ACTE QUATRIÈME
RETZ, après ua silence.
Votre Majesté n'a rien à m'ordonner ?
CHARLES, dans le plus grand trouble.
Quoi donc?...
RETZ
Sire?...
CHARLES, de même.
Que me disiez-vous donc?
RETZ
J'attends vos ordres. Sire, avant dépasser chez la reine mère pour lui rendre compte de ma commission.
CHARLES, avec abattenaent.
Ah! Gondi, que m'avez-vous appris?
U tombe dans un fauteuil.
RETZ, après un silence.
Votre Majesté jugera peut-être à propos de changer quelque chose à ses premières dispositions. Le procureur général sera-t-il chargé d'informer contre la reine mère?
CHARLES
Que dites-vous?.., me prenez- vous pourun idiot?... vous raillez, je pense? (u se lève.) Reprenez le respect, Gondi, et songez que vous parlez à moi.
Retz s'incline et se tait. — Le roi se promène quelque temps en balbutiant des mots sans suite et en jurant entre ses dents; puis il s'arrête devant Retz.
Ce que vous m'avez dit est-il croyable? Quoi, c'est elle? Vous en êtes sûr?
RETZ
Très-sûr, Sire.
CHARLES
Et c'est de sa main, de sa propre main?. .
RETZ
Non, Sire, la main de Maurevel...
CHARLES
C'est vrai... je me trompe... je ne sais plus... Et ce Maurevel, où l'a-t-elle vu?
RETZ
Au Louvre, Sire.
CHARLES
Et elle lui a donné commission... Là, sans m'en prévenir! Pourquoi ne m'en a-t-elle rien dit?... On m'a fait des secrets de tout.
RETZ
Votre Majesté portait une telle faveur à l'amiral...
CHARLES, amèrement.
Qu'on osait bien le tuer, n'est-ce pas ? mais qu'on n'osait point me le dire. Je vous rends grâces.
Puis-je, derechef, demander au roi ses ordres?
CHARLES
Des ordres! Est-ce à moi d'en donner? m'en avezvous demandé hier?... Mes ordres!... Insolent!... Allez trouver ma mère!... On a prouvé, ce me semble, qu'on sait se passer de moi.
RETZ
Pouvions-nous?...
CHARLES
Non, cela m'indigne. Ce n'est pas tant la chose.