque regret qu'ils eussent de dépenser leurs forces à une en'trepnse si difficile qui ne menait pas directement au but du parti, ne pouvaient s'y dérober. Les attentats à la vie du tzar commencèrent le 10/22 novembre 1879 et finirent le 1/13 mars 1881 — par la mort d'Alexandre II.
Telle fut la fin de ce prince, qui avait fusillé et pendu trente accusés politiques, en avait jeté deux cents aux travaux forcés et déporté plusieurs mille, les souvenirs qu'il laissa après lui sont pénibles et la postérité même en s'apitoyant sur le sort déplorable de ce tzar' qui avait débuté d'une façon apparemment si brillante' n'oubliera pas que parmi les pendus, il y eut un enfant Rozovsky, accusé seulement d'avoir affiché des proclamations '.
Son successeur, immédiatement après son avènement au trône, reçut des Révolutionnaires une déclan.tion, dans laquelle ceux-ci lui proposaient de mettre fin à là lutt«, en s'en rapportant ù l'arbitre des représentants du peuple. Le tzar réponditparde nouvelles exécutions. A cette heure, dans une période de quatre années, il a déjà exécuté quinze personnes, et dans ce nombre une femme. Les condamnations au bagne, la déportation surtout par mesure administrative, continuent de plus belle. La lutte s'engage de nouveau. Je ne veux pas écrire l'histoire du mouvement révolutionnaire russe, encore moins celle d'un parti ou d'une organisation quelconque. C'est pourquoi je n'entrerai pas dans le détail des péripéties de cette lutte, si intéressante