‹ La Russie politique & sociale [microform]Chapitre 90 sur 103 · LA RUSSIE POLIT/QUE · texte numérisé non relu

LA RUSSIE POLIT/QUE

qui aurait pour mission de délibérer sur ces mesures Victor Laferto, dont le témoignage est confirmé par

cerf .ns renseignements de nos journaux, amrme même que le décret de convocation de cette assemblée fut si-né

par l'empereur presque a la veille de sa mort... Il va^'de soi,^ que tous ces plans étaient loin de ce que la Russie avait espéré. C'étaient des notables et non des représentants du pays. On ne soumettait à leurs délibérations que certaines mesures, et non la situation entière du pays. Et cette convocation, on la tenait dans un profond mystère, comme si elles eussent été l'affaire personnelle de l'Empereur et n'eussent touché en rien le pays qui attendait plein d'anxiété une solution à cette situation intolérable. Alexandre II avait^eur : il héritait Il est très probable qu'il aurait rétracté son décret convoquant les notables.

Au milieu de ses hésitations, retentit l'explosion du l/lJmars 1881. L'Empereur mourut presque subitement. Presque aussi subitement, \\lexandre ÏIF se vit maître de la Russie dans un moment qu'il est impossible de ne pas avouer fort embarrassant.

Le fait fatal dans la [question des réformes politiques en Russie est que, quand le pays se tait, fût-ce par délicatesse, les empereurs en tirent la conclusion que Ion est content, et que par conséquent il est mutile de faire des concessions. Quand le pays commence a s'insurger ou même seulement à présenter des requêtes, les autocrates trouvent que leur honneur ne leur permet pas de faire des concessions ^sous cette pression.

A l'avènement. d'Alexandre II[, la voix du pays

se prononça fort distinctement. Il doit suffire ici de rappeler les opinions émises par la presse pendant les premiers jours qui suivirent le 1/13 mars, quand le cadavre de l'Empereur se trouvait encore au Palais d'Hiver : <- La volonté du TièsHaut s'est accomplie, » écrivait /'0/v/ye. Maintenant il ne reste qu'à se courber devant l'inélnanlable volonté de la Providence et, sans entrer dans une vaine lutte avec elle, consacrer tous ses effortsu poser la basedurable de l'avenir. Ce n'est pas de la réaction pernicieuse... qu'il faut parler maintenant... Sire 1 les sévères mesures de contrainte ont prouvé leur insuffisance! Interrogez votre pays dans la personne de ses élus. .. « Pourquoi, s'écriait le Pa;js, pourquoi la responsabilité de tout ce qui se fait en Russie, des fautes économiques, des mesures réactionnaires, des déportations dans la Sibérie Orientale, doit-elle peser sur la seule personne du chef de la nation russe? Les conseillers incapables d'hier, les meneurs de la réaction sont sains et saufs et notre tzar, le tzar émancipateur, a péri! «> Puis le journal concluait: « Il faut que les mesures fondamentales de la politique intérieure soient inspirées par les représentants de la nation et que par cela même ils en aient la responsabilité. 11 faut que la personne du tzar ne soit plus a l'avenir que le sjmbole, également sympathique à tous de notre unité nationale, de notre puissance et de la prospérité croissante de la Russie.» La Voix àlimit : << De tous les faits précédents se dégage la nécessité de fonder une organisation nationale propre à contribuer, de concert avec le gouvernement à la prospérité de la Russie qui nous est si chère à tous. 11 est indispensable de reprendre les réformes

nterrompues par h sédition en appelant à l'aide les

Z't l "f °"- " ^'^ '^^'^'-"^'«"^ ^'^^levalent de toute part. Des déclarations analogues venaient des zen.stvos Dans les déclarations de condoléances envoyées à l'Em' pereur a l'occasion de la mort de son père, des allusions plu, ou moins claires à la Constitution furent faites par les assemblées gouvernementales des ze.nstvos de Samara, ^ovgorod, Kazan, Tver, Riazan. par l'assemblee dezemslvo des provinces de Soligalitch, par celles de la noblesse de Samara et de Tcliernigov. et par le conseil municipal de Kazan. Dans beaucoup d'endroits Il ne fut pas fait des déclarations de ce genre, par un sentiment de dMicatesse. comme dans le zemst.; delà laur.de qu, trouva que ce serait « manquer de tact que de parler de la Constitution au t.ar, au moment où son cœur était déchiré d'angoisse filiale. ., Ce senimenl de délicatesse était bien naturel et les révolutionnaires euv-mémes le partageaient. En effet, en envoyant a Alexandre III sa déclaration sur la nécessité de la convocation d'une assemblée constituante, le Comité Exécutifs-excuse, lui aussi, d'en parler dans un tel moment et dit que ce n'est que l'impossibilité de perdre le temps, quand la Russie se trouve dans une situation intolérable qui force le comité de méconnaître le « sentiment si naturel de délicatesse qui exieerait qu on attendît un moment plus favorable »

En dehors de ces déclarations du pays, l'Empereur avait encore en main le décret de son père, peut-être signé, convoquant les notables.

L'attention du gouvernement était, il est vrai, absorbée par autre chose : sauvegarder la sûreté person-

nellcde l'Empereur. Par toute la ville on commença dtnombrabli visites domiciliaires et de non mo.n. non.breuses arrestations, en môme temps on ber-

chuit un asile sûr pour l'î^-l^'^.".^™" nnnutleusen.enl les palais. Autour du P=' -- "^ '^^^^^^ on creusa un fossé profond, cherchant s il n j a>a. pa. que lue part une ndne. Malgré toutes ces occupation SfaUai. décider du sort du décret : !« PU ' -r ou ,v>n Si le décret semidail ■■trc une sorte de te^lam.nt

d'Alexandre II, exprimant sa «i«'-";i"-V" rf ^Mvo' rait pas convenable que son fils ne l'exécutât pa. Con o quj les notables, cela signifiait s'en.agerd un ,eul COUP dans la voie libérale. Le parti réactionnaire s agita Ce fut surtout le grand-duc Vladimir, frère du t.ar e même, on l'affirma autrefois, prétendant au tn.ne qui fit le ;ius de bruit. On dit que l'impératr ce défunte se serait pendant un certain temps bercée de l espemnce qu'elle pourrait amener Alexandre à abdiquer en faveur de Vladimir qui, dans la famille impériale, es considéré comme le plus capable. On le dit en effet tiè» éner-inue, quoique terriblement de.spote et réactionnaire" Vladimir protesta bruyamment contre toute pensée de concession et fut le premier point d appui du parti réactionnaire. Le tzar hésitait. Une semaine après la mort de son père, il convoqua en séance extraordinaire le conseil des ministres. Là éclatèrent de vrais orages. On accusa Loris Mélikov de vouloir détruire l'autocratie. Il prit feu et démontra chaleureusement que les réformes étaient indispensables pour consolider la monarchie elle-même. Quand la question fut mise aux voix, le conseil par une majorité de neuf voix

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contre cinq se prononça pour la publication du décret. L'Empereur remercia lu majorité de sa sincérité, mais s'abstint de tout acte.

Pendant ce temps, le parti réactionnaire ne sommeillait pas. De tous cotés Ton agissait sur le tzar. On lui manifestait un dévouement a toute épreuve et plein d'abnégation. Comme la question de sûreté du tzar dominait la politique du moment, les fidèles conçurent la pensée de fonder une sociélô secrète, dont le but serait de sauvegarder le tzar et de lutter avec la sédition. C'est ainsi que naquit Lientùt la Sainte Ligue. En même temps, avec l'aide de la presse réactionnaire, on produisit une active agitation qu'on devait représenter comme la marque des tendances monarchiques de l'opinion publique. La Gazette de Moscoti, Lci Soucvlles contemporaines, La linssic d'Aksakov jetèrent les hauts cris contre la sédition et les libéraux, mirent en avant des projets d'espionnage mutuel enti^e les habitants, etc. La I{ussic s'etTorçait de prouver ù l'Empereur que le trouble avait pour cause la crainte que le tzar ne fît des concessions, et que tout se calmerait, dès que l'empereur aurait solennellement déclaré à ses sujets sa décision inébranlable de conserver intact le pouvoir autocratique. On exerçait la même pression sur le tzar par des influences personnelles. A cette fin, M. Pobiedonostsev arrangea le rapprochement du tzar avec Katkov. Mais l'agent le plus utile aux réactionnaires fut Aksakov. Ce slavophile, connu pour son opposition au bureaucratisme, avait la réputation d'un parfait honnête homme, partisan de la liberté de la parole, du self-govcmment local, du

Zemsky-Sohor. Le malheur est que, chez les slavophiles, tout cela s'accorde avec l'autocratie et avec un dégoût absolu de la constitution. La Russie est un pays qui a sa civilisation propre : elle doit avoir son organisation particuli»>re grâce à laquelle l'autocratie illimitée octroiera à son gré à ses sujets le droit d'être libres. Cette tliéorie, dont l'absurdité est fort bien comprise de MM. Pobiedonostsevet Katkov à l'heure qu'il est, leur était pourtant très utile. Aksakov prouva au tzar avec une grande éloquence que son premier devoir était de garder le pouvoir absolu et ensuite à\vjir d\iprcs ses propres inspirations. Personne au monde ne comprend ce que signifie la seconde partie du programme, mais la première plaisait d'autant plus au tzar qu'elle était exposée par un homme respecté de tous.

Ainsi les réactionnaires formèrent un parti compacte, qui agissait avec ensemble et habileté. Les meneurs dirigeaient personnellement et immédiatement la masse de leurs adeptes, les organisaient et se les attachaient par l'intérêt. Les libéraux agissaient, au contraire, sans aucun accord, chacun à sa guise. Les gens d'opinions libérales étaient encore au pouvoir, mais ils n'avaient aucune attache avec leur propre parti. Pendant que les réactionnaires, dans leurs journaux, s'efforçaient de rendre de plus en plus bru^^antes les protestations contre la constitution, les ministres libéraux fermaient la bouche aux organes de leur parti pour la moindre allusion. Pendant les mois de mars et d'avril, le ministère libéral frappa les journaux de douze avertissements, trois suspensions, deux interdictions de vente, sans compter une grande quantité de défenses

de parler de telle ou telle question, entre autres de la Constitution. 11 est inutile de dire que les ministres libéraux eussent été saisis d'effroi à la seule pensée de participer ù l'organisation du parti libéral dans le but d'opérer une pression systématique sur le gouvernement. Il est vrai que les timides tentatives d'union essayées auparavant, nous l'avons vu, se continuaient au milieu du zemstvo. Mais elles étaient insignifiantes et timides. Les rapports policiers signalés plus haut, afQrment que la Liyne libérale ne refusait pas aux révolutionnaires un certain appui. Quand ils le surent, les membres du zemstvo décidèrent de se séparer complètement de la Ligue, Leur congrès à Kharkov, composé de trente membres, résolut de poursuivre seul la réalisation de leur programme. Il comprenait la représentation populaire centrale et la décentralisation de l'admmistration. Ce groupe qui prit le nom à' Alliance des Zemstvos admettait comme moyens de réaliser son but :

l'' l'influence sur le personnel du gouvernement,

2'' la propagande dans la société,

3' l'action sur la société par la presse.

Nous ne voyons là pas trace d'une quand même, par la force. Au surplus sait tout à fait isolément, se querellait Ligue Libérale, qui cessa toute action.

Au total, en bas comme en haut, montrèrent dignes les uns des autres, traînaient en longueur et raisonnaient, res agissaient.

décision d'agir le groupe agismôme avec la

les libéraux se Pendant qu'ils les réactionnai-

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L'ajournement de la publication du décret obtenu, le 8mars,le5réactionnairesimaginèrent un tour très adroit:

persuader l'empereur de faire un pas quelconque, qui le séparerait à jamais du parti de la constitution. Pour y parvenir, ils écrivirent en secret un manifeste dans lequel le tzar déclarait nettement : u La voix de Dieu nous ordonne de nous placer fermement a la tote du gouvernement, confiant dans la providence divine, plein d'espoir dans la force et la justice des pouvoirs absolus, que nous sommes appelé a consolider et à sauvegarder de tous attentats '. »Ce manifeste, copié presque mot a mot dans les articles d'Aksakov, fut, dit-on, non seulement écrit, mais aussi imprimé à Tinsu desministres libéraux, et leur tomba sur la télé comme la foudre. « C'est une traliisoQ î » s'écria Loris Mélikov, quand il eut connaissance du Manifeste... Le coup était adroit. Loris M-'^ikov crut de son devoir de présenter sa démission. Quant à l'Empereur, il ne comprenait pas bien clairement, à ce qu'il paraît, la gravité du pas qu'il venait de faire ; du moins, il fut très étonné que les ministres libéraux donnassent leur démission après son manifeste -.

Ainsi, un mois à peine après l'avènement d'Alexandre 111, les réactionnaires avaient obtenu une série de succès marquants, sans compter que peu à peu on éloigna tous les ministres libéraux : Gortchakov, Sabourov, Loris Mélikov, Milioutine, Abaza. . . L'édifice a la construction duquel Loris Mélikov avait travaillé une année entière, s'effondra en quatre semaines.

\. Manifeste du 20 Avnl.

2. Le fiasco des réformes d'Alexandre II, et aussi /a Cause Ge-

néi^ale, n" 41.

Le gouvernement était aux mains des réactionnaires Cependant. les libéraux pris en masse, n'étaient pas encore hattus. On ]es redoutai, encore, ;„ croyai en core indispensable de leur faire certaines concessions ou du moms de leur donner le chancre. Le eouverne' ment se sentait faible, .t réellement, il se trouvait Zi une s.tuatron fort précaire. 11 serait n.ême pern ' de se^jlemander si la Russie avait alors un 'ouv^ne-

foitifio et isole du reste de l'univers. Cne nombreuse armée entourait le tzar, gardait tous les chemin La pos: mn de Gatchina était exceptionnelle : quatr vo=e

toute, es d:rcct.ons : à Moscou, Varsovie, Pétersboum- Kronschtadt, à 'étran^-er oi rein tr.„. -, e •. \'*-'^'"'o- ,,„ ' ''''^"oi-r, et cela tout a fait secrètement.

L Empereury passait son temps, dans la solitude. L'accès auprès de lui était très difficile; on fouillait tous ceu qui venaient le voir. Ses rares absences de Gatchina tzar le. entourait d'un tel mystère que, quand il alla vou- 1 empereur Guillaume, les minisires eux-mêmes ne surent rien de son départ et vinrent lui présente leurs rapports... Dans de telles conditions, l'intluence

fr h"?;"^ ^l '''' ''' '» ™^'-^''e des affaires, devenait trè. difficile. Cette circonstance n'aurait pas beaucoup d importance en temps ordinaire, quand les affaires sont dirigées par les hommes d'Etat, mais les conseillers

licieL M. Pobiedonostsev, comme procureur général du synode, ne pouvait évidemment influer sur les autres

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ressorts que d'une manière indirecte M. Ratkov, pubhciste n'occupait aucunecharge officielle. Les autres favoris dans lesquels l'Empereur avait une confiance particulière étaient do complotes nullités... Il semblait que les réactionnaires abandonnaient avec intention le gouvernement du pays a des mains quelconques pour consacrer alors toute leur attention sur un seul poml : s emparer définitivement de l'empereur. En effet, au lieu de former des ministères, ils se cachent dans des fonctions toutes secondaires, mais en revanche organisent activement la Ijnue Sainte, en tcte de laquelle étaient, dil-on, placés le irrand duc Vladimir et M. Pobiedonostsev...

Cette société s'était donné pour but la sauvegarde de l'Empereur et la lutte avecles révolutionnaires. Elle s organisa, selon ses propres aveux, sur le phni du Connie Exécuiif. c'est-à-dire, en société secrète fortement centralisée, militante. La police d'état n'avait aucun contrôle sur la Li..uo sainte ; en fait même, elle était sous sa surveillance. Les meneurs de la Ligue possédaient d immenses ressources pécuniaires qui avaient, dit-on, pour source, entre beaucoup d'autres, l'énorme fortune du prince Démidov San Donato. Cet homme étrange est suffisamment connu en Europe par la multitude de ses excentricités. Possédant une fortune dont lui-même ne connaissait pas bien le chiffre, il était depuis longtemps blasé sur toutes les jouissances que la vie est capable de donner, et ne se jeta, paraît-il, dans la pohtiquequepour

se soustraire à l'ennui, pour occuper un peu son imagination épuisée. 11 se sentait attiré par le mystère d une société secrète, par ces mots d'ordre ces chiffres, ce. siennes mystérieux, ces sentences de mort émanant

d'une source mystérieuse et frappant le condamné d'une main invisible...

La Ligue sainte pensait en effet employer aussi ses membres à celte besogne. On alfurae ou'elle prononça des arrêts de mort contre Haitinann, Krapoïkine Lavrov. En Suisse, il se produisit même un fait étrange' Une Russe attenta ù la vie d'un paisible citoyen suisse que, selon ses explications, elle avait pris pour Lavrov Celte femme fut reconnue folle, mais la rumeur attribua celte affaire à la Ligue sainte. La Lisuo organisa une police secrète dont les membres surveillaient les révolutionnaires... et même étaient-ce les révolutionnaires seuls? Cette question, probablement, n'échappa pas à l'Empereur lui-même. Une société secrète, riche, mihtante, qui possédait sa propre police... peut-être son armée, pourrait un beau jour les tourner contre l'Empereur lui-même, si celui-ci se montrait réfractaire aux impulsions de ces fanatiques de réaction?

Cette inquiétude a, peut-être, facilité la formation d'une autre société secrète la Saiiecr/cmle volontaire. LQi rapports policiers disent que cette société jouit de la confiance toute partkuUcre du Monarque. Cela n'a rien d'étonnant, s'il est vrai, qu'en tète de cette société était le comte Vorontsov Dachkov. Chose étrange! Dans ]a vie d'Alexandre HI, l'on se butte constamment à de mysléneuses analogies avec la vie des plus funestes tzars : il naît, comme Paul I<'^ d'un père tué par des conspirateurs ; comme Paul I", il se réfugie à Gatchina; comme Pierre III, il est intimement lié avec la famille de Vorontsov Dachkov, famille fatale à Pierre III. Une des Vorontsov fut son amie la plus dévouée, et la. pa-

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rente de cette amie, mademoiselle Dachkov, dirigea avec une énerçie plus virile que féminine une conspiration contre l'Enipereur. Le comte Vorontsov Daclikov est d'ailleurs consid.'rc comme un homme de faible sens politique, mais lionncte serviteur et dévoué jusqu'à la moelle des os a la personne d'Alexandre 111.

La situation de ce dévoué serviteur à la tête de la Sauvegarde volontaire devait garantir l'Empereur de toute sorte d'inquiétudes. La Sauvegarde volontaire agit d'ailleurs, avec plus de largeur et beaucoup plus de prudence que la Ligue Sainte. Elle se donna pour but de veiller a la sûreté de l'Enqiereur et de rendre possible son couronnement, mais repoussa tout plan denieurtres politiques. Jouissant de la protection du tzar, la société recrutait ses membres presque par des invitations officielles. Dans l'armée, on en vint tout net à ce procédé derecrutement. Liée duncùtéala police, la sociétécontenait pourtant une quantité assez considérable d'élémenls libéraux qui, de cette manière, croyaient pouvoir influer sur le tzar dans le sens des réfoi-mes libérales. Les réactionnaires très fougueux n'aimaient pas cette société. Le comte Tolstoï la baissait même. Mais la société se développait et, à ce qu'il paraît, réussit à devenir pour un certain temps le centre des autres sociétés. Ainsi elle entra en conciliation avec la Ligue sainte, sous condition que celle-ci abandonnât ses plans de meurtres politiques, en même temps qu'elle se rapprochait de VAlliancr du Z^'/??5/ro. Pendant un certain temps, cette dernière se développa néanmoins assez rapidement et se décida même à publier un organe politique a l'étranger, La Parole libre. Au total, il résultait

sas

de toutes ces sociétés un tohu-bolm général : libéraux radicaux, espions, réactionnaires honnêtes, tout se mêlait et formait une marc trouble où tout homme pouvait pêcher, pourvu qu'il fût adroit... il est inutile de dire, qu'a la fin ce ne sont plus les libéraux ([ui furent les pêcheurs... Mêlés d'espions, ayant compromis les quelques hommes qui auraient le mieux pu leur servir de guides, ayant dévoilé à la police tous leurs plans et tout leur personnel, et en même temps ne se décidant a aucun pas sérieux, les libéraux devaient inévitablement être ]<attus dès le jour où le gouvernement se sentirait suffisamment fort.

Pendant que dans la coulisse, les partis se formaient en sociétés secrètes, tâchaient chacun de s'approprier le tzar, exploitant ses craintes, exploitant le désir qu'il avait d'être plus vite couronné, dans la politique officielle intérieure avait lieu une bagarre qui surpassait tout ce que la Russie avait vu dans ce genre. Les réactionnaires intelligents et énergiques n'osaient ou ne voulaient pas prendre en mains les rênes du gouvernement. Ils se contentaient d'exciter le gouvernement à l'extermination de l'esprit révolutionnaire, ii l'organisation de la police. La masse des libéraux ne les contredisait pas, elle les aidait plutôt. Ainsi naquit le terrible Règlement sur les mesures pour la sûreté de l'Etat dans lequel avec les signatures de réactionnaires enragés comme Strielnikov, figure celle du célèbre libéral Kokhanov. Les réactionnaires, en même temps, ne laissaient pénétrer aucun libéral intelligent dans les hauts postes de l'Etat. Le pouvoir devait fatalement tomber aux mains de gens dont la nullité n'excitait de crainte

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SU

ni Chez les libéraux, ni chez les rcadionnaires. Au milieu de ces nullités, la personne du comte Ighnaliev ressort avec une vivacité paniculière.

Je ne désire pas discuter les capacités du comte, mais son rùle pendant une année entière fut des plus tristes. 11 sut préparer le triomphe définitif de la reaction par des moyens devant lesquels eussent recule et Kaikov et Pobiedonostsev. Je ne sais aussi si le comte a-issait en connaissance de cause, ou fortuitement. Mais, en présumant qu'il comprenait ce qu'il faisait et qu il voulait faire ce .lu'il a fait, les hases de son système peuvent ."Ire analysées en ces termes : demeurer inerte, en produisant le plus de bruit incohérent possible et fatiguer le pavs par un désordre insensé. 11 fallait éviter toute concession au pouvoir absolu, contrebalancer les exigences de la classe éclairée par les exigences du prétendu peuple et en même temps ne rien donner au dernier. Pour résoudre ce problème, - c'est ce qu'on appela la politique populaire - il profita des réformes que Loris Mélikov comptait réaliser. Laisser dans le statu quo les projets de Loris Mélikov, c'eût été incommode, parce qu'ils étaient déjà en partie livrés à la publicité ; la question de la réforme du u'lf-<jovcrnmmi des paysans notamment avait été, sous Alexandre il, soumise aux délibérations des zemstvos. Le comte Ighnaliev jouajustement sur ces réformes. Avant tout, il tacha de s'assurer contre la presse. De terribles persécutions s'élevèrent contre elle. Pendant deux années, de l'av -nement d'Alexandre 111 à son couronnement, divers chfaiments furent infligés ù 28 journaux. Ils reçurent au total 44 avertissements et un nombre égal d'autres pumlions :

suspension, défense de vente. Certains journaux de tendance libérale ne publiaient môme pas la moitié de kuis

numéros annuels. Treize journaux furent exterminés par toute sorte de moyens. En même temps, le corale lo-I.natievcréait une presse gouvernemenlale, entrait en négociations avec certaines rédactions achetables, fondait un journal pour le peuple U Messager des villa,jcs créait même une agence télégraphique spéciale et lui donnait des millions en subsides pour la propagation des murelles les plus sùrcs. Le cornle Ighnatiev sut ainsi soulever par toute la Russie un effroyable bruit sur les questions étudiées par lui. ('.'étail la réduction des sommes payées pourlerachatdes teives, l'accélération du racliat lui-même, les facilités accordées aux paysans par l'affermage des terres du fisc, la régularisation de la migration des paysans, la répression de l'ivrognerie. Le comte Ighnatiev faisait d'autant plus de bruit que la qiiestioiu qu'il soulevait, était plus nulle. A l'occasion de la répression de l'ivrognciie, on chantait partout des messes, on faisait des appels au peuple, on affichait sur les murs des proclamations contre l'eau-de-vie. Pour augmenter le bruit, le comte Ighnatiev convoquait à l'effet de délibérer sur ces questions de prétendus représentants de la société, c'est-a-dire, tout simplement différents fonctionnaires ou non fonctionnaires, qu'il \}xgeait utile rf'ywr/to- (c-.rils n'étaient pas soumis à l'élection). La presse vendue s'enthousiasmait à propos de cette mslitution libérale. La critique des organes indépendants était étouffée par les avertissements et les suspensions, et la presse réactionnaire, désignant du doigt les sottes séances des hommes compétents (leurs

al i

séances étaient en «f^^t absurdes demonlralulk^^^ semenirinutililé des « ".esuves hbérale. » G p. d " , une fois la politique populaire ^^f^^'^^^ ^f ^ . nement pouvait sans se gêner déclarer dan, It, a cleT de ses journaux que la classe éclairée dev t pUenter pou!- les libertés politiques. Quant a la Co^^^^^^^^ Ltion, elle est tout a fait inutde P-^I'^ ^ ^.^ .^^^^^^^^^^ devient de nouveau un tzar moscov-te u. Ua popu laire Ce jeu au nationalisme vicu. style conn mm Z Hun bouquet tout spécial u hpolui^ne popuharc r mois entiers, la Russie n'entendit pa^l- que de nécessité qu'il y avaitde ramener les cl-r^e^ ^e a cour à l'ancienne étiquette, du rétabbssemen J*^' ^^^ ; des chan>bollans, des modifications de, umf^. me. flimpereur n'oubliait pas de s'en occuper même aux

Lu^de grand danger) qui î^^^^f^^^^^^^^Z russe selon la façon russe. Aux bals de la coui e au g and Inde, les hauts personnages se mon raient affubL du costume des boyards, des cbevaUei-,, de. dia£ (secrétaires) avec un encrier attachoù la ceinture M isakov et Souvorine décrivaient tout cela avec atndLment, avec enthousiasme U éta^éviden^q e nous entrions dans la voie du développernent na nab Les journaux faisaient apparaître devant la Ru .le la Les juun ,,.,rnavsan bon et désintéressé,

rr/eirco- ;?:£se éclairée on souleva ^active a Jtation, on ameuta contre elle ^e^^^^^^^^^ Que faisait la société, que faisaient les l^b^'^u^ • V^^^ tainement ils se défendaient. On -terdisait un organe libéral ; ils se serraient autour d'un autre. Les membie du zemstvo assiégeaient le gouvernement de leur, re

quêtes et de leurs avis, mettant à propos toutes les occasions. Ainsi les zemstvos de Novgorod, de Kirilov et de Tver rappelaient de nouveau l'absolue nécessité d'une représentation populaire. Mais les voix étaient craintives, et bientôt, dès les premières représailles, elles se turent. Le ministère avait d'ailleurs pris ses mesures pour prévenir de pareilles déclarations. Les gouverneurs reçurent l'ordre de ne pas permettre à l'avenir la discussion de ces questions dans les zemstvos. Le président du zemstvo de Kirilov fut destitué de ses fonctions et la déclaration de ce zemstvo ne put être imprimée par ordre du gouverneur. Dans le gouvernement de Madimir, le gouverneur, en ouvrant la session du zemstvo, l'invita a à ne pas sortir des limites » du programme ; la requête du zemstvo de Samara concernant Véligibilité des hommes compétents ne fut pas mise aux voix. A Kherson, le gouverneur défendit de donner cours à une requête du même genre... Devant ces mesures, la tendance du zemstvo à réclamer une assemblée des représentants du pays s'exprima sous une forme de plus en plus timide. Ainsi les assemblées de Kharkovet de Tchernigov demandèrent que les questions relatives à l'administration des paysans, que le gouvernement avait soumises à leurs délibérations, fussent examinées par un congrès des représentants de tous les Zemstvos ; 12 assemblées gouvernementales de zemstvo exprimèrent le désir que les hommes compétents fussent élus et non nommés par le gouvernement. Certaines de ces assemblées, celle de Novgorod par exemple, eurent l'audace d'appuyer leur requête par la défense faite à leurs membres de participer au con-

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