ACTE DEUXIÈME
CHARLES
Eh bien! tenez, Retz est encore un des meilleurs
COLIGNY
Je sais de qui je parle, Sire, et ne me fierais pas plus à lui qu'à M. de Sauves ou à M. de Birague, tous gens dont le dessein secret est de gouverner la France pour leur compte sous le couvert de la reine Médicis.
CHARLES
Je vous les livre tous. Demandez contre eux ce que vous voudrez.
COLIGNY
Eh bien! Sire, je demande trois choses: d'abord que Votre Majesté déclare à la reine mère qu'il lui plaît de suivre la mode de France, laquelle ne souffre pas que le sceptre tombe en quenouille, et que, partant, vous la verrez sans regret se retirer dans l'une de ses maisons de plaisance. Secondement, puisque votre frère s'est montré si rétif au mariage avec la reine Elisabeth, il faudrait tourner toute son ambition vers ce trône de Pologne qui se trouve vacant par la mort du roi Sigismond : un trône est, ce me semble, un exil digne d'un fils de France. Enfin, et par-dessus tout, il faut déclarer la guerre, et entrer en Flandre au premier jour.
CHARLES
Voilà bien des choses; si pourtant, je veux les faire toutes. Seulement la guerre ne peut ainsi s'entreprendre incontinent; il est convenu que nous devons avoir d'abord deux places sur la frontière.
448 LA SAINT-BARTIIÉLEMY.
COLIGNY
J'ai la nouvelle que le prince d'Orange est maître de Mons, et Yalenciennes est comme prise.
CHARLES
Il faudrait avoir achevé les traités avec mes alliés.
COLIGNY
Vous avez depuis longtemps la réponse de la reine Elisabeth et des princes protestants d'Allemagne. Quant à Genève, aux Grisons, aux Suisses, j'en réponds.
CHARLES
Mais Strozzi n'est pas prêt?....
COLIGNY
Ses six mille hommes sont embarqués, je le sais; ce sont vos meilleures troupes.
CHARLES
Aussi nous en reste-t-il peu de bonnes. Mon frère dit que ma gendarmerie déserte, faute d'être payée.
COLIGNY
C'est misère aussi que votre frère, le plus grand ennemi de notre projet, soit comme lieutenant-général chargé d'en procurer l'exécution. Que faut-il pour cette gendarmerie? Dix, quinze mille écus? je les avancerai.
Vous !.... ceci est un peu fort, mon beau seigneur.
COLIGNY
Ce sont vos bienfaits. Sire. Les troupes vous manquent-elles ?Genlis m'a déjà réuni trois mille hommes.