CATHERINE DE MÉDICIS , LE DUC DE GUISE
CATHERINE DE M^DJDIS.
Cet événement sera sans conséquence. Il suffit que vous ayez pris la défense du huguenot, pour que Coligni n'ait aucun soupçon de nos projets.
GUISE
Je suis arrivé à temps , car le peuple était furieux.
# CATHERINE DE MÉDICIS
Tant miefux, Monsieur le Duc, tant mieux : les bras ne nous manqueront pas quand nous en aurons besoin. Mais Dieu sait si nous ne serons pas forcés de recommencer la guerre ouvertement.
GUlSE.
Quel obstacle pourrait s'élever?...
CATHERINE DE MEDICIS
Le Roi est toujours incertain ; il veut et ne veut
■^d'heure. Il résiste même à
que vous connaissez, car
aucun moyen (34) - l'esseqh
importe comment. J'avouç
cependant que mes ressources sont épuisées. Si vous p'en trouvez pas qui puissent nous tirer de cet état d'anxiété...
GUISE. v
Il en est une, Madame : ce serait de prendre sur nous cette journée sanglante, et de réveiller un matin le roi aux cris des protesta ns iftassacrés.
CATHERINE DE M^DICIS
J'y avais déjà songé, mais alors l'intérêt même de notre cause ne me permettrait pas de prendre une part active, du moins en apparence...
GUISE
Nous n'agiroas pas sans vous, Madame; il faut que je puisse vous apporter triomphant laf tête de Coligni, ou nous n'obtiendrons rien de ses ennemis,. Votre Majesté doit sentir que les Gonzagues^ les Tavannes , les d'Arigoulême et même le duc d'Anjou % ne se détermineront à rompre la paix d'une ma-, nière aussi terrible, que sous l'égide d'une autorité, inviolable et sacrée.
CATHERINE DE MEDIC1S
Mes sentimens ne vous sont-ils pas connus?
GUISE
Madame...
CATHERINE DE M&D1C1S
Cette défiance est un outrage.
72 LA SÀINTVBÀHTHELEMI.
GUISE
Nous nous connaissons , Madame; ne cherchons pas inutilement à nous tromper.
CATHERINE DE MÉDICIS
Vous me manquez de respect, Monsieur le Duc.
• GtTISE.
Ce n'est nullement mou intention; je prie Votre Majesté de le croire : mais on né se jette pas dans une affaire de cette importance sans avoir un chef dont le pouvoir vous réponde des suites, quelque dangereuses qu'elles puissent être.
CATHERINE tft, M^DtCIS.
Votre tiihidité m'étonne, Monsieur, et n'est pas naturelle. Ecoutez-moi, je vous prie. Ou le roi approuvera èout, et alors vous aurez acquis de nouveaux titres à sa bienveillance; ou il désavouera par faiblesse le massacre des calvinistes. Dans cette dernière supposition, ne vaut-il pas mieux que je puisse nier ma complicité, pour donner plus de poids à tout ce que je pourrai dire en votre fihfetuf? Je prends l'engagement de voii* justifier vous et vos amis,
GUISE
Nous sommes ici, Madame, sur un tei*râitt bien glissant... Le respect que je vous dois ne me pewnet pas de vous répondre en conscience.
CATHERINE DE MÉDlCIS.
Je vous pénètre, Monsieur le Duc. Vous voulez m'enchaïner à votre char de triomphe après la victoire, et fortifier votre parti de toute mon autorité sur mon fils; non pour le foire descendre du trône, mais pour le [gouverner avec votre oncle le Cardinal.
GUISE, a ^ ec beaucoup de calme.
Si nous nous divisons, Madame, nous avons tout à craindre. Les Calvinistes auront le temps d'apprendre de quelle manière nous voulions rompre la paix avec eux , et vous n'échapperez pas plus que nous au danger qui peut résulter d'une pareille découverte. Croyez-moi , restons unis. Je ne puis rien sans vous, il est vrai, mais aussi vous ne pouvez rien sans moi. Puisque vous craignez de vous compromettre en vous mettant à notre tête sans l'aveu du roi, nous attendrons, pour agir, que vous ayez entraîné dans nos rangs votre auguste fils. Adieu, Madame.