ACTE PREMIER
MERGEY
Attendez, s'il VOUS plaît, monsieur. — Lors donc que le roi de Navarre séjournait à Verteil, M. de Biron et M. d'Armagnac, le cardinal, qui l'accompagnaient, étant à la fenêtre de leur chambre qui donne sur le jeu de paume... Monsieur le comte sait bien, la chambre verte?
LA ROCHEFOUCAULD
Je vois cela d'ici.
MERGEY
Eh bien, mademoiselle de Benaye et ma femme, qui est sa nièce, étaient dans la chambre au-dessus, appuyées aussi sur la fenêtre, et voyant ces deux seigneurs, qui ne les voyaient pas, se parler ainsi en confidence, elles ont écouté attentivement et entendu qu'ils discouraient sur les moyens qu'il fallait prendre pour l'exécution.
COLIGNY
L'exécution... de quoi?
MERGEY
Mais de... du complot.
COLIGNY
Ont-ils parlé de complot?
LA ROCHEFOUCAULD
Ta femme a-t-elle écrit le mot de complot? S'expliquaient-ils sur la chose même?
MERGEY
Mais... non... ma femme me dit tout simplement l'exécution, comme si je devais savoirdequoi il s'agit; et de fait, je le sais bien, cela s'entend de reste.
48 LA SAINT-BARÏHÉLEMY.
RODAN.
Oui, cela s'entend.
MONTGOMMERY
Eh bien, voilà qui est formel.
LA ROCnEFOUCAULD.
Pas tout à fait.
COLIGNY
J'ai peine à croire que s'il y avait quelque chose , Biron fût dans la confidence.
ROSNY
- Non, ce n'est pas vraisemblable.
COLIGNY, àMergey.
Est-ce tout ?
MERGEY
Non, monsieur l'amiral, et ce matin même j'ai reçu une autre lettre de ma femme.
TÉLIGNY
Toujours sa femme!
MERGEY
La lettre a été remise par le ministre de Verteil, lequel confirme ce qu'elle m'annonce, savoir, qu'il a reçu avis par un sien frère, qui est médecin de M. de Savoie, que pour certain il se brasse à Paris une entreprise contre ceux de la religion... Au reste, monsieur le comte m'a commandé de l'amener avec moi : il •est ici.
COLIGNY
Appelez le ministre.
La Rochefoucauld se lève et Mergey sort. MONTGOMMERY.
Ces ministres sont toujours les mieux au courant.