‹ La Saint-Barthélemy, drame inédit, publiéChapitre 148 sur 237 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

se pourvoir contre un arrêt exécuté sans procès, l'arrêt est bon et valable, toutes les formes étant alors présumées accomplies, puisqu'il n'y a point d'opposition. D'où je conclus, autant qu'à titre de chef de la justice je puis opiner en ces matières, qu'il est à propos de procéder de façon à ne rien laisser après soi, et que non-seulement les chefs du parti périssent, mais encore quiconque, huguenot ou autre, pourrait venir appeler d'un jugement souverain, y compris les femmes et les enfants des condamnés.

TAYANES.

Holà, Monsieur, comme vous y allez! N'avez-vous point trop à cœur les intérêts de la justice? De ce train-là, vous dépeupleriez le royaume, pour l'amour des formes.

LE DUC d'aNJOU.

Mais pourtant, il semble...

TAYANES, à la reine.

Madame, ceci est une guerre; et l'on ne tue pas tout le monde à la guerre, mais ce qu'il faut seulement pour forcer les autres à fuir ou à se rendre. Vous voulez faire un exemple, mais non faucher toute la noblesse de France, avec ses princes du sang en tête, mais non traiter en huguenots ceux qui ne le sont ni d'action ni de cœur, mais non égorger les femmes et les petits enfants qui, bien avertis par une si bonne leçon, peuvent être ramenés par la douceur à notre sainte religion. Par le ciel, il vaut mieux faire des chrétiens qu'envoyer de la chair à Satan!

238 LA SAINÏ-BARTHÉLEMY.

BIRAGUE

De quel droit alors frapperiez-vous les uns si vous épargnez les autres? Comment, en bonne justice, mettre à mort M. de Ghâtillon, sans condamner par un seul et même arrêt le roi de Navarre et le prince de Gondé?

TAVANES

Le sang royal, Monsieur, tache qui le répand, jusqu'à la dernière génération,

CATHERINE

Voilà une belle parole et digne d'un bon serviteur.

RETZ

M. le garde des sceaux est trop consciencieux, en effet , Madame ; mais M. de Tavanes me semble à son tour un peu bien relâché. Sûrement les chefs sans plus doivent être atteints ; mais ce sont des chefs apparemment que les princes protestants. En un mot, tout ce qui porte ombrage à l'autorité royale doit tomber cette fois, et à ce titre les Montmorency sont tout aussi bien désignés que les Goligny, et je ne vois pas pourquoi l'on omettrait le maréchal de Montmorency, M. de Damville, et peut-être M. de Gossé.

TAVANES, vivement.

Et pourquoi pas le maréchal de Tavanes ? Trois maréchaux, Monsieur I II suffirait bien d'un seul, ce me semble, et vous me paraissez avoir plus d'appétit que de ventre, monsieur de Retz.

RETZ

A Dieu ne plaise que je parle par intérêt! Je ne prends conseil que de la saine politique en laquelle je

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