‹ La sagesse parisienneChapitre 29 sur 32 · LA^'BAS · texte numérisé non relu

LA^'BAS

Là-baSf c*est au Tonkin, par delà les mers, à quelque mille lieues du boulevard, dans un pays étrange et superbe, où les bambous poussent, comme ici les brins d'herbe, et où Ton fait partie d'y aller lever un tigre ou un rhinocéros comme on s'invite, chez nous, à aller tirer un lapin dans une garenne. D'autres cieux, d'autres Dieux, d'autres mœurs : une race à demi sauvage, peutêtre civilisée jadis à l'excès, un mélange bizarre de corruption et de sagesse, des hommes coulés en bronze, des femmes jaunes et vertes, comme celles dont parle don César de Bazan. Ce pays singulier, mystérieux et tragique, aujourd'hui, c'est la France, puisque vingt mille de nos fils s'y battent pour notre drapeau.

Qu'avons-nous été faire là-bas ? Y avons-nous des devoirs et des intérêts ? ou bien sommes-nous tombés dans quelque piège, nous sommes-nous laissé entraîner sans bien savoir ce que nous faisions? Faut-il être pleins d'espérance à la pensée

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d'une colonie nouvelle, qui remplac"les Indes perdues, ou faut-il regret expédition nous laisse quasi-im[ d'autres besognes, en Egypte, par ei questions, que je ne veux pas traiti Ne parlons pas sous les armes. Que.

la toge des avocats et des politiciens du soldat. Ça nous changera.

Ce que je veux faire, d'ailleurs, a 1er politique. Ce que j'aurais à dir ToDkin et de Rivière oublié, entre i nistérielles et des tripotages parlera trop long et trop amer I Mieux vaul ment une impression de littérature m'arrive, toute chaude encore de 1 rapport de l'amiral Courbet sur la Tay. Ce rapport admirable nous ea rance et avertissement à la fois, le l'on se mettait en marche sur Bac-^ journaux ont trouvé qu'il arrivait fc vais « reportage, » a-t-on dit. Je s g:eant pour les soldats, ces grai écrivent avec l'épée, et ont la main plume 1 Ce rapport, au contraire, ^ à son heure, II nous dit ce que nos demain en nous racontant ce qu'ils

Je ne sais pas si l'amiral Cour littérature? Cela arrive parfois aux rêveurs pendant les longues henri

Mais, pour cette fois-ci, je pense qu'il a écrit un chef-d'œuvre en n'y songeant guère, racontant simplement une chose grande. C'est à nous de découvrir, dans les quelques pages de son récit, les beautés qu'il y a mises sans artifice de lettré. Le drame est composé selon les règles. Tout d'abord, on nous fait connaître les acteurs. Le rapport énumère les forces engagées, nous dit les corps de troupes et leurs commandants. C'est le dénombrement des poètes épiques^ la liste des bataillons rangés devant Troie ou devant Thèbes. Longues énumérations, qu'on trouve fastidieuses dans les histoires du passé, mais qui disent aux contemporains où combattirent et parfois moururent leurs fils.

Puis l'action s'engage; on marche. On arrive devant les défenses de Son-Tay. Ici, le narrateur s'arrête et, pour ainsi dire, plante devant nous le décor. Quel superbeet sombre paysage! On dirait que non seulement les hommes nous résistent, mais que le pays aussi se défend contre nous. Le Scamandre irrité roulait ses eaux sur Achille, raconte Homère. Ici, nous dirait-il, les naïades effrayées et furieuses, renversant leurs urnes, se sont enfuies derrière les collines. Les bras de rivière, les canaux sont presque à sec. Notre flottille ne peut atteindre à ses positions de combat. Les piétons s'avancent seuls dans la plaine, immense, basse, marécageuse. Au loin, on découvre

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enfin la citadelle et ses approches, l'Inviolée, comme fut, hélas! noti celle, — s'étendant sur un grand 1 retours traîtres, des angles savant feu, des fossés qu'on doit deviner, créneaux, entourée de frises de bam encore par un mur de bambous vi d'avoir été un peu dans le sud afric ce que sont ces défenses végôta serrées et souples, que le boulet renverse pas. Un mur de pierres moindre obstacle. Sournoise, la ti ses dehors barbares, ses ornement!

des réduits habilement distribués pi Vauban. Aux murs, s'enlevant sur sanglants que nousne connaissons pi sont les grands pavillons de l'eDhea peaux de la guerre sans merci.

Cinq jours on a marché par des indiqués, détrempés, en pliant sous poussant les pièces, en avançant v La nuit, on a couché sur la terre, ot au bruit mystérieux et menaçant â( sine, à la musique discordante des U seaux rauques que nous n'entendons calmes veillées de France. Enfin, le où l'on va * donner», comme diseï Donner sa vie, peut-êtreî Le feu e enlève bientôt une première positi<

que l'ennemi incendie. On s'y établit, on y couche, on s'y défend toute la nuit. C'est la première journée. Le lendemain, on avance encore, on avance toujours; on est à cent mètres du fossé. < Le soleil baisse, dit le rapport: le moment est venu de donner l'assaut. L'artillerie cesse son feu. Je commande : En ayant 1 Les clairons sonnent la Charge, nos vaillants soldats se précipitent au cri de «vire la France I... » Les troupes désignées pour rester en réserve trépignent d'impatience : le colonel Bichot est obligé de se multiplier pour les empêcher de suivre leurs camarades. Le talus extérieur du rempart est couronné. Après des efforts inouïs, la haie de bambous cède. Le soldat Minnaert, de la légion étrangère, le quartier-maître Lecuirizec, des fusiliers marins, et le caporal MouriauX) de l'infanterie de marine, entrés les premiers dans Tintérieur de la place, sont suivis par des masses nombreuses. . .

Bientôt un drapeau tricolore, formé de trois lambeaux de pavillons ennemis noués ensemble» flotte sur la tour de Son-Tay. Jamais trophée ne fit battre plus vivement le cœur d'un Français..* Le drame est achevé, terrible et pittoresque* Savez- vous beaucoup de choses, chez les habiles, qui vaille l'invention de ce drapeau triomphal improvisé avec les bannières vaincues? Le hasard même semble s'être mis de la partie. Ces trois soldats qui entrent les premiers dans la forteresse.

c'est un soldat d'Afrique, un marin et Trois uniformes, trois types divers de Le soldat de la légion étrangère, c' d'aventure, et qui saitî peut-être un t à peu sur le boulBTard ou dans le fa roïque làrbaa, où auraient dû aller les gentilshommes qui ne payent pas rences et qui trichent au Jeu ; car la , la grande réhabilitation, et les bless reçoit, en déchirant le corps, répareu Le marin, c'est quelque Breton de la ( ferme et disciplinée, qui s'est peut-ê pied du talus, et dont je défie bien i monsieur JofiTrin, philanthrope humai petit soldat, le petit caporal, qu'un i méro amené, malgré la corde de pei dans sa poche, a fait envoyer là- bas, ( du diable, c'est quelque fils de payai vieille Gaule, un peu lent, sceptique, n'aimer que « son bien », et qui gar veines le brûlant héroïsme guerrier d de soldats, inconscient, comme un âei des paillettes d'or dans ses eaus troub braves gens I sachons au moins le dirf beau, tombé un jour des lèvres de ni Le drame raconté, noblement, par I parle pas de lui-même, voici la concli raie, et comme la parabase antique, < louait les dieux et les héros de la pa

fallait pas moins qu'un patriotisme ardent, dit l'amiral, pour surmonter tant d'obstacles accu mules depuis plusieurs années, pour vaincre un ennemi aguerri, supérieur en nombre, bien armé, solidement retranché derrière ses palissades. La France peut être fière de ses enfants : l'honneur de ses armes ne pouvait être confié à de plus vaillants soldats. » Ahl certes oui, nous pouvons être fiers. Si j'osais tout dire, — et pourquoi pas? — ce qui me paraît le plus utile dans l'aventure lointaine que nous tentons, c'est qu'elle permet de parler de nos soldats, comme en parle l'amiral, et je n'en suis pas même à regretter que l'ennemi se défende mieux qu'on ne pensait. Un soldat, un seul soldat tué, c'est chose douloureuse et terrible : mais ce n'est plus rien si ces morts vaillantes rendent la vie à notre orgueil national, et si la foi au pays, ressuscitée, sort de ces tombes glorieuses de là-bas ! L'idéal est comme l'oxygène dans l'air que nous respirons. Trop nous tuerait, nous emporterait dans une exaltation folle et délirante : mais pas assez nous conduirait à une longue et triste agonie. Or, l'idéal est attaqué de toutes parts par une foule d'ignorants dont le ridicule souverain est de parler au nom de la science. Sous prétexte d'apprendre aux gens à bien vivre, on leur désapprend de savoir bien mourir. On tue le sentiment par le raisonnement, et sous prétexte de débarrasser nos esprits de tout préjugé, on fait les cœurs de plus

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en plus médiocres. Le scepticisme philosophique est comme un vêtement d'une souveraine élégance, qui ne sied pas à tous, et qui ridicule le travailleur à l'atelier, champs, libres et beaux sous leur va leur blouse. Chaque jour je frémis à velle « conquête du progrès », que 1 connaît pas. Aussi quelle joie de ri nos soldats, une forme au moins de 1' l'amour du drapeau! Il faut que 1 comble dans l'âme française le grs font chaque jour d'impitoyables et maladroits logiciens. Dans les tem dieux, il faut nous montrer au m phées. Malheur sur nous si nous ne croire à quelque chose qui ne se con la balance et ne se mesure pas avec 1 repos tranquille d'une nation sans :

fiineste léthargie, et le sommeil d'un d'être son dernier sommeil, quand Tisité par quelque rêve 1

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