‹ La Saint-Barthélemy, drame inédit, publiéChapitre 170 sur 237 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

créance compte pour si peu, les femmes et enfants, créatures faibles qui se peuvent convertir si aisément, ni les jeunes princes, encore si innocents qu'on peut les mieux instruire, ni les quatre frères Montmorency et autres seigneurs catholiques, nullement convaincus de haute trahison, et dont la ruine hausserait trop lafortune deM.de Guise. — Entendez-vous, Monsieur de Retz ?

RETZ

Si bien. Monsieur le Maréchal, que j'enchéris sur votre avis. Certes s'il y a un homme qui doive haïr l'amiral et son parti, c'est moi dont il a diffamé la raca par de sales imputations. Mais je n'ai garde de servir ma haine aux dépens du roi, mon seigneur, en lui donnant un conseil aussi dommageable à sa réputation que celui de se venger perfidement de sesennemis

TAVANES

Hein, hein ! qu'entends-je là?

LE DUC d'aNJOU.

Mais Gondi....

RETZ

Non, Messeigneurs, je ne crois pas si facile la pacification du royaume ; au lieu d'éteindre la guerrecivile, peut-être serait-ce lui donner prétexte, et faire beau jeu à la guerre étrangère, et que deviendrait la confiance qu'on doit toujours porter à la foi du roi au dedans comme au dehors ? Je me soumettrai à ce qui sera décidé, mais Dieu me garde de suggérer au roi un dessein qui n'est innocent que s'il vient de lui et de sa souveraine volonté.

TAVANES

Ta, ta, ta! Quel est donc le vent qui souffle?

LE DUC d'anjou.

Ma mère, entendez-vous?

CATHERINE, embarrassée.

Il y a du vrai dans ce qu'il dit; mais et vous,

Birague?

BIRAGUE

Je dis, Madame, que ce sont des subtilités d'école que d'arguer de la foi du roi quand il s'agit de nos damnés hérétiques ; que pour ce qui est de Dieu, la chose a été maintes fois décidée par les canons, et que pour ce monde, le roi se pourrait assimiler au dernier de son État, s'il était obligé à garder envers ses sujets les mêmes mesures auxquelles ils sont tenus entre eux. Oui, Sire, croyez-en un homme qui a quelque connaissance des règles de votre justice, vous pouvez de votre certaine science et souveraine puissance condamner à mort tout ce que votre royaume renferme de factieux. En les mettant à mort, vos fidèles sujets ne feront qu'exécuter une légitime sentence et prêter main-forte à la justice.

LE DUC d'anjou.

A la bonne heure! (ANevers.) Pour toi, tu n'as

rien dit?

NEVERS

Que dirai-je. Monseigneur? Je suis de l'avis du plus grand nombre. Sauf envers le roi de Navarre et le prince de Condé, comme ses parents, le roi n'est engagé à rien envers toute la hugueno taille, qu'à l'ex-

Page 1