Rozovsky avait, je crois, dix-huit ans
qu'elle soit. Il me serait impossible cependant en concluant de ne pas nous poser une grave question : Quelle est l'importance de ce mouvement, quels en sont les
résultats?
Dans son ensemble cette question est claire ; il n'est pas facile de la résoudre dans le détail; tout ce qui pourrait donner le moyen d'y répondre est mystère. La police tient secrets ses renseignements, les révolutionnaires et les conspirateurs font à coup sûr de même. Cependant les renseignements insignifiants, dont on peut
disposer, montrent que ce mouvement a pris de fort larges proportions. Les forces révolutionnaires onjanisecs ont toujours été très restreintes, quoique l'organisation du Comité Exécutif à la veille du 1,13 mars 1881 comptât dans ses rangs prés de cinq cents hommes \ Mais le nombre des forces oryanisées ne donne aucune notion sur les forces révolutionnaires en général. ^Les renseignements officiels - donnent, de mars 1873 à décembre 187o inclusivement, — IGU personnes mises en accusation du chef de crimes politiques. Dans ce nombre sont compris péle-mùle ceux qui furent cités devant les tribunaux et ceux qui eurent à subir un châtiment par mesure administrative. De 1877 à 1879, le chiffre de ces derniers est inconnu; mais le chiffre des personnes soumises a des enquêtes judiciaires s'élève à mille deux cent soixante-treize individus, les crimes de lèse-majesté non compris, et à deux mille trois cent quatre-vingts ceux-ci inclus.
l. Almanach des Révolutionnaires russes, 1883.
2*. Malcuinsky. Aperi^u du mouvement socialiste-révolutionnaire
en Russie.
Pour le règne d'Alexandre III, en ne nous en rapportant qu'aux chroniques incomplètes des publications révolutionnaires (1881-1884), nous trouvons près de deux mille personnes arrêtées pour causes politiques, et cela aussi sans compter les crimes de lèse-majesté. Il est à remarquer que le nombre des crimes de lèse-majesté s'accroît dans une proportion énorme. En 1877 il y en a deux cent quarante-six; en 1878, trois cent soixantehuit ; en 187D, quatre cent quatre-vingt-treize. Après la mort d'Alexandre II, le nombre dos crimes de lèse-majesté s'accroît dans une proportion étonnante. En huit mois, du 1/13 mars au 1/13 novembre 188 J, il fut intenté pour cette cause quatre mille huit affaires ', Ce chiÛVe scandaleux obligea le gouvernement à donner l'ordre de ne plus traduire devant les tribunaux pour les affaires de ce genre et de punir les coupables par simples mesures administratives.
Cet accroissement du nombre de crimes de lèse-majesté est d'autant plus significatif que les personnes que frappent ces accusations appartiennent presque exclusivement uniquement a la classe des soldats, des paysans et des autres gens de petite condition : dans la plupart des cas même, ce sont des illettrés. La propagande révolutionnaire dans le peuple est en effet loin de rester sans inlluence. A l'heure qu'il est, on peut trouver dans les grands centres manufacturiers une multitude d'ouvriers intelhgents, ayant beaucoup lu et sincèrement révolutionnaires. Ils essaient constamment de s'organiser, et quoique ordinairement ce soit sans succès, certaines