EDUCATION DES FILLES
le OU qu'il l'ignore, qu'il le veuille ou le pas, l'art est toujours le serviteur . L'école contemporaine des romanu effacer le second mot de l'antique Q écrit pour raconter et pour proui eu beau proclamer qu'il suffîsait ' raconter et même pour décrire, il roman, h moins qu'il ne soit tout à médiocre, d'où ne sorte une leçon, it œuvre d'art à son opinion. Quiun portrait a un avis secret sur son si le portrait est bon, l'avis se laisse \ ainsi que, depuis quelque temps, les as dissemblables, écrits en français en style romantique ou en style Sevue des, honnêtes ou passant pour ne pas !ur le» tables des salons ou cachés ?s dissimulés des secrétaires ou des it abordé, nombreux et intéressants, . problème de l'Éducation des Pilles.
La grande artiste Thérésa qui, sans s'en douter elle aussi, est d'accord sur la morale avec les statisticiens les plus distingués de l'Institut, a mis à la mode le refrain hardi et honnête : « Faites des enfants I » Il y a, en effet, une funeste conjuration de la pudeur des moralistes officiels, — ces imbéciles cruels ! — qui ont supprimé les tours, de la trop prévoyante sagesse des bourgeois et de la corruption hystérique des jeunes gens, hommes et femmes, pour appauvrir la production humaine. Le temps n'est plus où, en voyant les morts couchés sur un champ de bataille, Napoléon disait philosophiquement : « Bah ! une nuit de Paris réparera cela I » Les nuits de Paris ne sont plus réparatrices depuis que le hideux Malthus donne ses conseils à Vénus qui les écoute trop. Mais, si on n^ fait pas d'enfants, ne faut-il pas, aux causes que j'ai dites, en joindre une dernière : la difficulté de les élever, plus encore que celle de les doter, quand ce sont des filles ?
Flaubert, dans un livre mal composé et obscur, mais d'une abservation souvent puissante, a essayé de dire ce que l'éducation sentimentale faisait d'un homme. Encore peut-on disputer sur le sens que lui-même attachait à ces mots, qui sont le titre de son roman, V Éducation sentimentale. Il n'a pas abordé le problème de l'éducation des filles, se contentant, dans Madame Bovary, d'un mot jeté ça et là sur les antécédents d'Emma. L'étude, en effet
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à la fois le développeraent physique et moral d*une jeune fille et dit quelie éducation était venue le hâter, Texaspérer ou le contraindre. Je viens de lire un roman, d'une tout autre école, Andrée, par M. G. Duruy, où Thistoire d'une jeune fille nous est aussi racontée. 'Et, chez des écrivains d'âge, de talent, d'école, de systèmes profondément divers, qui les uns cherchent le drame, les autres le pittoresque, ceux-ci accumulant les faits à Tappui d'une thèse, ceux-là donnant sans synthèse ni choix des faits observés, je retrouve, toujours et partout, cette navrante idée que nos filles, depuis la plus basse extraction, comme Nana, jusqu'à la plus haute naissance, comme Chérie, vouées par Thérédité au nervosisme des docteurs, reçoivent toutes une éducation, de la gifle imméritée à la caresse inquiète, qui développe le vice, la maladie, la folie natives ! Ce n'est pas bien rassurant.
Le roman û' Andrée écrit d'un style simple, mais correct, qui ne tire pas l'œil, sans fanfares, avec un esprit un peu pincé de salon, est une œuvre singulière et originale par son procédé même de fabrique composite. On y trouve un peu de tout : des personnages de roman, tels que G. Sand en a tant enfanté que M. Cherbuliez a pu en adopter une demi-douzaine sans inconvénient, des situations dramatiques peu neuves, mais renouvelées par des incidents de pathologie passionnelle, des portraits et des allusions qui font du livre un livre
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« & clef >, enfin une étude satirique bleo suivie de l'éducation des Jeunes filles de nos jours. Celte Andrée, fllle de commerçants parvenus, grossièrement ambitieux, en qui l'auteur a voulu, un peu sévèrement, peindre la bourgeoisie tout entière, est une belle personne qui n'a, au fond, ni vice ni vertu, d'une intelligence moyenne, et qui se perd et perd ceux qui l'approclient, en se donnant les apparences et les dehors d'idées et de sentiments violents et extrêmes qu'elle est incapable de ressentir. Le drame, drame quelconque, nous importe peu. Ce qui est & retenir, c'est ce personnage factice, si vraiment peint, que l'éducation fait et qu'elle fait excentrique, tant qu'Andrée garde le charme de la Jeunesse, et ridicule quand, alourdie, elle devient bas-bleu exécrable et rangé, la Muse des Ratés !
Ces ratés, poètes macabres, peintres impressionnistes, musiciens d'un avenir aussi lointain que les nébuleuses sidérales, M. Duruy les met sur sa toile d'une touche facile, mais sans atteindre une fois au coup de crayon magistral et terrible de Daudet : ils sont là, comme les Erynnies antiques, pour le châtiment de la coupable, qui en épouse, un I On les reconnaîtra sur les hauteurs du quartier des Martyrs. Mais Andrée, malgré certains traits pris, çà et là, à nos bas-bieus de marque, est une figure généralisée, inquiétante par l'espèce de banalité qu'on lui trouve, pour l'avoir rencontrée
déjà un peu partout dans tous les inondes. Serait-ce là ce que Téducation fait de la jeune âUe moderne? Elle peint, elle chante, elle compose, elle politique, ce qui lui donne le mépris de la vie bourgeoise ; son tempérament, puisque c'est ainsi qu'on appelle ce que nos pères appelaient le cœur, s*exalte et 8*use à la fois à ces exercices divers ; mais bourgeoise en ses moelles, Tart n'est pour elle qu'une mode tournée à la manie : sa faculté de tout comprendre se résout, enfin, en une effroyable impuissance d'aimer. Son ambition n'est pas clairvoyante. Dupe elle-même, elle laisse passer le mérite pour s'attacher une heure à un de ces génies de clinquant que Paris invente si bien, en ses jours d'ennui. A vingt ans, elle est un instant terrible et redoutable, ayant l'âpre saveur qu'on trouve aux fruits nouveaux et l'excitante acidité des pommes vertes : à trente ans, elle est misérable et lamentable, flear fanée dans une atmosphère trop lourde, fruit plein de cendre, jamais savoureuse et saine. Serait-ce là, je le demande encore avec terreur, la jeune fille de nos jours î
Certes, je ne le crois pas, je ne veux pas le croire. Les instincts droits de notre race ne sont pas partout pervertis, et le bon sens actif et avisé qui est en elle n'est pas disparu de chez nous. 11 n'en est pas moins exact que les romanciers n'ont pas tout à fait tort quand ils nous montrent, dans leurs livres, des jeunes filles troublées et troublantes,
qui arrivent au mariage indemnes de corps et perdues d'esprit. On se demande alors ce que l'éducation contemporaine doit se reprocher vis-à-vis de ces victimes qu'elle a faites ? Ah s'il était permis, ou s'il étal' possible d'en revenir au Trailé de i'éducation des filles de Fénelon I Mais, dans ce livre exquis, nous ne pouvons plus admirer que le talent d'un écrivain de premier ordre et l'esprit délicat d'un prêtre que le moindre confesseur d'aujourd'hui trouverait, à bon droit, fort ingénu. Quand Fénelon a écrit son traité, il l'a écrit pour une société, qui, malgré ses vices, était restée très profondément chrétienne. Il avait donc, pour les jeunes filles, un idéal tout trouvé, une règle toute prête. Sa jeune fille était élevée chrétiennement, dans un milieu chrétien. Fénelon avait même quelque effort à faire pour tempérer cet esprit chrétien, y mettre de la grâce et une liberté décente. Mais, de tout cela, on peut dire : « Où sont les neiges d'antan î » La société n'étant plus chrétienne, la jeune fille, qui a de la logique, faculté première des êtres jeunes, rompt de très bonne heure avec ses croyances, ou bien, les voyant repoussèes du monde, rompt elle-même avec le monde ettombe dans le mysticisme. Ce qui manque à l'éducation moderne, c'est un idéal.
Il y en a bien un. C'est la convenance, terme général qui renferme en lui « les convenances. » Je frémis quand j'entends une bonne mère, innocem-
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ment, dire à sa fille : « Ne fais pas cela : ce n'est pas convenable.. » C'est, ouvertement, prêcher l'hypocrisie. Car ce qui est inconvenant, ce n'est pas la chose en soi ; c'est qu'elle soit connue du monde qui la blâme ! Mais pourquoi ce blâme ? Voilà ce que réducation actuelle ne dit pas. Aussi elle fait des fllles révoltées, dissimulées et habiles, et les révoltées sont peut-être les meilleures ? Les dissimulées et les habiles, ce sont ces monstres Parisiens qui nous étonnent de temps en temps, et ces ambitieuses qui, le jour du mariage avec Thomme qui les émancipe, pensent, non au premier enfant, mais au premier amant. J'ai entendu une jeune fille, fort bien élevée, dire froidement : « Une femme doit avoir une grande passion dans sa vie, deux ans après son mariage. » Propos presque conforme aux convenances, le monde ayant pour règle que l'éducation doit conserver la jeune fille vierge pour répoux, mais que le reste ne regarde plus que celui-ci. Et comme les convenances ne donnent pas à l'âme de la jeune fille une discipline en lui fournissant un idéal, on leur obéit en les méprisant, et le goût affecté des arts est encore l'effort le plus honnête qui puisse être fait pour échapper à leur basse tyrannie. Malheureusement, le goût des arts exige des âmes rares, sensibles, tendres, volontiers modestes et passionnées à la fois. Et quand il est imposé, par une surprise de la mode, ou par un calcul de rouerie, à des âmes simplement ordinaires,
dmirable instrument de détraquage IntellIofs, on voit, par centaines et par milre h la Société les Andrées, êtres malheuitiles et dangereux, qui rendent de plus res les rapports simples et doux entre les et les femmes. Nous en avons assez des Lpliqués ! Qu'on tâche de nous en faire Mais quel homme de génie trouvera le l'éducation des filles de nos jours? Le d'espérer encore dans le bon sens et dans es mères. Quelles se hâtent donc, qu'elles t s'éveillent! Si les Jeunes filles sont et I que nos romanciers les montrent, Pasera même plus tenté d'aller demander à il doit se marier I