‹ La Saint-Barthélemy et la critique moderneChapitre 9 sur 12 · LES LIEUX OU COLIGNY · texte numérisé non relu

LES LIEUX OU COLIGNY

Ce fuL, en effet, Thôtel de Monlbazon, mais seulement à partir de Tannée 1617 quand le primée de Rohan-Monlbazon Tacheta. Avant cette époque, elle appartenait à la famille des du Bourg. Une étude dont elle fut Tobjet vers Tépoque de la démolition \ nous apprend que la personne qui en était alors propriétaire avait entre les mains des titres de propriété constatant que cet immeuble appartint aux du Bourg depuis Tan 1536 jusqu'en 1617. Par contrat passé devant Claude et Jean Horeau notaires, messire Jehan Prévost, conseiller du roi, et Gabrielle sa femme, Tavaient vendue, le 22 octobre 1536, à messire Antoine du Bourg, chancelier de France. Cet Antoine, qui avait été nommé président au Parlement de Paris en 1532 et qui mourut, par accident, en 1538, était un grand oncle du martyr protestant, le conseiller Anne du Bourg. L'hérésie était donc dans sa famille et il eût été fort naturel que Coligny y eût choisi sa demeure. Mais ce choix fut purement accidentel et la maison des du Bourg, qui n'est pas autrement nommée dans les récits de la Saint-Barthélemy que logis de FamircU, fut occupée par celui-ci en raison de cette simple circonstance qu'elle était vide et à louer au moment où il vint pour demeurer quelque temps à Paris, à portée de la Cour, au printemps de Tannée 1572. Il était arrivé de La Rochelle à Blois le 12 sept. 1571.

Un recensement des maisons et habitants de Paris, établi aux mois de mai, juin et juillet 1571, pour l'assiette d'une contribution extraordinaire, décrit delà manière suivante la partie du vieux Paris dont nous nous occupons :

« Dixainede Jehan de Poix* commençant au coing de la rue Tirechappe jus-

comine un précieux morceau une ridicule rhapsodie allemande de la St-Barthëlemy, publiée en 1826 dans le BnUeîin de Férussac; où enfin il dénonce Voltaire comme ayant inventé Tassassin Besme, parce que, dit-il, Voltaire « courtisan des

• grandes familles, craignait d^étre compromis par « trop de vérité, » en sorte qu'il aurait nommé « Besme, obscur scélérat > (voy. ci-dessus p. 12),

• au lieu du grand coupable le duc de Guise • (I). M. Fournier ne cesse d'être curieusement ignorant des choses dont il parle qu*au XVIIP'' siècle, quand il montre Taimable peintre Vanloo travaillant et la jolie danseuse Sophie Arnonld sautillant, dans les vastes chambres que Tamiral avait habitées.

^ Dans la Revue archéologue de Leleux, L VI (I (1852), p. 589.

' La description est établie par Quartiers, Cinquantaines et Dixaines, mais aucune de ces circonscriptions n*est désignée autrement que par les noms des bourgeois placés à leur tête. Dans chaque dixaine Ton indique par leur nom tons les contrrhuables, même beaucoup de ceux qu^on déclare exempts à cause de leur indigence. Ce précieux document forme un gros volume in-folio du dé-; partem. des mss. de la Biblioth. nat., n<> 3352 du Supplém. français (11092 du numérotage administratif).

FUT ASSASSINÉ. 41

« ques au coing de la croix du tirouer et de là le long de la rue de TArbre secq * « jusques au coing de la rue Betizy. 7>

Sont dénommés sur cet espace cinquatite-sept contribuables dont les derniers s'appellent: Pierre du Chesne, xls.; le sieur trésorier Billard, Ix liv.; Claude du Bois, xl s.; la damoiselle de Crécy, néant; M., du Val, trésorier, viij"l.; et Monsieur le président*, îj® livres.

Le rôle continue et on suit très-bien sur le plan :

« Dixaine de Jehan de Sainct Leu, commençant a la rue de FÀrbre secq au « coing des fossez S. Germain jusques a la croix du tirouer et mesmes costé le (( long de la rue S. Honnoré jusques a la rue d'Autriche comprins la dite rue et « la rue des pouUyes. d

Et plus loin, appartenant à la circonscription d'un autre quartier :

« Dixaine de Gilbert Bonnet : rue Tirechappe (18 contribuables); l'autre costé « de la dite rue (14 contr.); rue de Bethizy (23 conlr.); l'autre costé de la rue (( (53 contr.); rue de la Monnaie (4 contr.); l'autre costé de la rue (9 contr.); le (( dedans de la Monnaie (6 contr.); rue Thibault au dé (12 contr.); l'autre costé (( de la rue (9 contribuables). i>

On voit donc clairement, si l'on veut bien se guider sur le plan, que le dizenier percepteur entrant dans la rue de Béthizy par la rue Tirechappe et recensant d'abord ce côté de la rue, puis la traversant pour passer du côté où se trouve la Monnaie, par laquelle il s'en va, la maison que nous recherchons est celle qu'il inscrit la dernière du côté de la rue de Béthizy. Or, précisément il l'inscrit avec une certaine abondance de détails que voici :

« Une maison appartenant au sieur de Villarseau * en laquelle est demourant a monsieur Dolu, lequel tient l'argenterie du Roy; personne n'y demeure : néant)) [à la recette].

^ Quel président? On ne sait^ mais la maison Mornay et non celle de du Bourg, mais un du dont s'agit est celle à Fangle des rues de TArbre Bourg pouvait aisément posséder une seigneurie Sec et de Béthizy, ouvrant sur la rue de FArbre ainsi appelée, car il y a trois Villarceau dans Seine- Sec. et-Oise et Seine-et-Marne, plus deux Villarseaux

' Le nom de Villarceaux rappelle la famille de un peu plus loin, sans compter les Villarsel.

Celait donc une maison inhabitée au mois de juillet 1571. Ce fut elle qui fut louée pour Tamiral et qui devint un lieu funèbre.

Je croirais qu'elle n'est pas représentée sans quelque vérité partielle daus la peinture de Sylvius. Si notre peintre avait habité Paris, il la connaissait; et ce qui ferait penser qu'elle était assez dans son souvenir lorsqu'il Ta peinte, c'est qu'il lui a donné quelque ressemblance générale avec celle que donne la gravure de 1572, cotée ci-dessus 1 et 2*. La maison du peintre et celle du graveur sont posées exactement de même par rapport au Louvre; toutes deux sont à un angle de rue où elles forment un haut et mince pavillon; les fenêtres de ce pavillon et les pilastres engagés qui le décorent sont ici et là distribués d'une manière trèsdifférente, mais tous les pilastres sont surmontés d'un même chapiteau ionique. On aperçoit aussi, dans l'une et dans l'autre, des ouvertures ou baies circulaires, percées, il est vrai, à des places différentes, mais d'un aspect pareil. Enfin l'on remarquera dans la gravure que la porte d'entrée est bien une porte de cour et donnant sur la rue de Béthisy.

Mais ces détails tout matériels, quand même ils aboutiraient à plus de certitude, valent-ils tant d'insistance, el notre Sylvius n'a-t-il pas donné le bon exemple en se souciant peu de l'architecture ou de la géographie de son sujet, et en mettant tout son cœur dans l'impression des sentiments qu'il inspire?

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