Josias avait laisse trois fils
Tous les trois regnerent, tous les trois
' Depuis le succes des armes de Sennache'rib et d'Asarhaddon (681-668).
LA PROPHETIE DE JEREMIE
" firent ce qui est mal aux yeux de Jehovah" (II Rois, xxiii, 32-37; xxiv, 8-19). Le second, Selluin, ^ortQ au pouvoir par le peuple sous le nom de Joac/ias, ne regna que trois mois (Jer. xxii, 10-12; II Rots, xxiii, 30). Le vainqueurde Mageddo I'emmena en Egypte. II mit a sa place le fils aine de Josias, Eliakim, dever\u J oakini, dont il fit son vassal.
Joakivi (609-598) se rendit odieux a Dieu et aux hommes par son impiete, ses exa6lions, et sa cruaute. II fit mettre a mort le prophete Urie, fils de Semei de Cariathiarim dont les predications courageuses I'importunaient i^Jer. xxvi, 20 sv.). Creature de Nechao, il s'appuyait sur I'Egypte.
Le roi d'Egypte ne fut pas en etat de le soutenir. (Comp. y/r. ii, 36 sv.) Des qu'il apprit la marchedu pharaon, Nabopalassar, alors occupe au siege de Ninive, envoya a sa rencontre son fils Nabuchodonosor, deja associe au trone. L'armee egyptienne fut ecrasee a Carkeinisch (Charcamis 606), et Nechao rentra dans ses Etats, abandonriant son vassal et allie a la colere du vainqueur i^Jer. xlvi, 2 sv.). Nabuchodonosor avait deja soumis tout le paysjusqu'a Jerusalem, quand il apprit la mort de son pere. II retourna en toute hate se faire couronner a Babylone, emportant une grande partie des vases sacres, pour les placer dans le temple de son dieu {Dan.
i, 2). II emmenait aussi une elite de jeunes hommes. De ce nombre etaient Daniel et ses trois compagnons {Dan. i, 6). C'est la premiere deportation. Elle eut lieu la quatrieme annee de Joakim. Avec cette epoque commence la premiere des 70 annees de captivite, predites par Jeremie en ce temps meme {Jer.
XXV, 12; xxix, 10) I.
Le roi de Juda, emmene peut-etre
avec les captifs (II Par. xxxvi, 6 texte hebr.), mais, dans ce cas, renvoye certainement bientot apres a Jerusalem, fut contraint de reconnaitre "la suzerainete de Babylone. La sagesse lui commandait de se resigner; il ne le comprit pas. Psammetique II, successeur de Nechao, le decida a se revolter. La guerre eclata.
Elle fut malheureuse pour Juda, comme il. etait aise de le prevoir.
Joakim perit miserablement, peutetre de mort violente (II Rois, xxiv, 1-2). Personne ne prit souci de lui.
Ainsi s'accomplit la prophetic de Jeremie " qu'il aurait la sepulture d'un ane" ; que son cadavre, "expose aux ardeurs du jour et a la gelee des nuits" " pourrirait et serait jete hors des portes de Jerusalem " (Jer. xxii, 18-19; xxxvi, 30).
Joachin ou Jechonias, son fils, ne regna que trois mois. Nabuchodonosor ayant affermi son trone, etait revenu prendre lui-meme le commandement de son armee. II entra dans Jerusalem pour la deuxieme fois (598), y livra tout au pillage et fit deporter a Babylone le roi et sa famille. Avec Jechonias furent emmenes les plus notables d'entre les citoyens, au nombre de lo.OOO, des hommes valides au nombre de 700O et un millier d'ouvriers ; au total 18000 hommes (II Rois, xxiv, 1 1-16), auxquels il faut ajouter peut-etre les 3023 juifs mentionnes par Jeremie (Hi, 28). Le total de cette deuxieme deportation aurait done atteint le chiffre de 21023 captifs. Parmi ces deportes se trouvait Ezechiel, le futur ^xo'^\\hXe{Ezech.\, 1-3; xxxiii, 21) et Mardochee que plusieurs commentateurs confondent, probablement a tort, avec I'oncle d'Esther.
(Voyez Esther, ii, 6 note; I Esdr. ii, 2 et note.)
' Suivant une autre hypothese, ces 70 ans se placent entre la destruction du premier temple (588) et I'achevement du second (516). Cette hypothese s'accorde moinsbien avec le texte de Jeremie qui donne comme
deuxieme terme de la pdriode de 70 ans, non pas la reconstrucflion du temple, mais la conquete du pays des Chaldeens. Or ce dernier evenement est anterieur de 20 ans k ^'achevement du temple de Zorobabel.
LA PROPHETIE DE TEREMIE
3. — Nabuchodonosor placa sur le trone I'oncle du jeune prince, Mattanias, le dernier fils de Josias, sous le nom de Sedecias (598-587).
Esprit faible, timide, irresoluf Sedecias fut a la merci des faux prophetes et du parti paien dont il partasfeait les illusions et les vices. " II raidit son cou et endurcit son coeur, et ne revint pas a Dieu " (II Par.
xxxvi, 13. Comp. Ezech. viii, 2-18).
Tout ce qui pouvait precipiter la catastrophe desormais fatale, Sedecias le fit. Au lieu d'accepter en silence la domination chaldeenne, comme Dieu le lui ordonnait ijer. xxvii, i sv. et 12 sv.),i ce dernier souverain de la theocratic n'eut qu'une pensee : se rapprocher de I'Egypte; former avec les peuples voisins, egalement asservis, une coalition assez puissante pour rejeter au-dela du Tigre les armees babyloniennes. La coalition se forma quand le pharaon Hophra fut monte sur le trone. A son instigation et enhardis par ses promesses, Tyr et la Phenicie, Jerusalem, la Syrie, et les pays situes au-dela du Jourdain se revolterent d'un commun accord {Ezech. xvii, 15 sv.; II Par. xxxvi, 13 sv.).
Place entre trois adversaires, et comme surpris, Nabuchodonosor semble avoir hesite un moment. Ezechiel nous le represente s'arretant " au carrefour des chemins pour consulter I'avenir : il mele les fleches divinatoires, il interroge les Teraphim, il inspe6le le foie des vi6limes " (£"«/<?//!. xxi, 2 1 ).L'indecision du grand guerrier ne fut pas longue. " Juda etait le noeud de la coalition; son territoire reliait les confederes de la cote a ceux du desert, les forces de I'Egypte a celles de la Syrie meridionale "2; du reste, Dieu dirigeait les pas du conquerant, instrument
inconscient de sa justice pour chatier les peches de la nation juive, outrageusement infidele a sa vocation et aux conditions de I'Alliance. Le roi de Babylone entra done dans le pays de Juda; il y promena le fer et le feu, puis se dirigea sur la capitale, qu'il investit et serra de pres.
Un moment Sedecias et les assieges se crurent sauves. L'armee egyptienne avait enfin franchi I'isthme et s'avancait au secours de son allie, Jeremie ne partagea pas leurs illusions. Apres le depart de l'armee chaldeenne, forcee de lever le siege pour aller a la rencontre des Egyptiens, le prophete voulut sortir de la ville. II comptait aller a Anathoth soit pour vendre, soit pour partager ses biens. II fut arrete a la porte de Benjamin comme transfuge, et conduit aux princes du peuple, irrites contre lui : on ne lui pardonnait pas la liberte avec laquelle il signalait dans les vices des chefs, et surtout dans I'abandon de Dieu, la cause des malheurs presents et de calamites futures plus grandes. On lui reprochait amerement de manquer de patriotisme, dedecourager la resistance.d'etre vendu aux Chaldeens. II fut done frappe, garrotte, et "jete dans une basse-fosse et dans un cachet; et il y demeura longtemps." Sedecias Ten tira; la crainte des princes I'empecha de lui rendre la liberte. II le fit enfermer dans le vestibule de la prison, avec ordre de " lui donner tous les jours un pain, outre les vivres ordinaires, jusqu'a ce que tous les vivres de la ville fussent consommes " (/fV. xxxvii, 1 1 sv.).
Le courage de Jeremie ne flechit pas. Captif, il ne cessa de redire avec une rude franchise, ce que Dieu lui avait rcvele : les Chaldeens reviendraient; il fallait faire penitence et
^ Par une erreur de copiste (conjeiflure plausible) le te.xte porte en cet endroit, Joakim, au lieu de Sedecias. Comp. xxviii, i " et il arriva en cette anne'e, au commence-
ment du legne de Sedecias. " Voyez le Commentaire.
- Maspero, Hist. anc. des peuples de rOrient. 3* ed. p. 500.
LA PROPHETIE DE JEREMIE
accepter avec soumission le chatiment merite. La resistance a outrance ne ferait qu'aggraver leur sort. Dicu ne I'autorisait pas. " Le Seigneur dit ceci : Quiconque s'obstinera a rester dans cette ville, mourra par le glaive et par la faim et par la peste ; quiconque passera aux Chaldeens, vivra; son ame sera sauvee " (xxxviii, 2). Jusqu'au dernier moment il repeta ce conseil : un seul espoir de salut restait : se rendre. (Voyez xxi, 3 sv.; xxxii, 3 sv.; xxxiv, 2 sv.; xxxviii, 15 sv.)
En effet, selon que le prophete I'avait annonce, le pharaon reprit le chemin de I'Egypte, on ne sait pas au juste pour quel motif, ni dans quelles circonstances, laissant le roi de Babylone libre de revenir devant Jerusalem.
Resolu a en finir cette fois, Nabuchodonosor poussa le siege avec la derniere vigueur. Apres 18 mois d'attaques meurtrieres (du 10^ mois de la 96 annee de Sedecias au 4^' mois de sa 1 1^ annee) la breche fut ouverte, et Jerusalem fut prise po7ir la troisieuic et derniere fois (587) {Jereni. xxxix,
I sv.; II Rois, xxv).
Sedecias avait reussi a s'echapper.
II fut atteint dans la plaine de Jericho (II Rois, xxv, 5), ramene et conduit devant Nabuchodonosor a Ribla.
Le cruel vainqueur lui fit crever les yeux, apres avoir fait egorger devant lui ses fils. Charge de chaines et conduit a Babylone, il y mourut en prison. II fut le dernier roi de Juda (II i^^z'j-, xxv, 6-7. Comp.//r. xxxiv, 3; Ezech. xii, 13).
Dans la ville sainte, maisons, palais, temple, tout ce que le siege avait epargne, fut livre aux flammes. Les Chaldeens emmenerent a Babylone les derniers restes de la population (troisieine deportation); ils ne laisserent que le petit peuple des campagnes pour cultiver la terre (II Rois, xxv, 12).
Le gouvernement du pays mine fut remis a Godolias, fils d'Ahicam,
un ami de Jeremie. Le prophete laisse libre d'aller ou il voudrait i^Jer. xl, I sv.) ne put se resoudre a abandonner ces pauvres gens. II resta pour les consoler, les encourager, les defendre. II s'etablit a Maspha oil Godolias avait transfere le siege du gouvernement (xl, 6). Ce gouverneur ayant ete assassine peu dc temps apres par quelques fanatiques (xli, I sv.), une emeute eclata. Bientot, effrayes de leur responsabilite et redoutant la vengeance des Chaldeens, les auteurs de ce mouvement populaire prirent le parti de fuir en Egypte. Com me Jeremie s'opposait ace dessein, ils I'entrainerent de force avec eux ijer. xliii, 6; II Rois, xxv, 22-26). On ne sait pas au juste quand ni comment il finit sa vie. D'apres une tradition dignede respeft, et accueillie par le martyrologe romain, il aurait ete lapide a Taphnes, dans le Delta, par ses concitoyens, adonnes au culte des idoles comme auparavant, et irrites de ses reproches (Comp. Hebr. xi, '^^'j, lapidati sunt).
Suivant une autre version, Nabuchodonosor,apres avoir soumis I'Egypte, aurait emmene Jeremie a Babylone.
La, le prophete, traite avec honneur par ce prince, aurait continue son ministere aupres des exiles, et serait mort au milieu d'eux.
4. — Nous avons de Jeremie un livre de propheties, des lamentations sur la ruine de Jerusalem et du temple, et une lettre aux Juifs exiles a Babylone (i)c7/7/<:7/, vi). On a tout lieu de croire qu'il est I'auteur des deux derniers livres des Rois. II avait aussi compose des elegies, aujourd'hui pcrdues, sur la mort du roi Josias. Son nom se lit avec celui de David en tete du Psaume cxxxvi {Super flumina).Ce titre,d'origine relativement recente, comme le remarquait deja S. Hilaire, ne prouve pas sans doutc que Jeremie soit I'auteur de ce psaume; mais il pourrait attester que c'est ce prophete qui I'a introduit dans la
LA PROPHETIE DE J^REMIE
liturgie. (Voyez Lesetre, le Livre des Psaumes, Introdu6l. p. Iviii; Comely, Introdu6l. II 2, ed. 2^; p. 105).