‹ La Russie politique & sociale [microform]Chapitre 86 sur 103 · Le droit coutumier, préface · texte numérisé non relu

Le droit coutumier, préface

a cause de sa circulaire : . Il a écrit, racontent les paysans en secret du tzar. Pendant longtemps, le tzar a tout Ignoré ; puis, quand il l'a appris, sa colère fut terrible Makov eut peur et se suicida. »

Le peuple ne se laisse pas déconcerter môme par les déchraiions persomiei/es du tzar. Alexandre III fit une déclaration de ce genre le jour de son couronnement. Son dernier discours fut entendu par huit cents maires de village.. . Elle fut expédiée dans les villages par cent mille exemplaires. Et dans un grand nombre d'endroits, les paysans disent tout de même que «les maires avaient sans doute mal entendu. » Ils n'ajoutent pas foi aux discours réels du vrai tzar et préfèrent leurs légendes ! c( Il faisait nuit, raconte un touriste ; nous suivions le bord d'une rivière large et calme; sur rautrebord,on apercevait les forêts dusplendide patrimoine de xN.N. Le postillon contempla pendant longtemps ce magnifique tableau que la lune inondait de sa pâle clarté. « Voilày monsieur, laissa-t-il soudain échapper, bientôt tout cela nous appartiendra, et la - il indiqua de la main, — et là. ^ Le postillon parlait du partage. Le touriste observa que le gouvernement lui-même démentait ces bruits. — (c Non, monsieur, répliqua le postillon d'une VOIX convaincue. Nous le savons positivement. Le tzar lui-même a un jour passé par ici, et les nôtres sont allés le solliciter au sujet de la terre. Attendez, mes enfants, leura-t-il dit, on ne peut faire tout a la fois... Mais patience! bientôt tout sera nivelé; voyez cette nvière, tout sera nivelé comme elle. » Le peuple se berçait de ces rêves, et les années se suivaient sans rien apporter que de nouvelles charges. Les impôts, l'arbi-

traire sans frein aucun de Tadministralion, le manque de terre, le malheur d'être à la merci de chaque koulak qui possède quelques écus, combien peu tout cela s'accorde avec les resplendissants rêves d'une vraie liberté! Le mécontentement commence à s'amasser. Les paysans, las de souffrir, envoient au tzar des solliciteurs avec des plaintes et des requêtes, mais ces solliciteurs arrivent rarement jusqu'au tzar; avant qu'ils le fassent on les garrotte et on les jette en prison. S'ils arrivent jusqu'au tzar, le résultat n'est pas plus avantageux. On ne les reçoit même pas. L'envoi d'un solliciteur passe chez nous presque pour une révolte, et en tous cas pour une manifestation séditieuse. Loin d'encourager cette conduite des paysans, qui est cependant la preuve manifeste de leur confiance en eux, les tzars ordonnent eux-mêmes la déportation de ces délégués

paysans.

A la décharge du pouvoir, il faut pourtant dire que la situation des tzars et du gouvernement en général est souvent fort embarrassante. Parfois les paysans ont parfaitement raison, même au point de vue légal. Les propriétaires fonciers et les capitalistes, profitant de leur ignorance, concluent avec eux les contrats les plus malhonnêtes; les paysans y apposent des croix, ignorent leur teneur et tombent ainsi dans un véritable esclavage. Souvent les propriétaires fonciers et d'autres gens riches s'approprient les terres des paysans à l'aide de procédés qui sont de pures canailleries. Les autorités reçoivent des pôts-de-vin révoltants, lèvent parfois de leur propre arbitre de faux impôts. On raconte que quelque part en Sibérie, un stanovoï de concert avec un secré-

aire de maine villageoise, leva sur les paysans un mpo qui a son dire, devait payer tcn habit en or pour 1 héritier du trône qui allait se marier. Ici le gouvernement avait une occasiontoute trouvée de mériter la conliance du peuple sans sortir de la légalité. Si les paysans ne peuvent obtenir raison même en ces cas-la n'est ce pas la preuve formelle de la désorganisation et de la décadence morale du gouvernement? D'autres fois les paysans au point de vue de la loi n'ont pas raison, 'tandis qu à leur point de vue, ils se considèrent comme absolument dans leur droit et s'indignent terriblement quand on les accuse. Je cite un fait récent de ce genreil y a quelques années, non loin de la ville d'Ieisk sur les terres appartenant à l'armée cosaque de Kouban' des paysans vinrent s'établir. Un immense espace de steppes fertiles constituant la propriété de l'armée se déroule près d'Ieisk, sans que nul s'occupe d'en tirer parti. De temps en temps seulement, des troupeaux à demi sauvages de clievaux cosaques viennent y rôder Dans les premiers temps, l'administration de l'armée ne fit aucune attention au.x quelques familles nouvellement établies, quoiqu'elles n'eussent aucun droit d'occuper les terres des Cosaques. Cependant, le nombre des émigrants croissait rapidement, ils arrivaient en foule. Au bout de plusieurs années, il se forma au milieu des steppes une énorme bourgade, qui avait envahi un immense territoire et qui comptait déjà plus de cinq mille habitants. Elle prit un nom fort caractérisque Samosiolovka (établie de son propre gré). Une pareille prise de possession de terre est dans les habitudes du peuple. Si la terre est inoccupée, cela signifie que le

travailleur peut l'occuper. Dans le sud de la Russie, ces occupations arbitraires furent l'orii^ine de beaucoup de villes populeuses. Récemment la ville de Rostov s'accrut de la sorte d'un arrondissement nouveau tout entier. Les émigrants, tout simplement, sans demander autorisation à personne, sans payer pour cela un sou ix la ville, construisirent des rues entières, et deux ou trois ans après, la municipalité apprit avec étonnement que la ville s'était accrue d'un nouvel arrondissement peuplé de quelques milliers d'habitants qui ne payaient aucun impùt, n'étaient soumis à aucune autorité. Pour Samosiolovka, les Cosaques ne furent pas disposés à céder leurs terres. L'administration cosaque porta plainte, plaida ; les habitants de Samosiolovka n'avaient certainement pas raison ; ils furent condamnés à évacuer la terre. Mais évacuer la terre, cela signifiait démolir un village entier, composé de plusieurs centaines de doors et ruiner un millier de familles afin de rendre cette terre aux Cosaques qui ne l'utilisent pas. Les paysans étaient loin de considérer ce jugement comme équitable. Ils se considéraient comme opprimés, et quand l'administration tenta de les expulser par la force, ils lui opposèrent une résistance de vive force. Il se produisit ainsi une véritable émeute. Prévoyant de fâcheuses conséquences — car l'administration russe peut ne faire aucune attention au désordre, mais une fois lancée, elle le réprime avec une énergie tartare,— les paysans envoyèrent au tzar un solliciteur chargé de lui porter plainte et d'implorer son assistance. Après de nombreuses et infructueuses tentatives, ce malencontreux délégué réussit à parvenir jusqu'au

Uar. Ln soldat de ses amis le laisse pénétrer dans un jardin où devait bientôt venir se promener le tzar en compagnie de sa famille. Le paysan, ayant grand'peur des noô/es qui entourent le tzar, se cacha derrière un buisson. Ensuite, quand apparut enfin AlexandrelII, avec 1 impératrice et son fils, le paysan surgit soudain de sa cachette et tomba a genoux en tendant au tzar la pétition. Onpeuts'imaginerl'effetde cette scène inattendue L impératrice tomba évanouie. L'entourage se jeta sur Je prétendu niliiliste, le roua de coups et l'amena aux arrêts L affaire, pourtant, ne tarda pas à s'expliquer a a confusion générale. Naturellement, l'empereur voulut effacer l'impression produite sur le paysan par cette scène de frayeur. Il le fit venir, l'écouta et ordonna une enquête sur l'affaire. Pendant un certain temps, les paysans triomphent. Mais l'enquête ne pouvait dévoiler que ce qui avait eu lieu, c'est-à-dire l'envahissement par eux de terres qui ne leur appartenaient pas et ensmte leur résistance par la force aux autorités. Le cidevant solliciteur comme fauteur se trouva le plus coupable et fut mis en prison. On ordonna îa démolition de bamosioiovka. Voilà quel abîme il y a entre la loi et les Idées du peuple. Les paysans ne voulurent pourtant pas céder a la violence, car ils considéraient cela comme une violence, et seule la troupe, qui cerna le village et aillit 1 exterminer par la faim, put mettre a exécution ie jugement. Maintenant sur l'emplacement naguère occupe par le populeux village - au-dessus des ruines de ses maisons incendiées, souffle de nouveau le libre vent des steppes, et seules les chauves-souris, tapies dans les tuyaux des cheminées, peuplent ce lieu de désolation.

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Ce Côté de notre question agraire, il est impossible de le perdre de vue, quand on étudie les émeutes des paysans. Leurs théories au sujet de la terre sont en complète divergence avec celles de la loi. Dans le langage habituel des paysans, jusqu'à nos jours le mol vendre quand il s'applique ù la terre, est synonyme de louer; on dit- «/«/ vcndupour dix ans.» L'idée de la propriété agraire n'entre pas dans l'esprit du paysan, et l'idée des droits de l'agriculteur à la jouissance de la terre, est au contraire très vivace : « Que notre gouvernement est sot. Pourquoi ne nous donne-t-il pas de terre ? voyez quelles terres restent incultes chez X. Y. Z. (il nommait les gentilshommes de la localité). Et moi je n'ai pas une parcelle qui m'appartienne. ]e ne comprends pas comment il le tolère. Se peut-il que le gouvernement ne comprennepas, que j'ai besoin de terre?» C'est ainsi que discourait un sergent de ville en retraite que je connaissais, individu qui jamais de sa vie n'avait entendu aucune propagande subversive. Comment le gouvernement pourrait-il satisfaire des exigences, qui ont pour sources de telles idées, sans produire une perturbation générale des rapports agraires' Seule la nationalisation du sol calmerait les paysans et inaugurerait un régime équitable à leur point de vue. Calmer et satisfaire ce peuple, un gouvernement réellement srand pourrait seul le faire, un gouvernement qui ne craindrait pas les grandes mesures, qui saurait comprendre la vie nationale et la situation de son pays, et qui ne se laisserait pas intimider par la question de savoir, si en Europe ou en Asie on a jamais fait ce qu'il lui incombe de faire et qu'on peut au-

jourd hui facilement décréter en Russie. Le gouvernement actuel est à coup sûr à mille lieues de ces idées subversives Nous avons déjà vu qu'il agita leur encontre. Certaines demi-mesures piteuses, destinées a garantir la possession du sol aux paysans, ne sont prises que, lorsque ceux-ci commencent à s'insurjçer.et les révolutionnaires se servent de l'indifférence gouvernementale pour ce peuple comme d'un moyen d'agitation.

Cette contradiction entre les tendances populaires et les tendances gouvernementales rendrait impossible le maintien de l'ordre, même dans le cas où le gouvernement ne voudrait que soutenir la loi existante et non plier le pays sous l'arbitraire. Or, nous avons vu dans quelle situation se trouve le gouvernement lui-même etcomment l'arbitraire enfreint partout librement la loi. La situation du paysan devient absolument insupportable. Il patiente longtemps ; longtemps il croit que d un moment à l'autre viendra enfin l'heure du triomphe de la justice. Mais le temps passe et tout ne fait qu'empirer. Alors les désordres commencent déplus en plus prononcés. Parfois il serait difficile de voir à ces désordres un but quelconque, une raison. On y voit seuement la lassitude de supporter cette situation que les nerfs ne peuvent plus endurer: on y voit la réaction de leur sensibilité maladive à chaque sensation. Ln état d esprit séditieux se produit et amène les éclats les plus inattendus, 'les plus inexplicables. Le jour même du sacre de l'empereur régnant, des désordres se produisirent dans divers endroits de la Russie- ils njavaient en apparence aucune cause immédiate, si' ce n est que des forces policières considérables avaient

été enlevées à la surveillance locale et transportées à Moscou pour la sauvegarde du tzar.

A Saint-l'élersbourg, la foule, excitée par la boisson, ima-inade battre les nobles... Cette idée se propagea sponlanémonl par toute la ville. Les désordres eurent un caractère purement scandaleux. Le? ouvriers arrachaient aux uens convenablement mis leurs chapeaux, les forçaient a crier hourra et cherchaient l'occasion de les battre. La police intervint en faveur des maltraités; cela ne fil qu'exciter davantage la foule. In des commissaires fut tellement roué do coups que. plus.eurs jours après, il mourut. Le préfet de police Grosser luimême fut battu, et ce ne fut que par la fuite qu'd échappa a la foule. A Odessa, le festin offert a la population, a l'occasion du couronnement, ne lui plaît pas : elle se met a défoncer les tonneaux : la bière et le kvass inondent la place. La police veut arrêter ces démonstrations inconvenantes : la situation empire. La foule entre en lutte avec les Cosaques: des deux côtés, plusieurs hommes furent blessés; on parla même de tués. A Oufa, la foule, gorgée de vin, se mit aussi a battre les nobles. Â Slerlitamak. la foule entre par force dans un cercle où, a l'occasion du couronnement, avait lieu un festin, chassa la société et mangea elle-même le repas. A Rostov éclatèrent, au moment du couronnement, des désordres antisémitiques, pendant lesquels la foule saccagea aussi beaucoup de maisons appartenant a des chrétiens. Ensuite elle se dirigea vers la prison qu'elle voulut prendre d'assaut, probablement dans le but d'élargir les prisonniers. La s'engagea une vraie bataille entre la foule et la troupe, qui avait cerné de tous

côtés la prison. La foule fut vaincue, dispersée...

Dans un grand nombre de ces cas il est inmii. a

prétexte fout accidentel Voici ceaJZ ""

a Saint-Pétersbourg. Un se ^nrd , S^:ai?:u poste un cocher de fiacre Pour infraction j^net^'^J egiement : je crois que c'était parce que' ie coc eïï tenait debout près de son rl,o,-.,i i„ x . ^"^-'lei »e

à se tenir is^i ,, • ) '"".*;'"'^''' ('^ règlement les oblige d .e tenu a., , .u,. Jeurs siègesj. Le cocher, qui craignait

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sergent : puis la foule soulevée l'arrête, Je menacT i qu 1 rende la liberté au cocher. La foule é.ai s fur el que le sergent et ses camarades accourus a son "é ou forent pour plus prudent de céder. Les uvi"e em* prièrent en triomphe le cocher en criant : ouït" nous lavons emporté! » et invpnv ;i, , j- "°""^^tous côtés. «^''Jo^eux, Ils se dispersent de

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A Khmov (gouvernement de Tchernigov), la foule

entre en fureur à propos d'une querelle survenue entre un marchand et un ouvrier acheteur (tous les deux russes) et se met à saccager les boutiques, non seulement celle qui appartenait à ce marchand, mais toutes celles qui se trouvaient à portée. « Frères, crièrent les marchands, n'avez-vous pas honte de maltraiter les vôtres, les orthodoxes? — Cela nous est égal, cria-t-on de la foule, eh bien, donnez-nous des Juifs! Les vieux croyants sont encore pires que les Juifs... » Les marchands étaient probablement de vieux croyants. Cet état maladif des esprits aussi prompts à se révolter que renfant Test à frapper la pierre qui le heurte, sans réfléchir si cela a le moindre sens commun, s'est reflété en partie dans les désordres mitisrmUiques. Je dis en partie, car c'est la un fait très compliqué engendré par mille causes diverses.

Dans les pays qui servirent de principale arène aux désordres antisémitiques, les Juifs composent le contingent principal des plus implacables exploiteurs, et, en outre, leur conduite envers le peuple est on ne peut plus provocante, grossière jusqu'à l'inouï. Le mépris du paysan sonne dans chaque parole. Lorsque après les premiers désordres, la troupe qui les avait réprimés, frappait cruellement la population de ses fouets, les Juifs ne purent se retenir de railler les paysans. « Ah î sont-ils bons, les fouets? Recommencerez-vous à battre les Juifs? » Sans doute tous les Juifs ne sont pas des exploiteurs, sans doute il y a parmi eux des gens honnêtes, mais quand le peuple voit que sur 100 de ceux qui le grugent, 77 ou même 96 sont Juifs, il confond facilement, surtout quand viennent à la rescousse les superstitions

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niev Va., r Y ? • ^"»"^^n'«' Kiev, Kicheniev Va, ilkov, Jmennka, Fastov, Nicolaiev, Odessa Smiela, Lozovaia, Romny, Volotchisk, Bié io^ ïa P^eneiaslav Niejin, Loubny, Borzna. Cette ^ atn

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En 1883 de terribles désordres antisémitiques se nrc

^t:^r^ Novomoskovsk, EkJtéHn X, Kruoi-Rog, Kl.arkov et eurent leur contre-coun inat tendu au cœur de la Russie •. \;,n; v "•'*'/°"P '"»'"

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mioil ^°rf ''"ï" ''^^'P'^^^^^^^^'l^^ttu.^Pourquoi donc est-U plus facile de battre le Juif? Ici la res-

ponsabilité incombe enlièremenlau mmislère du comte îghnatiev, formé par le tzar en 1881. Ternfié par le. événements du 1/13 mars, voyant partout en Russie une e trême surexcilation morale, le ministère du corn e glnatiev eut la pensée de détourner l'attent.on de a lété et du peuple ûxée sur la politique en ravivan sentiment national. Tout notre malheur est dans le. TZiers. il faut relever le Russe : le mimstère popularisa bruyamment cette idée. Dans un grand nombre de journaux, qui reflètent toujours la politique gouverne- .i.entale,'ilVrut une multitude d'articles dmgesconre tous les étrangers, surtout contre les Juifs. Ce, en. fu ent si bruyants, que dans le peuple le bruit courut même, répandu partout et très tenace, quele gouvernement ordonnait de les exterminer et de les cha..er. C et en ce sens qu'on commente dans l'Ukraine le manifeste où le tzar parle de la nécessité très urgente de débarrasser le pays des émeuliers et de la rapine. « La rapine, disaient entre eux les Petits Russiens, mais qui la pratique, sinon les Juifs? Quant aux émeulkrs [hramMs), cela est encore plus clair : c'est des boutigmcrs ^«niks) qu'il s'agit, c'est-à-dire encore desJmfs. >> Le. Petits Russiens ne comprennent pas le vieux motKramohiik Les concurrents russes des Juifs en voleries profitèrent de l'état d'esprit dans certains endroits : ils excitèrent le peuple et pour se débarrasser de leurs concurrents et pour détourner d'eux-mêmes son attention .

Partout la politique que le comte Ighnatiev pratiquait dans les hautes sphères avait son contre-coup. La haine du peuple pour les Juifs donnée, celte politique ne pouvait rester sans succès. Les désordres com-

LA RUSSIE POLITIQUK

fiance du tzar et immédiatement après Ta'élT répression du mouvement révolutionnaire dans ... .' avec un véritable pouvoir dictatoriars He n^ v certes était censé -"eprésenterlapolitique du g uv rn'e' ment, au lieu d'accuser, semble plutôt défendre ceux ai avaientma fraitéles Juifs.LeprocureurdépTor b enZ^^ dans la salle d'audience l'exploitation des JuTf la si tuf r intolérable du peuple... Ses discours s'iniprimn" e cor^rnentent. Une députation juive s'adre "f 'coL" e Ighnat.ev , implorant un secours contre 1^^ ''"'^^'^

redoublées de la foule Le cZT^J^ r ""ï"''

A/. » .■ 'uuie. i^e comte Ighnatiev réoond h la

députation que la frontière oceidlua/e de la Ru se et ouverte aux Juifs. Le gouverneur général Drenteln quand la députation lui est nré^PntA« .. "^^^'■^^^^ àl'iniurier 11,,;.. , ^7' ^»^°*é«' commence aussi

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nisLT'? 1? '"'''''''"' ^' '''' '' 1"'^ût fait le ministère, SI le mouvement antisémitique avait pris un

t^SratlT"; '-'--^^'-%^- quîeûT/étourné 1 attention du peuple des questions politiques et sociales. Mais cette expérience n'a pu avoir lieu Les paysans excités par le mouvement, saccageant le

bien des Juifs, crièrent dès le début : « C'est notre sang. » Ils ne rappelaient pas le souvenir de Jésus crucifie par les Juifs. Dès la première heure ils disaient : « ^ous commencerons par chasser les Juifs, puis les nobles ; ensuite les prôtres auront aussi leur dû. » Le caractère social du mouvement devint a son tour éclatant, ce qui effraya ceux qui l'avaient suscité, ou tout au moins 1 avaient vu avec plaisir. Les organes conservateurs se mirent a crier (lue les désordres antisém.tiques étaient le fait des socialistes, qu'ils étaient une école où le peuple se formait a la révolution. Le gouvernement reprima alors les désordres avec une sévérité extrême. Dans le Sud et a Varsovie, en six mois, on arrêta 68-X5 émeutiers, dont 5l(Jl furent traduits devant les tribunaux. Les alfaires de ce genre sont jugées, par ordre de l'empereur, sans allcndrc leur tour et les procureurs appelèrent l'attention des jurés sur cette ordonnance comme sur la preuve que le gouvernement réclamait une énergie particulière dans leurs verdicts. Partout les fouets des Cosaques sifflèrent contre le peuple ameuté, partout retentirent des décharges de fusil.

Le mouvement anlisémitii[uc se calma, mais il est douteux que ces représailles l'aient étouffé, car simultanément, avec l'affaiblissement de la persécution des Juifs proprement dits, commence avec plus de force le mouvement agraire. 11 est beaucoup plus probable que les émeutes populaires suivirent ici tout simplement la loi intrinsèque de leur développement, qui s'était manifestée par la formule : « Nous commencerons par exterminer les Juifs, puis les nobles ; ensuite les prêtres auront aussi leur dû. »

J a. déjà dit plus haut que les émeutes et les protestations partielles des paysans se multiplièrent dans la période qui suivit de très près l'émancipation. Les paysans semblent désespérer de trouver défense pour leur cause auprès des autorités légales, ils commencent à recourir de plus en plus souvent à leur propre force Celle ci s'exprime par exemple par l'incendie des blés et des Joins des propriétaires agraires et des riches koulaks assassinat des gardes et des forestiers, et ainsi de suite' Le coq roye (l'incendie) voltige par toute la Russie.' Vers le début du règne d'Alexandre III, cette adtation atteignit une lorce particulière ; elle parut débordée par un torrent d'émeutes qui, au début, furent antisémiliques. Depuis, le couronnement d'Alexandre III semble avoir donné une nouvelle poussée à J'aeitation.

Lors de ce couronnement, TEmpereur^qui y avait convoque huit cents représentants des paysans, eut l'imprudence de les recevoir très peu hospitalièrement. «uelques-uns des maires convoqués à la fête racontèrent ensuite avec indignation qu'on les avait installés comme un troupeau dans la première caserne venue sans même se préoccuper de leur entretien. Eux, confiants dans l'hospitalité de lEmpereur, n'avaient pas eu la précaution de se munir d'argent. En plusieurs cas, ils lurent obligés de recourir à l'assistance de leurs compatriotes, présidents des chambres du Zemstvo, venus aussi pour le couronnement. Plus tard, quelques-uns de ces présidents présentèrent au Zemstvo des comptesrendus officiels des sommes qu'ils avaient dépensées pour l'entretien des maires. Au surplus, les maires furent également mécontents de la conduite des courti-

sans envers leurs personnes. Pendant leur présentation au tzar, ils entendirent des remarques railleuses dans la foule des courtisans : « La voila, la Russie! » Le ton méprisant ne leur échappa point. Enfin, après la cérémonie du couronnement, au moment du festin offert aux maires, l'Empereur lui-même fit déborder la coupe. Ce fut une étrange scène, tout à fait incompréhensible de la part du souverain. Les représentants de la noblesse figuraient parmi les convives. L'Empereur s'adressa tour a tour aux nobles et aux paysans et prononça deux discours qui semblaient avoir pour but spécial de mettre en relief sa prédilection pour la noblesse : « Je suis très content de vous voir encore une fois, ditil aux paysans, je vous remercie de tout mon cœur de votre cordiale participation à nos solennités auxquelles la Russie entière a pris une part si chaleureuse. Quand vous aurez regagné vos foyers, transmettez à tous ma cordiale gratitude, suivez les conseils et la direction dc^ vos maréchaux de noblesse, ci ii ajoutez aucune foi aux bruits absurdes et insensés sur les partayes des terres, leur augmentation gratuite, etc. Ces bruits sont propagés par nos ennemis. Toute propriété, de môme que la vôtre, doit être inviolable. Que Dieu vous accorde la santé et le bonheur. »

Ensuite l'Empereur s'adressa aux nobles : « Je vous remercie de votre fidélité. J'ai eu toujours pleine confiance dans les sentiments sincères de la noblesse, et j'espère fermement qu'elle sera toujours comme par le passé, le soutien des intérêts du trône et de la patrie. Que Dieu vous donne de vivre en calme et en paix. Je vous remercie de tout mon cœur. »

Ainsi, pour les paysans il n'y a que remontrances et ordre d obéir aux nobles. On ne trouve n^ême pas nossible de les remercier de \^m fidélité; on les remercie comme des étrangers, de leur participation aux so' lenmtes. Us nobles, au contraire, sont le soutien des intérêts du trône et de la patrie, le tzar a toujours eu foi en eux. Il est difficile de comprendre quel besoin le souverain avait de prononcer ces discours blessants pour le peuple et ^'un profit très problématique pour la noblesse qui n'existe que grâce à la foi du peuple dans le tzar. ^

Un nombre considérable de paysans, comme je l'ai déjà dit, ne croient pas que le tzar ait réellement pu prononcer de tels discours ; mais comment ils le furent en présence de huit cents témoins paysans, beaucoup durent y croire. Et puis, du couronnement, les paysans attendaient Dieu sait quelles félicités et bien entendu leur bien-aimé partage. Par le fait, le tzar combla de gratifications les nobles seuls. Tout ce qu'il donna aux paysans, c'est la réduction de la capitation dont la suppression complète avait été décidée depuis un an déjà Pourquoi l'Empereur n'a-t-il pas profité de son couron^ nement pour accorder au moins au peuple ce présent d'avènement? ^

Cette conduite incroyable rendra certainement très perplexe \^, historiens de notre temps. Mais, il est clair qu elle ne put manquer d'influer sur le redoublement de i agitation des paysans. Dans les gouvernements entiers, le peuple fut ému par le bruit que le tzar aurait 1 intention de rétablir le servage. \\ est à remarquer que ces bruits coururent dès le 1/13 mars 1881 tô-

moignant à quel point s'était affaiblie la confiance du peuple dans l'autorité du tzar. Les bruits et les commentaires répandus dans le peuple ù l'occasion de a mort d'Alexandre II, furent bien singuliers. Ici la foule chfitia les insultes au tzar, la elle l'insulta elle-même. J'ai déjà indiqué l'accentuation de ces dispositions hostiles après le 1/13 mars. Le plus souvent on disait ceci • « Il n'a que ce qu'il a mérité, etc. » tréquemment encore, le peuple expliquait la'mort du tzar par un châtiment que Dieu lui avait inHigé pour ses péchés. Ainsi à Saint-Pétersbourg, une concierge me disait : „ C'est parce qu'ayant ù peine enseveli sa femme, il en épouse une autre (la princesse lourievskaia). » Ln Vieux Croyant racontait dans un uagon, que Dieu permettait les attentats ù la vie du tzar en pensant que „ peut-être il se raviserait. » Dans le gouvernement de Kiev, c'était la légende suivante qui circulai: « On tire sur lui une fois, Dieu le sauve ; on tire une seconde fois il le sauve encore ; il arrive de même la troisième fois' Alors Dieu manda saint Nicolas et les autres saints et leur dit : « Que dois-je faire pour le tzar il ne veut pas se défendre lui-même? Assurément il fait au mai aux gens, puisqu'ils tirent sur lui. Si maintenant .1 ne se repent pas, je ne lui viendrai plus en aide, qu on le tue. ..Dans le gouvernement de Voronéj, raconte un voyageur, les bruits sur la mort du tzar varient, les uns disent que ce sont les nobles qui l'ont tué, les autres hésitent : <' Peut-être, c'est pour nous venger? . Un rencontre même l'opinion que le tzar a été tue par les étudianls, amis des paysans. Dans une réunion de sectaires, l'un d'eux déclara, que le meurtre du tzar,

antéchnst était un acte de haut mérite et que si les révolutionnaires n'avaient j.as la force de frapper l'antec/mst une seconde fois dans la personne d'Alexandre III, les chrétiens devaient se charger de cette mission. La réunion déclina la proposition, mais elle écouta jusqu'au bout ce violent discours. Bref, on ne trouve dans le peuple aucune compassion spéciale pour le tzar et la moyenne de l'opinion a été assurément le mieux exprimée par une vieille villageoise : ,< Pourquoi, maman, ne vas-tu pas a l'église assistera la messe funèbre de 1 empereur? lui demandait un passant. Tu ne le regrettes donc pas? - Et pourquoi le regretter? répondit la vieille, celui-ci est mort et il y en a déjà un autre. INous en avons assez de nos propres chaffrins. ..

Prenant possession du trône dans de telles circonstances, l'empereur Alexandre III ne s'empressa pas de relever la popnhirité des tzars, il en hasarda même les dernières épaves. Quoi qu'il en soit, résultat ou non des discours du tzar, l'agitation redoubla. On la réprima. Une des plus révoltantes répressions, qui ruina l'immense volosl de Vilcliana, eut lieu presque le jour du couronnement. Battus par les soldats les paysans se vengèrent par des incendies. « Les incendies deviennent à la mode, .. écrit-on de Kichiniov aux journaux. « Ce qu'il y a de particulier dans les incendies de Zolotchev, lisons-nous ailleurs, c'est que les flammes détruisent les domaines des gens riches... C'est qu'on met le feu aux propriétés des'gens détestés' r/w opprunejit trop les pauvres » . Dans le district de Dmitriev, c'est aussi par la malveillance qu'on expliqua les incendies qui dévastèrent les biens des propriétaires

On écrit la même chose de Rylsk, de Slavianoserbsk, etc On trouve une quantité de renseignements analogues dans les journaux russes. Mais les incendies sont encore la plus douce expression de la colère populaire. Des attaques directes contre les propriétaires ne son pas rares, et dans divers endroits ces attaques produisent une telle panique, qu'ils abandonnent leurs domaines. Des faits de ce genre eurent lieu dans les provinces de Piriatin, Vierkhniednieprovsk, Sosnitsa, etc. Ce mouvement est à l'état aigu dans les gouvernements du Sud qui avaient été l'arène principale des désordres antisémitiques. Dans la province de Novomoskovsk, le mouvement contre les Juifs se produisit simultanément avec les attaques dirigées contre des propriétaires fonciers. En septembre 1883, les paysans s'adressèrent a un propriétaire et lui demandèrent de leur céder gratuitement ses terres : « La terre nous manque, disaientils, nous n'avons presque rien à cultiver. Les impots sont nombreux ; nous n'avons pas de quoi les payer et nous-mêmes nous manquons de pain. » Ces raisons ne parurent pas convaincantes au propriétaire ; il s'empressa d'avertir l'ispravnik. Arrivé au village ce fonctionnaire déclara aux paysans que leurs exigences étaient illégales et rappelâtes paroles prononcées par l'Empereur le jour du couronnement « Ce n'est pas vrai, s'écrièrent les paysans, les maires ont certainement mal entendu ». Ensuite ils prièrent l'ispravnik de leur indiquer ou s'adresser pour obtenir une augmentation de terre. Comme ces prières demeuraient sans fruit, les paysans commencèrent à s'agiter dans différents endroits de la province. Us enlevèrent aux propriétaires le bétail, les

instruments aratoires, les récoltes enfermées dans leurs greniers, labourèrent les terres appartenant à ces propriétaires. On raconte qu'un propriétaire s'effraya et signa un acte par lequel il leur aliénait ses terres Ce mouvement fut étouffé par le gouverneur avec le concours de la force armée.

Les événements qui eurent lieu dans le gouvernements d'Oufa ne sont pas moins caractéristiques. La noblesse de ce gouvernement fut même obligée de s'adresser en 1883 ù l'Empereur, pour le prier de «prendre des mesures pour le rétablissement, dans le gouvernement d'Oufa, de l'ordre qui y était ébranlé, et pour la défense des droits agraires des nobles conlre les violences qui augmentaient dejourenjour '. » Nous empruntons plusieurs faits à ce curieux document. Au printemps de 1883, la maison du gentilhomme Tcherniavsky fut incendiée avec ses dépendances, et tous les habitants de cette maison, au nombre de cinq, tués. L'intendant disparut sans laisser aucune trace ; toute la récolte du propriétaire fut enlevée des greniers ; on ne put découvrir les coupables. Au gentilhomme Rail les paysans, Jadisserfsdesaferame, vinrent déclarer qu'ils avaient décidé de s'approprier un lot de son domaine grand de 30 déciatines, et qu'ils en jouiraient malgré tout. Chez le gentilhomme Fok, les bachkirs du voisinage vinrent en foule, détruisirent ses forêts, tuèrent plusieurs gardes forestiers, et par leurs menaces effrayèrent à tel point M. Fok, qu'il abandonna sa maison et

1. Arrêté de rassemblée de la noblesse d'Oufa, 27 juillet 1883, présente au ministre de l'intérieur et porté par la noblesse à la connaissance de Sa Majesté. Messager Je la Volonté du Peuple n» 4

ses terres pour s'établir à Oufa. Le prince Tchingh.se fut même empêché de fréquenter ses propres terres, par les violences de la population. Chez le propru^u.re lermalov, une foule de paysans envahit les champs, en chassa les ouvriers, déclarant qu'eu., paysans, prenaient possession des terres. Et, quand l'intendant vmt les paysans lui portèrent de graves blessures avec leurs

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Une multitude de faits de ce genre ont été constatés par les marochauxde la noblesse des provinces de Oufa, Birsk. Sterlitamak et Rélébéy.

L'absence d'intelligence politique développée ne permet pas au peuple de se poser un but précis et dès lors de s'organiser. Le gouvernement, maigre les terribles éclats du mécontentement populaire, préfère en conséquence compter avec des éclats épars plutôt que de permettrez formation d'un parti paysan régulier ayant un programme net qui pourrait grouper des forces considérables. Cependant, il faut remarquer que les incendies et les crimes agraires commencent a se systématiser; les paysans, qui ne sont P^^^^™ organisateurs, forment déjà parfois des bandes r guliè^res • on l'a remarqué pendant les désordres antisémitiques, au cours desquels les attaques des émeutiers, leurs mouvements en ordre, leur aptitude à se disperser au moment nécessaire pour se reformer ensmte dans un endroit où il n'y avait ni police, m troupe, donnait involontairement l'idée d'une certaine orgamsation dirigeant la foule. Cela sautait tellement aux veux que parfois l'on attribuait les désordres aux révolutionnaires. Ce qui est encore plus étonnant, les

paysans eux-mêmes le pensèrent parfois ! Cependant il fallut abandonner sans retour cette idée lorsque de nombreux jugements eurent irréfutablement démontré qu'aucune sorte de révolutionnaires ne se trouvaient niêlés aux désordres. Evidemment la foule apprend a s'organiser elle-même. Cela devint encore plus clair quand on incendia systématiquement les propriétaires. Dans la province de Slavianoserbsk, en etfet, les incendiaires détruisirent successivement des fermes appartenant aux propriétaires et réussirent toujours a échapper aux poursuites de la police. Enfin, 'dans les derniers temps, ces organisations sont dévoilées par les enquêtes judiciaires. Nous voyons même figurer un juif parmi les membres de la société secrète formée de paysans et ayant pour but, au dii-e de l'acte d'accusation , l'accomplissement de crimes agraires, et au nombre des victimes de cette société nous trouvons également dos juifs et des koulaks orthodoxes. Ce fait est extrêmement significatif. Il semble indiquer que la transition définitive des troubles antisémitiques en troubles agraires est prête de s'accomplir. Ainsi, l'impossibilité absolue de former des partis paysans qui auraient pu prendre part à l'activité politique, porte dans le peuple les mêmes conséquences qu'elle a produites dans les sphères supérieures. Le peuple s'organise en sociétés secrètes et a recours à la terreur. Mais il est certain que, pratiqué par un peuple de tant de millions d'âmes, ce système, s'il se développait, menacerait la tranquillité publique de dangers infiniment plus grands que s'il n'avait pour terrain que la classe éclairée.

Il est aisé de se figurer la situation difficile du parti

libéral en Russie. . ,

D'un côté, le gouvernement autocrate jusqu a la moelle des os, jaloux de son autorité et en même ternps incapable de donner au pays un régime supportable ; d'un autre côté, lesrévolutionnaires désespérant complètement des moyens d'action pacifique et ne reculant pas devant les mesures les plus extrêmes: laterreur etle réeicide. En dessous, la masse populaire, lésée, opprimée, humiliée, exaspérée, employant les ressources dernières, l'incendie, les crimes agraires, les émeutes... Quel programme libéral peut-on tracer dans de telles conditions? Y a-t-il même place dans un pays pareil pour des libéraux et les circonstances n'indiquent-elles pas l'impérieuse nécessité de ne pas tolérer plus longtemps ce marasme et d'extirper d'une main énergique 1 absolutisme pour déblayer le terrain des labeurs légaux et pacifiques? C'est ce que pensèrent de nombreux libéraux repentis en se joignant aux révolutionnaires. La tradition des troubles révolutionnaires et surtout des complots est cependant trop récente en Russie pour que nombre de gens fussent aptes à raisonner de la sorte. La dictature des tzars pendant des siècles, pendant toute la période durant laquelle la Russie s efforçait d'atteindre ses limites naturelles, avait été indispensa-

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