‹ La Saint-Barthélemy, drame inédit, publiéChapitre 149 sur 237 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

suis, Dieu merci, assez bien instruit ; et je dis que si vous épargnez de jeunes princes, tout irrités par la mort de leurs proches et de leurs amis, vous vous ménagez des ennemis à tout jamais. Les exemples ne manqueraient pas ; Brutus faillit par trop de prud'homie, lorsque, tuant César, il ne voulut pas qu'on tuât Marc-Antoine. En ces desseins extraordinaires, il faut considérer s'ils sont nécessaires et justes, puis les exécuter de manière à couper le mal dans sa racine. Au demeurant, le péché est aussi grand pour peu que pour beaucoup.

TAVANES

Madame, écoutez mon dernier mot : frappez l'amiral et tous les chefs du parti huguenot, sauf le prince de Condé et votre gendre le roi de Navarre. Aces conditions, comptez sur moi.

CATHERINE

J'y compte et j'accepte. Maréchal, vous soutiendrez cet avis devant le roi?

TAVANES

Devant Dieu le Père ! Je n'ai pas coutume de reculer quand je parle avec sûreté du côté de l'honneur et de la conscience.

CATUERINE.

Je le sais.

LE DUC D'aNJOU, à demi-voix.

Mais, ma mère, ce que disait Gondi...

CATHERINE

Paix, mon fils, (a Retz, bas.) Y pensez- vous d'aller chi-

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caner sur des vétilles? Le point est de s'entendre sur le fond.

BIRAGUE, qui a entendu.

En ce pays de France, la forme est beaucoup et je regrette...

CATHERINE

Brisons là, Messieurs. Mon fils et moi sommes assez éclairés sur le principal. Passons à l'exécution.

TAVANES

Tous avez ici les gardes françaises et écossaises, les Suisses, plus douze cents hommes qui viennent de Saint-Denis. Donnez-les-moi, et, tombant soudain sur l'ennemi, je vous promets d'en faire un carnage qu'ils n'oublieront ni en ce monde ni en l'autre.

CATHERINE

Merci, monsieur de Saulx. (Bas à Retz.) Albert, voilà le maréchal tout trouvé. A quoi bon nous embarrasser de ce duc de Guise?

Il est trop tard, Madame.

TAVANES, cherchant à entendre.

Que dites-vous là?

CATHERINE

Que mon fils et moi sommes touchés au cœur de vos offres ; mais il nous faut l'agrément du roi. Messieurs, vous m'appuierez dans le conseil?

TAVANES

Je me charge de tout. (Bruit à la porte.) Qu'est-ce? — (Guise paraît.) M. dc Guisc ! Vous uc m'avicz pas dit cela, Madame ?

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