‹ La Saint-Barthélemy et la critique moderneChapitre 4 sur 12 · LES GRAVURES · texte numérisé non relu

LES GRAVURES

ne reçut pas Farquebusade en pleine poitrine, ce fut grâce à un mouvement en arrière qu'il fit par hasard pour affermir sa chaussure. Cette planche, très médiocre, fut exécutée bien peu de temps après l'événement, car on en a une copie (c'est le n^ suivant) qui fut gravée en Allemagne avant la fin de l'année.

2. Catalog. Hennin, n° 661 : La même planche. Elle est accostée des poriraiu de Guillaume, prince d'Orange et de Louis, comte de Nassau, et accompagnée d'une très longue légende en allemand.

C'est une édition allemande de la planche n^ 1. Au-dessous des portraits des deux princes néerlandais sont deux pièces de poésie, chacune d'une quarantaine de vers à leur honneur. Quant à la légende en prose mentionnée par le catalogue, elle nous semble utile à recueillir. Elle pourrait se perdre, car celte gravure est d'une grande rareté. Or, elle offre cet intérêt de montrer quelle impression le crime produisit sur l'âme des protestants^ d'Allemagne et comment le fait leur était présenté. En voici la traduction, la plus exacte que nous ayons pu :

De l'inouï, inhumain et horrible massacre arrivé aux chrétiens de France, le 24 août de CETTE année courante LXXII, a Paris ; avec le nombre et les noms des seigneurs qui y ont péri.

Lorsque, conformément au traité de pacification que Sa Majesté royale avait conclu et ratifié, il y a deux ans, au mois d'août 1570 S avec ceux de la religion réformée (ainsi qu'on Tappelle) en France, les dits religionnaires eurent rendu et remis à Sa Majesté les villes et forteresses de La Rochelle, Montauban, Coignac et La Charité, qu'ils avaient occupées depuis deux ans, comme garanties de l'exécution du traité *, ils furent aussitôt exposés (comme on le verra ci-après) à toutes sortes de vexations qui leur furent suscitées par les papistes et le parti des cardinaux ou créatures du pape, lesquels formèrent le projet d'amener tous les principaux membres de la religion évangélique en un même endroit, où ils les feraient périr et égorger, dans le but de faire mourir ensuite plus facilement les autres partisans de cette religion. On choisit, en conséquence, la ville de Paris pour servir de coupe-gorge, où devait avoir lieu le massacre ; et le mariage du roi de Navarre avec la sœur du roi de France parut l'occasion la plus favorable pour exécuter ce guet-apens.

Dans ce but, le parti des Guises s'était renforcé secrètement de gens de guerre, et d'accord avec le frère du roi, avait réuni, du consentement de celui-ci, beaucoup de fantassins et de

* Le traité de St-6ermain-en-Laye, du 8 août quatre places dont ils étaient en possession; mais

1S70. dans leur absolue confiance, ils les rendirent, sauf

' D'après le traité les protestants devaient gar- La Rochelle, environ quatre mois avant l'ezpira-

der comme lieux de refuge pendant deux ans ces lion du délai.

cavaliers, que Ton disait deslinés à protéger le royaume contre les attaques et les courses des gens des Pays-Bas et des Espagnols. Donc, à la St-Bartbélemy, le dimanche 24 du mois d'août, lorsque tous les principaux seigneurs de la religion réformée, attirés pai* la bonne grAce du roi, se furent rendus au mariage et y eurent assisté, le matin de bonne heure, à 4 heureg, on les attaqua avec plusieurs milliers d'arquebusiers, de cavaliers et de fantassins, et on fusilla, poignarda ou étrangla tous ceux qui furent rencontrés, sans distinction ni de rang, ni de sexe. Comme la plupart des victimes étaient encore au lit et endormies, les soldats, ne trouvant aucune résistance, exercèrent sur elles toute leur méchanceté, les traînèrent hors du lit, les égorgèrent, les hachèrent et les jetèrent ensuite nus par les fenêtres; ils ont traité ces hommes innocents plus cruellement que des Turcs. Il périt ainsi misérablement nombre de seigneurs, de chevaliers, de nobles, d'étrangers, de bourgeois, de serviteurs, d'hommes et de femmes, et l'on en évalue le nombre à plusieurs milliers. Cependant on en a d'abord signalé les plus notables et les plus connus, entre autres les seigneurs ci-après nommés, à savoir :

Le prince RochefauchauU, de race royale (ausz kônigUchen StatnmenbUrtig).

Monitieur f amiral de France, que Ton a égorgé tandis qu'il était malade dans son lit, par suite de deux coups d'arquebuse qu'il avait reçus traîtreusement, en lisant une lettre, le vendredi auparavant. C'est en particulier ce vieux seigneur qui fut le plus terriblement maltraité.

M. de TheUgny, petit-fils de M. l'amiral, fusillé avec tous ses nobles {des Herren Admirais Enckel, mit allen Edelen erschossen).

M. Bn-drilen l'aîné; M. Perdrilenle lenne, qui récemment avait été nommé par le roi chevalier de l'Ordre.

M. de Dasie; M. de Beauvoys, lieutenant ou gouverneur du roi de Navarre, et deux autres comtes qui furent égorgés à ses côtés. En outre, la fleur de la noblesse de Gascogne.

M. de Bricquemaidt ; M. de Broccort, bailli d'Orléans; le marquis de Raina.

M. de Salsed; M. de Mollet.

Le commandant Pilles, qui avait été appelé à Paris par le roi lui-même.

Le capitaine Pluveaux. Le capitaine SatiUe.

Le commandant Moyrian ou Moruaus.

Le commandant Subisse, un vieux seigneur.

M. de Mongommerey, qui avait ses quartiers dans le faubourg. En apprenant le tumulte, il se sauva en toute hâte.

Le roi de Navarre et le prince de Condé ont été arrêtés.

M. de Grandmond a été arrêté et conduit chez le roi.

En outre, à peu près huit cents personnes, parmi lesquelles un grand nombre de seigneurs et d'officiers, la fleur de la chevalerie française, qu'il serait trop long d'énumérer.

Donc, ce fut un massacre monstrueux; le sang n'a pu rester caché dans les maisons; il a coulé dans les rues, de sorte que les assassins en eurent leurs pieds souillés, et ahuris eux-mêmes par leur bestialité, ils ne savaient souvent de quel côté se tourner.

On évalue le nombre des victimes du premier jour à 12000. Les jours suivants, ce nombre

àâ Les ORAVtJttEs

s'accrut; car on visita toutes les maisons; personne ne fut épargné, ni même les femmes, ni les petits enfants. Encore quatre jours après, le jour de la Décollation de St-Jean, qui était une grande fête à Paris, on continua le massacre, en recherchant tous ceuK qui étaient désignés. 1^ lendemain de la procession faite par le duc d'Albe {den folgenden Tag nach dem procesz des Duca wm Alba), un grand nombre de personnes furent conduites à la place d'exécution et suppliciées, etc. [sic etc.]

Que le Seigneur Dieu, qui a sauvé son Église par l'épreuve (de même qu'elle a été fondée par le sang et qu'elle a été rachetée par le sang de son fils, dont nous devons être les successeurs) et qui la fortifie malgré tous les tyrans et chiens sanguinaires, ait pitié de nous ! Qu'il nous accorde son esprit de patience et d'espérance, afin que nous puissions tout vaincre dans la foi vraie et

sincère! Que Dieu nous aide, afin que nous n'ayons confiance qu'en lui, et que ce terrible

avertissement que le Seigneur nous met sous les yeux ne soit pas perdu pour nous* ; mais que nous nous réveillions enfin, nous, en Allemagne et que nous regardions à ce qui s'y peut préparer!

3. Catalog. Hennin, n^ 662. Portrait de l'amiral Coligny à mi-corps. Fecit Norimbergse JoU

ylmiiuin Tigurinus, 1573.

Au-dessous du portrait sont représentés divers épisodes du massacre avec Fesprit et la finesse habituels à l'habile artiste zuricois, mais en trop petite dimension et trop fugitivement pour prêter à aucun renseignement historique.

4. Catalog. Hennin, n<> 663. Massacre de la St-Barthélemy. Im Jar M. D. LXXII. Gravure à l'eau-forte, anonyme. [Hamberg sculpsit.]

Cette planche, qui porte le n^' 33 d'un recueil ', offre quelque analogie dans sa composition avec le tableau de Dubois. Au centre est la maison d'où Maurevers est en train de tirer par la fenêtre sur l'amiral qui passe à cheval. Agauche,au fond, est le jeu de paume où joue le roi lorsqu'on vient lui annoncer la blessure de l'amiral. Des maisons voisines on jette les gens par les fenêtres et par-dessus, dans le lointain, s'élève une colline' où les fossoyeurs sont à l'on vrage. Sur la droite est l'hôtel de Coligny qu'on voit au premier étage, assassiné dans son lit, puis jeté par la fenêtre; au fond, du même côté, s'ouvre une porte de ville qui conduit à Montfaucon. Les rues sont pleines d'assassins et de cadavres. Au-dessous se lisent treize vers allemands (Hie ist zu sehen in was geslall \ Verliern das leben iung u. ail...) dont

* Cette mâle el tranquille soumission, voilà Tim- * Recueil de planches grav.en AUeroagoe diaprés pression, vraiment protestante, que nous voulions Tortorel et Perrissin avec une suite ajoutée. iiofor. Voyez aussi la note 2, p. 33. ' Probablement Chaillot.

voici le sens : ^ Ici Ton peut voir comment perdent la vie les jeunes et les vieux, « à Paris en temps de noces, ce qui certainement un jour sera puni par jugement. « Là est assassiné r Amiral avec sa noblesse en très grand nombre, et les servi- « teurs sont traités de même; en sorte qu'il y en a trois mille d'égorgés. Le roi ^ de Navarre et Condé sont prisonniers du roi-faucheur. Les Huguenots simples a boui^eois, femmes et enfants, sont là promptement dépéchés; leur nombre < s'élève à cinq mille. ^

5. Biblioth. de Zurich. Onzième volume du recueil composé au fur et à mesure des événements par le ministre zuricois Wick et intitulé Wickiam; coté Ms. F, 22. Au f^ 8 de ce précieux volume se trouve une gravure de la St.-Barthélemy, au burin, sans nom d'auteur ; haut. 32 cent, larg. 27 cent.

Cette planche ressemble beaucoup à la précédente. On y remarque, à droite et non plus à gauche, l'amiral à cheval passant devant la maison où est Maurevers; à gauche, l'amiral assassiné dans sa chambre, puis jeté par la fenêtre; à droite, au fond, le jeu de paume, et par-dessus, les fossoyeurs de Chaillot. Il y a de particulier ici qu'au centre du tableau, entre les deux groupes d'édifices, on voit couler la Seine (wasser, ressaw), où l'on précipite les cadavres. Les dates du 22 et du 24 août 1572, ainsi que le titre d'Amiral, se lisent en divers endroits ; puis toute la moitié inférieure de la page est consacrée à une légende où le massacre est raconté'. Cette gravure a été exécutée si peu de temps après l'événement que ses auteurs ne savaient pas encore très bien les faits' et particulièrement les

* En 22 lignes^ commençant : Inn diser flgur idl àogenscheinlich zu sehen, was for eine Hochzeil ZQ Paris inn Franckreich gehalten ist.... et finissant : Gott sei inen vnd vns allen gnedig vnd barmherczig. — de que nous ne nous expliquons pas, c^est que cette légende est répétée une seconde fois en regard, de manière à être gravée sur deux colonnes, mais que dans la seconde colonne, où le texte est un peu diiïérent, les caractères sont renversés; de même qu'une partie du texte inscrit sur la gravure (ainsi les mois : Der Admirai; PARIS in Franckreich ; Am 22. tag Augttsti ist gewesen.der anefang, und am 24 Augus der ausgang im 1572. iar ; wasser) est également retourné.

' Voici la traduction de la légende entière : « Sur cette planche on voit clairement ce qu*on a fait à Toccasion d'un mariage à Paris en France et comment il s'est terminé. C^est réellement Tun des grands prodiges qui précèdent le dernier jugement de Dieu, car on n'a jamais entendu ni vu une pareille tragédie depuis que le monde existe* On vient de répondre une lettre à Tamiral. Il Ta lue. Regarde : C'est alors que se dresse Tattaque perfide et que d'une fenéire quelqu'un tire sur l'amiral. Alors chacun prend son épée, les admiralistes et les royalistes Tun contre Tautre, comme sMls voulaient venger cet outrage ; mais il n'était pas sérieux aux royalistes de faire le signe de la croix avant l'éclair, car ils savaient bien que ce

Page 1