LES MÊMES, TEXTOR
LA ROCHEFOUCAULD
Messieurs, je vous présente mon pasteur, M. Textor.
Textor s'incline.
COLIGNY
Soyez le bienvenu, monsieur Textor.
TEXTOR
Vous avez trop de bonté, Monseigneur, mais je sais que le ministre du Christ est toujours le bienvenu parmi les soldats de la vraie foi.
COLIGNY
Certainement. — On dit que vous avez des révélations à nous faire. Parlez en toute liberté.
TEXTOR
Je vous rends grâce ; je n'ignore pas que je suis devant les grands delà terre, devant les chefs de Tarmée. De quel droit élever la voix en leur présence? Homme simple que je suis, comment donner des avis aux habiles de ce monde?... Mais je sais aussi d'où me viendra la force et la lumière.
COLIGNY
Certainement. — On dit, monsieur Textor, que vous avez un frère au service de M. de Savoie ?
TEXTOR
Il est vrai, mais ce n'est point sur son seul témoignage quejemesuis mis en route... J'ai suivi un meilleur guide.
COLIGNY
J'entends. — Votre frère vous a écrit, ou il vous a dit?...
TEXTOR
Mon frère vit dans le siècle, il n'en croit que les lumières humaines... J'en ai cru, moi, cette lumière qui illumine le monde... Mais, hélas! elle luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne la comprennent pas.
TÉLIGNY, à La Rochefoucauld.
Décidément nous sommes au prêche.
COLIGNY
Avez-vous une lettre de votre frère?
TEXTOR
Non, Monsieur, c'est le cas de dire ou jamais que la lettre tue, et je vous engagerai avec moi à interroger l'esprit. De toutes parts, une voix a crié : Malheur ! mais elle n'est point entendue.
MONTGOMMERY
De toutes parts ! Vous voyez, c'est public.
COLIGNY
Monsieur Textor, quelles raisons avez-vous de craindre?
TEXTOR
Je ne sais si je dois répondre, je puis blesser des