ACTE DEUXIÈME
CATUERINE, bas à Charles.
Vous n'avez encore rien dit à votre frère.
CHARLES
Eh ! d'Anjou, il y a longtemps qu'on ne vous a vu par ici.
LE DUC d'aNJOU.
Je me suis présenté tous les jours....
CHARLES
Je sais, je sais.... Est-ce là tout ce que vous avez à dire, messieurs?
CATHERINE
Vous concluriez donc, maréchal, à ne point faire la guerre?
TAVANES
Assurément. Rappeler M. de Strozzi , rassurer l'ambassadeur d'Espagne, garder, si l'on veut, la paix aux huguenots, permettre même aux aventuriers de leur sorte d'aller guerroyer en Flandre ; mais en France maintenir avant tout notre sainte religion, ne céder à aucun parti, ni Guise, ni Montmorency, ni surtout Goligny ; tout surveiller, tout contenir, tout réprimer, voilà mon mot.
RETZ
C'est bien dit, si l'on en a le pouvoir. Mais le roi aura peine à s'affranchir d'un parti, s'il ne s'appuie d'un autre. Quelques-uns pensent que la guerre est inévitable, que si l'on ne la veut étrangère, il la faut civile....
TAVANES
Entends-je bien. Monsieur? ne dites-vous pas qu'il
faut la guerre? Tantôt, pourtant, si j'ai bonne mémoire
CATHERINE, interrompant.
Non. Monsieur de Retz ne conseille point la guerre; il rappelle seulement que, faute de contenter les huguenots au dehors, on les pourrait avoir pour ennemis au dedans.
CHARLES
Eh ! oui, voilà ce qu'on ne sait pas. La gent huguenote est incapable de repos ; elle veut la guerre à tout prix....
CATHERINE
A ce compte, mon fils, vous ne vous résoudriez à combattre que pour complaire à son mauvais naturel?
TAVANES
Jusqu'ici, les rois s'étaient attachés à diviser les peuples pour les mieux subjuguer, et maintenant ce sont les peuples qui diviseraient les rois! Yive Dieu! Sire, tandis que votre glorieux aïeul laissa passer sans embûches l'empereur Charles-Quint dans son royaume pour qu'il allât châtier les mutineries des Gantois, le roi Charles IX irait prêter main-forte aux gueux de Flandre, soulevés contre leur souverain et légitime seigneur!
CHARLES
Oh! par la sangbleu, que je sois une fois en possession de l'Artois et de la Flandre, et je jure bien que les révoltés n'y seront pas plus les maîtres que le roi d'Espagne.