Almanach de Hoppe
avant-postes de lu nation recevaient les premiers chocs destribus nomades et elles le faisaient chèrement payer aux Tartares. Tels furent dans l'Ukraine polonaise les Zaporojhi et dans la Grande Russie les Cosaques du Don, du Térek, du laïk et du Volga.
La témérité de ces colons est vraiment stupéfiante. Les Cosaques du Don, par exemple, occupèrent les fortHs et les cannaies de \mr paisible Don au temps que toute cette ré-ion appartenait encore aux Khans de Crimée et aux Sultans de Turquie qui faisaient trembler l'Europe comme le Tsar moscovite. Souvent le Khan de Crimée et le Sultan firent au Tsar des représentations au sujet de l'insolence des Cosaques et exigèrent leur éloignement. Le gouvernement moscovite répondait que ces Cosaques étaient des larrons, qu'ils occupaient les bords du Don sans aucune autorisation et que le Khan et le Tsar pouvaient les exterminer quand il leur plairait. Le Khan et le Sultan se le tinrent pour dit et déployèrent tous leurs efforts pour exterminer les Cosaques — ce qui fut plus d'une fois la cause de vé- ' rital)les guerres. Ainsi le célèbre siège d'Azov est une date mémorable dans l'bistoire du Don. Azov — forteresse turque qui fermait aux Cosaques l'accès de la mer où ils allaient piller les vaisseaux, ^ fut prise par les Cosaques à la suite d'un audacieux coup de main. Le gouvernement turc, résolu à punir cette horde téméraire, envoya deux armées de plus de cent mille hommes reprendre Azov et exterminer les Cosaques. Deux fois ses efforts aboutirent à un échec. Cette lutte héroïque nous transporte au temps des exploits épiques des chevaliers de Malte.
Endurcis par les privations, les Cosaques formèrent une race* invincible qui semblait comme forgée d'acier. Aujourd'hui encore, les Cosaques du Don étonnent l'observateur par leur haute stature et leur force, quoique leurs vieillards trouvent que maintenant les hommes sont devenus faibles.
Les Cosaques du Terek et du laïk ^ s'avancèrent plus loin encore dans le fond de l'Asie. Une poignée des premiers, entourée de tous côtés par des nations ennemies, atteignit peu à peu le pied du Caucase. Les seconds, défiant comme à plaisir les nomades à la lutte, établirent leurs colonies de façon qu'elles coupèrent en deux dans toute leur largeur les terres de ces tribus et se laissèrent séparer de la Russie par les nombreuses hordes de Kirghis. Ce sont de môme des bandes cosaques, commandées par le célèbre ataman lermak Tiinofieévitch, qui passèrent la chaîne de l'Oural et conquirent la Sibérie.
J'ai dit plus haut que souvent, dans les moments difficiles, le gouvernement russe abandonnait les Cosaques à la merci de leurs ennemis. Et pourtant ils rendaient d'énormes services à la Russie. Les terres, situées derrière leurs lignes, étaient peu à peu peuplées par de paisibles cultivateurs. Ainsi, d'énormes territoires devenaient la propriété de notre nation. Les Cosaques — le fait est à remarquer — ne perdirent jamais conscience des liens qui les unissaient à la Russie. Sé-
1. On nommait alors ainsi le fleuve, connu maintenant sous le nom d'Oural grâce à Catherine II, qui désirait anéantir tout souvenir de la révolte de Pougatchev commencée chez les Cosaques du laïk.
narés d'elle par des milliers de lieues, devant tout à leur seule énergie, ils continuaient à se regarder comme faisant partie du peuple russe. Et cela élabhssa. forcement un lien entre eux et le gouvernement de la Russie. Dans l'immensité des forêts (taïgas) et de steppes de la Sibérie, les bandes de Cosaques cherckaient les terres du 7--.«;- et quand ils occupaient une région quelconque, ils ne" manquaient pas de l'annoncer au gouvernement
moscovite. ' i • x i . ;
11 va de soi que les services qu'Us rendaient volontairement a la Russie n'étaient pas le seul but que poursuivaient les Cosaques : ils cherchaient le butin, la gloire et surtout une vie indépendante, mais en même temps ils n'ignoraient pas qu'ils servaient les intérêts de la Russie. Ainsi lermak, quand il entreprit la conquête de la Sibérie considérait ce fait comme un exploit destiné à racheter ses péchés.
Tout en servant le gouvernement, les Cosaques n avaient pas pour lui de sympathie. Une indépendance illimitée et une liberté républicaine régnaient chez eux. Ils détestaient le despotisme des Izars et surtout celui de leurs voïevodes. Ils firent plusieurs tentatives pour renverser leur gouvernement pendant le Temps des Troubles, lors de la révolte de Stenka Razme et de celle de Pougatchev. Mais comme ils ne voulaient pas se détacher de la Russie, les Cosaques étaient iatalement obligés à reconnaître l'autorité qui la gouvernait. Sous Pierre le Grand, une partie des Cosaques du Don, refusant de souffrir la restriction de leurs fmnchises, passèrent en Turquie. Le Sultan les accueillit avec empressement, leur donna des terres et la pleine
liberté de se gouverner à leur gro. Malgré ces avantages, ces Cosaques (les Nieckrassovtsi) supportaient difficilement la pensée qu'ils servaient l'ennemi de leur patrie : la plupart d'entre eux retournèrent ensuite en Russie. Leur aide fut très utile à l'Empereur Nicolas I'^'' dans les victoires qu'il remporta sur les Turcs.
Les Cosaques n'étaient nullement brigands de profession. A dire vrai, ils rançonnaient la Crimée et la Turquie, s'approchaient dans leurs barques de Constantinople, dévastaient la Perse, parfois pillaient les marchands russes, mais en même temps ils travaillaient. Les fleuves des Cosaques — le Dnieper, le Don, le Volga, l'Oural — regorgeaient de poissons ; les steppes vierges étaient de riches pâturages. Les Cosaques s'adonnaient ass'dûment à la pêche et à lélève des troupeaux. Quand leur position devenait plus assurée, ils cultivaient les champs.
Par son organisation intérieure, chaque armée cosaque semblait une énorme commune se gouvernant ellemême. Toutes les affaires étaient à la décision des Krourjs de villages et des Krowjs de l'armée (assemblées.) Toutes les autorités étaient nommées à l'élection. Les terres des armées appartenaient à toute la communauté ; l'exploitation de certaines industries se faisait en commun : pour les pêches sur l'Oural, par exemple, l'armée entière se réunissait et agissait dans un ordre régulier. Les stanitsi (villages) des Cosaques s'étendaient partout. De la sorte* ils ne se bornaient pas à accroître le territoire de la Russie, ils cultivaient les régions conquises et leur donnaient une organisation sociale.
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A mesure oue la puissance des Cosaques croissait, le .ouvernemenl russe s'appliquait à chercher les moyens dVir ^ureux. 11 avait beau, en cas de complication, dip oniatiques. ne pas les avouer pour ses suje-s : sous Z\n il leur venait souvent en a'.de en leur fournissant des armes et des munitions. Peu à peu, il commença a les leur fournir réguli.^remenl a litre de solde a .vouer officiellement les Cosaques pour ses sujets ù leur donner des récompenses : en morne temps U s immisçai dans leurs affaires intérieures. Peu à peu '1 o-lj ^^ nouvelles armées et réforma les anciennes. Parfois il le soumettait par la force, mais avec précaution : 1 armée des Zanoroitsi fut même entièrement anéantie, presque sans rlsistince, sous Catherine 1 . La plus grane partie des Zaporojlsi fut transportée sur les boid» du fleuve Kouban où elle forma une nouvelle armée.
A présent l'autonomie des Cosaques, en ce qui concerne leur administration centrale, n'existe plus. De l'ataman de l'armée, il ne reste que le nom. -C'est le titre porté par l'héritier du trône. Par cette mesure bnbilde gouvernement russe a mis adroitement fin à toutes tentatives d'élire un ataman. Quant aux na/^nznoh le gouvernement les choisit ordinairement parmi les généraux russes '. Si l'on nomme à ce poste nn Cosaque, on le prend toujours dans une autre armée. Par exemple, on nomme un Cosaque du Don ataman de l'armée du Terek ou vice versa. En bonne règle, on a soin de ne nommer les Cosaques à aucune poste, même dans la direction générale de l'armée, et le gou-
,. Le nakaznoï ataman est, pour ainsi dire un adjoint, un représentant du Voiskovoï Ataman (.\taman de 1 armée).
vernemenl fait des efforts systématiques pour détruire leurs traditions républicaines et pour les assimiler entièrement au reste de ses sujets.
Pour y parvenir, le gouvernement tâche depuis longtemps de semer la discorde parmi les Cosaqujs. Ainsi il conféra la noblesie a tous les officiers cosaques, quoique le grade d'officier ne soit chez eux qu'une charge rainplie par celui qu'on élit à cette fin. Sous Alexandre 11 encore, le gouvernement distribua, à litre de propriétés privées, presque la moitié des terres des armées cosaques : il fit preuve d'une largesse toute particulière envers les officiers, mais assigna aussi de modestes domaines aux simples Cosaiiues. Et pourtant les terres des armées étaient une propriété collective qui n'était distribuée à tous les Cosaques qu'a titre de jouissance. Cette aliénation des terres aux officiers a eu pour résultat qu'aujourd'hui les Cosaques possèdent parfois moinsde la moitié des terres auxquelles ils ont droit aux termes de la loi. La politique du gouvernement a pour but de créer entre eux l'inégalité et partant l'animosité des classes pour rendre une protestation — leur droit à tous
— impossible.
Pour atteindre ce même but, le gouvernement a tenté d'établir chez les Cosaques le Zemstvo qui aurait servi à effacer toute différence entre les Cosaques et le reste delà population. L'autonomie locale des sUmitsi (villages) cosaques reste jusqu'à présent très large. Mais l'année passée, le gouvernement a introduit certaines règles pour restreindre le droit d'assistance à l'assemblée villageoise. Cette mesure prise — les droits des Cosaques deviennent moins larges même que ceux des-
paysans. Les Cosaques qui forment une sorte d'aristocratie pr.pulaire sont fiers de leur autonomie et l'on peut deviner le mécontentement général provoqué par cette mesure.
Sur le territoire, où domine la population de pure nationalité russe, se trouve aussi un certain chiffre de populations finnoise, tartare, etc., dispersé çd et là. J'ai eu déjà l'occasion de mentionner plusieurs de ces races ^ Il ne me reste ici à dire quelques mots que des deux races non russes qui méritent surtout d'éveiller l'attention de l'observateur.
Ce sont les Juifs et les Allemands :
Les uns comme les autres habitent çà et la plusieurs endroits de la Russie. Les uns comme les autres occupent une position sociale 'à part, mais dans un sens tout
a fait opposé.
La position des Allemands est jusqu'à présent, pour ainsi dire, privilégiée. On peut presque répéter aujourd'hui encore la saillie du célèbre général Miloradovitch au sujet des Allemands. L'empereur Alexandre V lui demandait quelle récompense il désirait pour ses services. Le général pria l'empereur de \q faire Allrmand.^
Les Juifs sont, au contraire, comme des parias, qui