‹ La Saint-Barthélemy, drame inédit, publiéChapitre 169 sur 237 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

sort de cet Etat, et j'ai toujours vu que ni la royauté, ni la religion; ni la glorieuse maison de Valois n'avaient de plus déterminés ennemis que les huguenots. Depuis la conjuration d'Amboise, où ils ne projetaient rien moins que d'abolir la foi catholique, jusqu'à la journée de Meaux, où ils me pensèrent enlever prisonnière avec le roi, mon fils et leur seigneur, je les ai toujours vus prôts à tout entreprendre vilainement et sans crainte aucune de Dieu ni du roi. Or les voici maintenant tous réunis qn cette ville, vivement irrités par la blessure de l'amiral. A chaque minute, il nous vient nouvelle qu'ils arment pour leur vengeance. Si nous les laissons aller, avec leurs troupes tant françaises qu'étrangères, ils feront la loi au roi dont les forces ne sont pas battantes à moitié pour leur tenir tête. Et cependant, tout ce qu'il y a de zélés catholiques, las de si longues résistances, formeront, comme déjà ils en publient le projet, une ligue offensive et défensive, dont il n'est pas malaisé de deviner quel sera le chef. Pour certain, ce ne sera pas le roi ; et voilà donc la France fendue en deux partis, sur lesquels le roi n'aura nul commandement. Ce seront pour lors les funérailles de la royauté. — Messieurs, le germe de tout cet avenir est dans la Réforme. La puissance de la Réforme est dans l'amiral. Retranchez l'amiral, ce chef et cet auteur de tant de guerres civiles, et les huguenots consternés, les catholiques satisfaits laissent le roi maître de son royaume et son royaume paisible. Ce seul coup suffirait à tout finir, et rendrait peut-être superflu de profiter de roccasion

270 LA SAINT-BAUTIIÉLEMY.

pour frapper en un jour tout ce qu'il y a, dans l'État, de rebelles hérétiques, comme l'ont proposé beaucoup d'habiles et honnêtes personnes. — C'est là. Messieurs, ce que le roi voulait entendre, et sur quoi il vous prie de délibérer.

LE DUC d'aNJOU.

C'est éloquemment parler, madame ma mère ; n'était qu'il me semble que vous voulez jouer trop petit jeu. Une occasion s'offre d'extirper cette peste d'hérétiques qui dévore le royaume, et

CATHERINE, Finterrompant.

Qu'en pensez-vous, monsieur de Tavanes ?

s TAVANES.

Madame, mon avis est que, puisque l'amiral force d'entreprendre contre lui-même, il lui faut obéir. C'est lui qui procure son malheur, ayant mis le roi en nécessité de deux guerres. Choisissez la moins périlleuse, et vu que, si cette fois les factieux en réchappaient, il s'ensuivrait des maux infinis, achevez d'un coup ; et, plutôt que de guerroyer au loin, livrez bataille dans Paris. C'est le plus sage, et le moyen, comme on dit, de mettre Dieu de son côté ; ■chose d'une exécution facile au reste, les Parisiens pouvant fournir soixante mille hommes bien armés, ce qui fait au moins cinq contre un. Ainsi point de quartier pour les huguenots ; c'est comme cela qu'un homme d'armes doit traduire la sainte maxime : hoi^s de r église point de sa/w^.Maisje n'irai pas aux excès oii se portent certaines personnes qui voudraient envelopper dans le massacre les petites gens dont la

Page 1