SCÈNE XX
( A Paris, chez le doc de Guise. ) ?
LE DUC DE GUISE, MAUREVEL, ** instant après.
GUISE
Puisque le roi ne veut pas s'armer encore du glaive exterminateur, et que son irrésolution paraît
(*) Expressions tirées de V Apocalypse , chap. IX,
invincible, j'agirai tout seul. L'assassinat de mon père, les circonstances impérieuses où je me trouve, mes hardis projets pour l'avenir, tout me prescrit de détruire les calvinistes et de commencer par Coligni. Lui mort, rien ne sera plus facile... Mais
Voici Maurevel. (* Maurevel qui entre.) Je vous ai fait
appeler pour vous demander un service important, service qui sera très-bien récompensé.
MAUREVEL
Vous pouvez disposer de moi, monsieur le Duc. Attaché depuis long-temps à votre illustre maison...
GUISE
Je sais que vous m'êtes dévoué. Aussi ai-je en vous beaucoup de confiance, surtout depuis que vous nous avez délivré de Mouy. Écoutez-moi. Que pensez-vous des Huguenots ?
MAUREVEL
Ce que j'en pense?
GUISE
Oui, et parlez sans contrainte : ne voyez pas en moi leur ennemi.
MAUREVEL
Ce sont à mes yeux des factieux qui ne vivent que pour le malheur de la France et de la religion. Depuis que l'Enfer lésa vomis parmi nous...
Ah ! que ne puis-je les exterminer tous ! ils n'infecteraient pas long-temps l'air que nous respirons.
GUISE
Ces sentimens sont d'un bon Français , d'un bon catholique. Je vois avec plaisir que je ne me suis pas trompé en vous choisissant pour accomplir le grand-œuvre que je médite, œuvre digne de votre courage et de votre foi. Vous êtes fait pour les belles actions , et je vais vous en ouvrir la carrière. Délivrez-moi de mon plus grand ennemi.
MAUREVEL
Nommez-le; il est mort. Serait-ce le prince de Condé ou le Navarrois ?
GUISE
Non. Mais jurez sur la croix et l'Évangile que vous ne révélerez jamais que c'est par mon ordre...
MAUREVEL
Je le jure. Son nom?
GUISE
Coligni.
MAUREVEL
Je le tiens déjà au bout de mon arquebuse. Votre vengeance est juste : le complice de Poltrot mérite de mourir sous vos coups.
GUISE
Ainsi vous n'êtes pas effrayé du danger?...
MAUREVEL
Du tout, monsieur le Duc. D'ailleurs la reinemère jouira plus que vous peut-être de la mort de Coligni. Couvert de sa puissante protection, que voulez-vous qu'on me fasse? Au surplus , je prendrai bien mes mesures. Un bon cheval sera là pour m'éloigner un instant de Paris, si les Huguenots veulent me poursuivre et demander justice. Mais je compte sur vos promesses. Un sang aussi précieux parmi les ennemis de la cour et de la religion...
GUISE
Je n'attendrai pas que mon triomphe soit- assuré pour vous donner des preuves de ma reconnaissance. ( n lui remet une bourse.) Acceptez cet or , et comptez que la somme sera décuplée après la mort de l'Amiral.
MAUREVEL
Sa vie est à moi. Adieu , monsieur le Duc. Je ne vous demande que vingt-quatre heures.