ACTE DEUXIÈME
TAYANES.
Oh! que oui.
RETZ
Il ne s'agit point, signor Maurevel, de ce qui se dit, mais de ce qui est. Or, c'est bien l'amiral que la reine et monseigneur confient à votre dévouement.
MAUREVEL, au duc.
Mais, Monseigneur, j'étais loin de m'attendre...
LE DUC d'aNJOU.
A quoi. Monsieur? Croyez-vous que Madame et moi vous eussions fait venir pour quelque vilenie ? Vous deviez bien deviner qu'il s'agissait d'une action d'importance.
MAUREVEL
Mais si j'avais su...
RETZ, impatienté.
Tout ceci n'est que pour se faire prier : allons, point de mauvaise grâce.
MAUREVEL, à Reli.
Mais, monsieur le comte, vous ne m'aviez point dit que ce fût pour si tôt, et en plein jour
RETZ
Je ne vous avais rien dit. Monsieur, entendezvous?
MAUREVEL
A la bonne heure. Mais tout le quartier de l'amiral de Goligny est plein de huguenots ; il ne marche jamais qu'accompagné, je pourrai bien être écharpé.
RETZ
On y prendra garde. Vous décidez-vous?
94 LA SÂlNT-BARTHÉLEMY.
LE DUC d'aNJOU.
Tu es bien revêche, Maurevel. Crains-tu donc de perdre ta peine? La reine et moi, nous savons royalement récompenser; accepte la commission, va, tu n'auras pas à t'en repentir.
MAUREVEL
Je sais bien que Sa Majesté est libérale envers ses serviteurs... mais...
CATHERINE, impatientée.
Ah ! quel ennui ! Monsieur Maurevel, on ne veut point vous violentfer ; c'est à vous de voir si vous voulez nous obéir, en servant l'État et l'Église : car il s'agit ici d'abattre d'un coup la révolte et l'hérésie. J'attendais plus de zèle et de résolution d'un... d'un... n'êtes-vous pas gentilhomme ?
MAUREVEL
Jarni Dieu ! noble comme mon épée ! . . .
CATHERINE
Eh bien ! faites-en preuve.
MAUREVEL
Madame, je suis homme de cœur... mais enfin on prend ses sûretés...
J'entends Monsieur Maurevel, combien vous
a-t-on promis ? .
RETZ, coupant la parole à Maurevel.
Rien, Madame.
MAUREVEL
Lors de l'affaire de M. de Mouy, j'avais fait marché pour cinq mille écus.