ACTE PREMIER
oreilles superbes. Cependant, si vous m'ordonnez de parler, je parlerai.
COLIGNY
Je le veux.
TEXTOR
Est-il possible qu'Israël reste sourd au nuage qui gronde sur ses tentes? 0 Dieu, que tes vues sont mystérieuses ! En voilà qui ont reçu la prudence, le discernement, la doctrine, et ils demandent des conseils au pauvre d'esprit. 0 Dieu, as-tu donc voulu encore une fois frapper l'orgueil humain, confondre la sagesse des sages et réprouver la prudence des prudents? 0 Dieu, est-ce ton courroux qui les aveugle? est-ce le péché qui obscurcit leurs regards?
TÉLIGNY, en riant.
Frottez-vous les yeux, La Rochefoucauld.
MONTGOMMERY
N'interrompez donc pas.
LA ROCHEFOUCAULD, à Téligny.
Je n'ai jamais vu Montgommery si avide de la parole de Dieu.
TEXTOR
Chrétiens, qu'attendez-vous pour vous reconnaître? Faudra-t-il que Dieu suscite un prophète, pour avertir de sa chute la nouvelle Jérusalem?
ROnAN, bas à l'amiral.
Monsieur, nous perdons le temps.
ROSNY
Un moment, monsieur Textor. Parmi les signes qui vous frappent, n'en connaîtriez-vous point de particu-
liers qui annoncent la catastrophe que vous semblez prévoir? Quelle est-elle? quelle en sera la cause?
TEXTOR
Monsieur, de plus habiles jugeront mieux les choses du siècle. Je ne suis point un politique, mais je sais la loi de Dieu; je sais qu'elle est le salut de ceux qui la suivent et la perte de ceux qui l'oublient. Que me faut-il de plus? Si je regarde autour de moi, je vois que les chefs de la tribu fidèle ont traité avec l'impie ; ils se sont fiés aux promesses des hommes. Jérusalem est dans Samarie. Benjamin et Juda se sont livrés à Jézabel; les enfants d'Israël se sont unis aux filles des Amorrhéens.
MONTGOMMERY
La Rochefoucauld, voilà pour les filles d'honneur de la reine.
TEXTOR
Que faites-vous dans cette Babylone où les hommes boivent et mangent? Ne voyez- vous pas, aux murs de la salle du festin, des caractères sinistres prêts à s'allumer? Tous passez vos jours et vos nuits dans les plaisirs, ou dans de vains calculs et d'orgueilleuses pensées, vous pliez la loi du ciel aux intérêts de la terre. Une politique mondaine vous absorbe, ettandis que vous vous mêlez à la nation qui n'est pas sainte, vous oubliez que celui dont la droite est chargée de présents, a la bouche pleine d'iniquités; vous oubliez qu'Hérode a dévoué aumassacre tous les premiers-nés de la foi. — Yoilà, chrétiens, ce que j'avais à vous dire. Ne me demandez plus où sont les malheurs qui vous