SCÈNE IV
LES MÊMES, TÉLIGNY, puis LA ROCHEFOU- CAULD, ROHAN, MONTGOMMERY et BOU- CHAVANNES.
COLIGNY
C'est toi, mon enfant; nos messieurs arrivent-ils?... En attendant, remets donc un peu l'esprit de ce pauvre Langoyran, qui croit. Dieu me pardonne, que nous avons chacun un pétard sous notre porte.
Coligny retourne à sa table, s'assied dans le fauteuil, et regarde des papiers. TÉLIGNY.
Quoi, lui aussi!... Vraiment la tête part à tout le monde aujourd'hui. Je n'en rencontre pas un qui ne vienne me rebattre les oreilles de cent contes à dormir debout.
LANGOYRAN.
Ceux-là dorment, qui ne veulent pas souffrir qu'on les réveille.
TÉLIGNY
Ou qui rêvent qu'ils sont éveillés, notre ami. Çà, voyons, que nous apportes-tu, toi? Quelle histoire as-tu apprise des vieilles femmes de ton quartier?
LANGOYRAN.
Je ne sais nulle histoire; seulement je n'imagine pas que le monde ait changé depuis six mois.
Et après?
LANGOYRAN.
Ni que nous devions aimer qui nous hait et attendre notre salut de qui voulait notre perte.
TÉLIGNY
Mon bon Langoyran, ta sagesse ignore-t-elle le proverbe : Les jours se suivent et ne se ressemblent pas? Tu ne comprendras jamais cela, toi; et tu n'es pas le seul. A force de se forger des périls pour les craindre, n'ai-je pas vu le moment où ils ébranlaient ausssi La Rochefoucauld?
COLIGNY, relevant la tête à ces dernières paroles.
Gomment, lui?
TÉLIGNY
Mon Dieu, oui. On lui a dépêché de chez lui un ministre tout brûlant de zèle qui est venu prêcher l'abomination de la désolation; La Rochefoucauld avait d'abord fantaisie de le croire; heureusement que je l'ai forcé d'aller au lever. Mais, s'il n'avait vu le roi avec sa mine gracieuse, il passait du côté des trembleurs!
LANGOYRAN, TÎTemcnt.
Singuliers trembleurs qui cherchent leur sûreté dans la guerre.
COLIGNY
La guerre, fî donc! — Calmez-vous, Langoyran, on sait que les plus prudents ne sont pas les moins braves. — Et vous, Téligny, ne vous moquez pas, nous vivons dans un temps où deux tiers de défiance ne sont pas