ACTE TROISIÈME
RETZ
Vous, Madame. Depuis ceite entrevue, le roi ne pense plus aux Guises; il est en défiance et en colère contre tout ce qui n'est pas Coligny. Il parle déjà de donner des gardes à l'amiral, d'entourer le Louvre de huguenots; Montmorency est mandé, il aura le commandement; encore quelques heures, les gouverneurs, les troupes, la justice, la bourgeoisie, tout lui est soumis, tout vous échappe. Impossible qu'on ne découvre pas qui a fait le coup, et le roi sera alors trop avancé pour s'effrayer de la découverte. Il ne reculera plus. Vous n'avez qu'un moment pour l'arrêter; mais il faut tout dire et tout faire. Un coup n'a pas suffi, il faut le redoubler, que dis-je? le centupler.
CATHERINE, froidement.
Je suis prête; au reste, j'avais toujours bien supposé qu'il faudrait en venir là..., seulement pas si tôt.
RETZ
Tempo è galant iiomo. Il travaille pour nous et amène les choses plus vite que nos désirs. Ne soyez pas ingrate et profitez de l'occasion.
CATHERINE
Vous prêchez une convertie. Andiamo, à la garde de Dieu !
RETZ
J'ai fait appeler Tavanes ; et le garde des sceaux est dans l'hôtel. M. de Nevers, M. de Montpensier seront des nôtres quand vous voudrez. Mais... il faudrait quelqu'un encore.....
230 LA SAINT-BARTIIÉLEMY.
LE DUC d' ANJOU, vivement.
Oui, oui, nomme-le..
CATHERINE
Un moment ! *
Je n'aime pas à vous déplaire ; mais, dès qu'il faut agir, et dans Paris, et avoir le peuple pour soi, il faut...
CATHERINE
Je VOUS comprends. Ceci est dur... Maudits huguenots !... Laissez-moi y penser .
Elle se promène en rêvant.
LE DUC d'aNJOU.
Yoilà vos hésitations qui vous reprennent. Je n'hésite pas moi, et j'écris à Guise.
Il va à la table et prend une plume.
CATHEHINE, lui saisissant le bras.
Henri, quel âge aviez-vous il y a neuf ans?...
LE DUC d'aNJOU.
Plaisante question!... J'aurai vingt-un ans à la mi-septembre, voyez.
CATHERINE
Vous rappelez-vous le père ?
LE DUC d'aNJOU.
Le duc François avec sa blessure... une vraie mine de seigneur!
CATHERINE
Oui, seigneur des seigneurs, seigneur de roi. Vous étiez un enfant, Henri, vous n'avez point pâti sous sa tutelle, vous n'avez point subi ses hauteurs, ni devant