ACTE DEUXIÈME
CATUERINE.
Voyez, mon fils, ne vaudrait- il pas mieux pour cela les aider sous main, sans rompre avec Philippe II? Une fois ou l'autre vous pénétreriez dans ces provinces, non par force, mais par amour et par artifice.
RETZ
Ce parti serait le plus sûr....
CHARLES
Oui, mais les huguenots ?
Vous les craignez donc beaucoup?
CnARLES.
Mais, vous-même?...
CATHERINE
Ainsi, vous les craignez tant que vous vous jetez dans leurs bras! C'est parce qu'ils sont mauvais et remuants que vous voulez suivre en tout leur fantaisie !
CHARLES
Que voulez-vous?... Suis-je maître?...
CATHERINE
Non, certes, si vous leur obéissez. Encore si par là vous pouviez les regagner ! Mais ne savez-vous pas qu'ils vont par la ville vous déchirant de leurs propos, donnant à votre mère, à votre famille, des sobriquets injurieux?
CHARLES
Que disent-ils? nom-du-diable !
RETZ
J'ai longtemps hésité à le croire, mais il est prouvé qu'on dit communément devant l'amiral qu'il est le prince d'Orange de la France ; or, chacun sait comment l'honnête Guillaume en agit avec son roi.
TAYANES.
Que je cesse de m'appeler Gaspard de Saulx, si jamais le roi de France prend le nom de Gaspard P' !
CHARLES
Mais enfin, que faut-il faire ?...
CATHERINE
Ah! bien des choses....
CHARLES
Personne que je sache ne propose de rompre la paix, ni de révoquer les édits ?
CATHERINE
Non, pas précisément....
charl'es.
Eh! tête-Dieu! que veut-on que je fasse alors?...
CATHERINE
Vous défier de tout le monde, ne vous engager pour ni contre personne, entretenir partout des intelligences, écarter, affaiblir, enfin ruiner tout bas les huguenots....
CHARLES
A d'autres!... ils sont trop forts.... Ah! s'il faut toujours craindre, toujours se précautionner contre ce damné parti, j'aimerais mieux m'en débarrasser une bonne fois pour toutes....
Catherine regarde Retz à la dérobée et d'un air joyeux.