ACTE DEUXIÈME
CHARLES
Je le sais, monsieur, aussi ne parlé-je pas pour vous.
Il regarde M. de Sauves.
CATHERINE, bus.
Mon fils!
CHARLES, bas.
Soyez tranquille, ma mère. (Haui.) Çà, messieurs, si je voulais en croire... ce qu'on m'a dit, l'état des affaires, voire môme ma royale conduite, encourrait votre critique ?
SAUVES
Notre critique, Sire! qui peut dire cela?
CHARLES, durement.
Monsieur le secrétaire d'État, je sais fort bien que ce n'est pas votre avis, n'ayant rien fait que vous n'ayez exécuté, ou contre-signe, sans rien dire.
TAVANES
Ma foi, Sire, il faut parler franc : vos meilleurs sujets, ceux qui ont versé leur sang pour votre couronne, sont malcontents de ne voir ni leurs services, ni leurs conseils en honneur, tandis que ceux qui ont tenu une conduite en tout contraire, sont les seuls prisés et consultés.
CHARLES
Gomment cela, Monsieur, je veux le savoir?
TAVANES
Je n'ai pas dans le temps caché mon sentiment à Votre Majesté, et cela en des conseils où pourtant
130 LA SAINT-BÂUTIIÉLEMY.
assistaient des gens en qui je n'ai nulle confiance. On a, selon moi, mal fait, dès le principe de conclure une paix qui peut être appelée la récompense de la sédition et de l'impiété ; et, comme je l'ai dit vingt fois alors, c'est grande honte que les vaincus et prisonniers de Jarnac et de Montcontour aient conduit à leurs fins les victorieux.
CHARLES
En quoi ? Dites, dites....
En ce qu'on est venu au point de s'embarquer dans une guerre diabolique, pour le bon plaisir des huguenots.
CÏÏABLES.
N'est-ce que cela?
TAVANES
Et n'est-ce pas assez? A qui profitera cette guerre sinon à ceux qui l'ont conseillée, et qui probablement la conduiront? Or, sait-on bien ce que c'est que nos réformés? Je les connais à fond pour les avoir longtemps pratiqués en mon commandement de Bourgogne. Ce sont en général des gens de petit étage, inhabiles à toute subordination et à toute discipline, qui se sont ingéré de réformer l'Église et ensuite l'État, à l'effet d'y former une aristocratie gouvernée comme chez les Israéhtes par leurs ministres et sacrificateurs. Aussi, sont-ils ennemis detoute noblesse ; j'ai va des pièces venues de Genève