ACTE TUOiSlÈMli. 2H
témoins de votre serment. Et pourtant l'on ne saurait dire en combien d'endroits de votre royaume cette promesse est odieusement violée, jusque par vos gouverneurs et vos officiers. Souvent je vous ai représenté ces choses, Sire, je vous en ai souvent entretenue, madame, et chaque jour nouvelles violations amènent nouvelles plaintes. Il n'y a pas longtemps que près de Troyes, en Champagne, les catholiques, ayant su qu'on apportait du prêche un enfant qui y avait été baptisé, le tuèrent entre les bras de sa nourrice... Sire, je vous supplie de tenir plus de compte d'un tel meurtre que du mien même. Le salut de votra royaume comme de votre âme repose sur la foi due à votre parole.
CUARLES.
Monsieur l'amiral, je sais que vous êtes homme de bien, bon Français et zélé pour la grandeur de mon royaume. Je vous sais de plus vaillant capitaine et expérimenté. Si je vous eusse estimé autre, jamais je n'aurais fait ce que j'ai fait. J'ai tâché soigneusement de maintenir la paix et les édits, et j'ai même dans ce dessein envoyé des commissaires dans toutes mes provinces. Voici ma mère qui vous le dira.
CATHERINE
Ah ! c'est très-vrai, et vous le savez bien, monsieur l'amiral.
COLIGNY
Oui, des commissaires entre lesquels il y en a qui m'ont autrefois condamné à être pendu, et qui ont
proposé cinquante mille écus à qui vous apporterait ma tête.
CHARLES
Gomment, morbleu !... Ah ! bien, il en faudra choisir qui vous soient moins suspects. Mais je vous vois un peu ému, cela vous pourrait nuire; vous êtes blessé vraiment. Sur mon âme, je sens la douleur de vos blessures. Par la mort-Dieu, je vengerai cet outrage si rudement qu'il en sera mémoire à jamais.
COLIGNY
Sire, il ne faut pas chercher fort loin celui qui m'a valu ce bien-ci. Que Dieu ne me soit jamais en aide, si J'en demande vengeance. Toutefois, j'ai la pensée que vous ne me refuserez pas justice.
CHARLES
Dieu et le diable me sont témoins que justice en sera faite. — A propos, la femme de la maison à l'arquebuse est en prison, ainsi que le laquais trouvé avec elle. Ils ont chargé M. de Ghailly, vous savez? j'avais donné ordre de le prendre au corps. Mais Nançay m'assure qu'il est gentilhomme d'honneur et ne manquera pas à la sommation.
CATHERINE
Oh I je le crois aussi.
CHARLES
Mais avez-vous pour agréables les juges que j'ai commis à l'information ?
COLIGNY
Puisque Votre Majesté les a jugés dignes et capa-